Voyez Éthique, part, i, Propos. 33 et ses deux Schol
I. Voy, Éthique j part. 2, Propos. 6, 48, 49, et le Schol. de cette deri»»^^* Pr-opositioli.
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dans quel sens il est dit que la nation hébraïque a été élue de Dieu de préférence à toutes les autres.
Pour cela, je pose en principe que les objets que nous pouvons désirer honnêtement se rapportent à ces trois fondamentaux : connaître les choses par leurs causes premières, dompter nos passions ou acquérir l'habitude de la vertu , vivre en sécurité et en bonne santé. Les moyens qui servent directement à obtenir les deux premiers biens, et qui en peuvent être considérés comme les causes prochaines et efficientes, sont contenus dans la 1 nature humaine, de telle sorte que l'acquisition de ces biens dépend principalement de notre seule puissance, je veux dire des seules lois de la nature humaine ; et par cette raison il est clair que ces biens ne sont propres à aucune nation, mais qu'ils sont communs à tout le genre humain, à moins qu'on ne s'imagine que la nature a produit autrefois différentes espèces d'hommes. Mais pour ce qui est des moyens de vivre avec sécurité et de conserver la santé du corps, ils sont surtout dans la nature extérieure, parce qu'ils dépendent surtout de la direction des causés secondes, que nous ignorons; de façon que par cet endroit l'homme sage et l'insensé sont également heureux ou malheureux. Toutefois la conduite de l'homme et sa vigilance peuvent aider beaucoup à la sécurité de la vie , et préserver l'homme des atteintes de ses semblables et aussi de celles des bêtes. Or, le moyen le plus certain que nous indiquent la raison et l'expérience, c'est de former une société fondée sur des lois, et de s'établir dans une région déterminée où toutes les forces individuelles se réunissent comme en un seul corps. Et certes il ne faut pas peu de génie et de vigilance pour former et maintenir une société. C'est pourquoi elle offrira d'autant plus de sécurité et sera d'autant plus durable et d'autant moins sujette aux coups de la fortune qu'elle sera fondée et dirigée par des hommes plus sages et plus ^gilants , tandis qu'une société établie par des hommes d'un grossier génie dépend de la fortune par tous les
endroits et n'a aucune solidité. Si elle dure longtemps, elle le doit, non à elle-même mais à une autre puis* 8«nce ; si elle surmonte de grands périls et si tout lui réussit heureusement^ il lui est impossible de ne pas admirer, de ne pas adorer la puissance de Dieu (je parle ici de Dieu, en tant qu'il agit par des causes extérieures cachées, et wm par la nature humaine et par Tâme), puisque enfin ce qui lui arrive est inattendu et va au delà de ses espérances , et par conséquent peut fort bien passer pour va miracle.
Les nattons ne se distinguent donc les unes des autres que par ie genre de société qui unit les citoyens et par les lois sous lesquelles ils vivent. Si donc la nation hé« bra'ique a été élue par Dieu, ce n'est pas qu'elle se soit distinguée des autres par Tintelligence ou par la tranquillité de rame, mais bien par une certaine forme de société et par la fortune qu'elle a eue de faire de nombreuses conquêtes et de les conserver pendant une longue suite d'années. C'est ce qui résulte très-clairement de rÉcriture elle-même. Il suffit d'y jeter les yeux pour voir que les Hébreux n'ont surpassé les autres nations que par l'heureux succès de leurs affaires en tout ce qui touche la vie , les grands dangers qu'ils ont surmontés, tout cela par le secours extérieur de Dieu; mais pour toift le reste , ils ont été égaux à tous les peuples de runi^ers, et Dieu s'est montré pour tous également propice. Il est certain, en e&t, que sous le rapport de l'entenâenent, ils n'ont eu , comme on l'a fait voir dans le chapitre précédeint, que des idées très-vulgaires sur Dieu et la nature; ce n'est donc point par cet endroit qu'ils ont été le peuple élu. Ce n'a pas été non plus paï la ^ertu et la ^atiqoe de ki vie véritable ; car ils n'ont pas surpassé de ce côté, sauf un très-petit nombre d'éki6, le reste des peuples. Leur caractère de peuple choisi de Dieu et le«r vocation viennent donc seulement de l'heureux suôeés temporel de leur empire et des avantages matéciels dont ils ont jo(»i, et nous ne voyons pas
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que Dieu ait promis autre chose aux patriarches ou i leurs successeurs \ Dans la loi elle*même on ne trouve d'autre prix promis à l'obéissance que la continuation de la prospérité de l'empire et les autres av^intages de ce genre ; et toute la punition de leur entêtement, de leur désobéissance au pacte fondamental , c'est la ruine de l'empire et les plus grands malheurs, mais temporels. Il ne faut point en être surpris^ car la fin de toute société!, de tout gouvernement, c'est la sécurité et Ja commodité de la vie (je crois l'avoir déjà fait comprendre, mais je le prouverai plus clairement encore dans la suite de ce traitô). Or r.État ne peut se maintenir que par des lois auxquelles tout citoyen soit tenu d'obéir; et si vous supposez que les membres d'une société se dégagent des liens de la loi , la société est dissoute , et Tordre détruit. Tout ce qui a pu être promis aux Hébreux comme prix de leur constante obéissance aux lois, c'est donc la sécurité ' et les autres avantages de la vie; et comme punition de leur endurcissement au mal, c'est la ruine de leur empire et les maux qui en sont les suites, sans parler des fléaux particuliers dont ils devaient ètce accablés par suite de leur dispersion ; mais ce n'est pas encore le moment de traiter à fond cette matière. Je me bornerai donc à ajouter que les lois du Vieux Testament n'ont été révélées ni établies que pour les Juifs; car Dieu ne les ayant élus que pour former une société particulière et un empire, il fallait nécessairement qu'ils eussent des lois particulières. Quant aux autres nations^ je ne suis pas bien certain que Dieu leur ait aussi donné des lois particuUères, ni qu'il se soit manifesté à leurs législa*teurs comme aux prophètes des Hébreux, je veux dire sous les mêmes attributs avec lesquels ceux-ci se le représentaient ; mais je sais que l'Écriture enseigne que ces nations avaient, aussi un empire et de& loiis qu'elles
1. Voyez les Notes de SpinouLf note S^ S. Voyez les Notes de Spinoza, note 6*
avaient reçues du secours externe de Dieu ; qu*il me suffise, pour le prouver, de citer deux passages des livres saints. On lit dans la Genèse (chap. xiv, vers. 18, 19, 20) que Malkitsedek fut roi de Jérusalem et pontife du Dieu très-haut, qu'il bénit Abraham par le droit que lui donnait le pontificat {Nombres, chap vi, vers. 23), et enfin qu'Abraham, chéri de Dieu, paya à ce pontife de Dieu la dîme de tout son butin; par où l'on voit que Dieu, avant la fondation du peuple d'isïaël , avait établi des rois et des pontifes dans la ville de Jérusalem, auxquels il avait donné des rites et des lois. Les donna-t-il d'une façon prophétique, c'est, je le répète, ce dont je ne suis pas certain. Je suis porté à croire cependant qu'Abraham.: tant qu'il vécut dans cette contrée, observa religieusement les lois; car, bien qu'il ne paraisse pas que Dieu lui en ait donné de particulières , il est dit {Genèse , chap. XXVI, vers. S) qu'il garda les préceptes, le culte, les institutions et les lois de Dieu ; ce qui doit sans doute s'entendre des préceptes, du culte, des institutions et des lois du roi Malkitsedek. Pour le second passage , qu'on lise les reproches que Malachias adresse aux Juifs (ch. i, vers. 10, 11) : « Qui d'entre vous ferme les portes (du temple) de peur que Von ne mette en vain le feu sur mon autel f Je ne me complais pas en vous, etc.; car depuis le soleil levant jusqu'au couchant, mon nom est grand parmi les nationSj et l'on m'offre partout des parfums et de pures oblations; car mon nom est grand parmi les nations , dit le Dieu des armées, » Or, ces paroles ne pouvant s'expliquer qu'au présent, à moins qu'on ne veuille en torturer le sens, il s'ensuit que les Juifs n'étaient pas plus chers à Dieu en ce temps-là que les autres nations, que Dieu se manifestait à celles-ci par plus de miracles qu'aux Juifs, qui avaient déjà conquis une partie de leur royaume avant d'en avoir vu un seul, enfin qu'elles avaient des rites et des cérémonies qui les rendaient agréables à Dieu. Mais je ne veux point m'étendre davantage sur ce sujet; qu'il me suffise, pour le but que je me propose , d'avoir montré que l*élec-
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on des Juifs ne concernait que les avantages temporels .u corps et la liberté , c'est-à-dire leur empire , les ttoyens qu'ils employèrent pour rétablir et les lois qui taîent nécessaires à cet établissement, puis d'avoir expliné comment ces lois leur furent révélées ; enfin d'avoir •rouvé que sur tout le reste et en tout ce qui touche à la éritable félicité de l'homme, les Juifs n'ont eu aucun vantage sur les autres peuples. Lors donc qu'il est dit ans l'Écriture {Deutéron.y chap. iv, vers. 7) qu'aucune ation n'a ses dieux si près de soi que les Juifs , cela .e se doit entendre que de l'empire juif et des miracles i nombreux qui arrivèrent à cette époque, puisque, sous î rapport de l'entendement et de la vertu ou de la béatîide, nous venons de voir que Dieu est également proice à tous les hommes. Nous l'avons prouvé par la raison; itt voici la confirmation par l'Écriture (psaume cxlv, rers. 18) : « Dieu est près de tous ceux qui V invoquent, de 'ous ceux qui V invoquent en vérité, » Et dans un autre mdroit du même psaume (vers. 9) : « Dieu est bon pour \Qm les hommes, et sa misé?ncorde éclate dans tous ses ouvrages. » Dans un autre psaume (xxxiii, vers. 1) il est dit clairement que Dieu a donné à tous les hommes le même entendement : « Dieu qui forme leur cœur d'une même manière, » Or le cœur était chez les Hébreux, comme tout le monde le sait, le siège de l'âme et de l'entendement. Il est évident, par Job (chap. xxviii, vers, 28), que Dieu adonné la même loi à tout le genre humain: savoir, la loi d'adorer Dieu et de s'abstenir des actions mauvaises, ou de faire le bien. C'est pourquoi Job, quoique gentil, to particulièrement agréable à Dieu, parce qu'il surpassa les autres hommes en piété et en religion. L'idstoire de Jonas (chap. iv, vers. 2) nous apprend encore fort clairement que ce n'est pas seulement aux Juifs, mais à tous les peuples, que Dieu est propice, et qu'il est miséricordieux, indulgent, plein de bonté pour tous les hommes, et se repent même du mal qu'il leur a fait. « J'avais résolu^ dit Jonas, de m'enfuir à Tharse, parce que je savais II. 6
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(par les paroles de Moïse, Exode^ cliap. zxxiv, vers. 6^ que voue êtes un Dieu propice, miséricordieux, etc., et courséquemment que vous pardonneriez aux Ninivites. Con** cluons donc (puisque Dieu est également propice à tous les hommes et que les Hébreux n'ont été le peuple &m de Dieu que relativement à la société qu'ils ont formée et à leur empire) qu'un Juif, considéré hors de la société et de l'empire juif, n'avait aucun don qui lui fût propre, et qu'il n'y avait entr« lui et un gentil aucune sorte de différence. Et puisqu'il est bien établi que Dieu est égalf3ment bon et miséricordieux pour tous les hommes, et que la mission des prophètes fut moins de doflher à leur patrie des lois particulières que d'enseigner aux hommes la véritable vertu, il s'ensuit que toute nation a eu ses prophètes, et que le don de prophétie ne fut point propre à la nation juive. C'est là un point également établi par toutes les histoires, tant sacrées que profanes. Car, bien que le Vieux Testament ne dise pas que les autres nations aient eu autant de prophètes que la nation juive, et qu'il ne parle même expressément nulle part d'aucun prophète gentil envoyé par Dieu auï nations éti^angères, peu importe ; car les Hébreux ont seulement voulu écrire leur histoire, et non celle des autres nations. 11 suffit donc que nous trouvions dans le Vieux Testament que des hommes incirconcis, des gentils, ont prophétisé, tels que Noah, Chanoch, Abimélech, Bilham, etc., et que des prophètes hébreux ont été envoyés par Dieu, non-seulement à ceux de leur nation, mais aussi à beaucoup de nations étrangères. Ainsi Ézéchiel a prophétisé à toutes les nations alors connues, Hobadias aux seuls Iduméens, et Jonas a été surtout le prophète des Ninivites. Ce n'est pas seulement des Juîfe, mais aussi des autres nations qu'Isale déplore et prédit les calamités et célèbre le rétablissement. « C'est pourqurn, dit-il (chap. xvi, vers. 9), mes larmes feront voir la douleur que me cause Jahzer, 3- Dans le chap. xix, le môme pith I^ète pr^t di'«1^9rd Içs calamités des Égyptiens, puis
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leur rétablissement (voyez les vers. 19, 20, 21, 25). Il leur fait connaître que Dieu leur enverra un sauveur qui les délivrera et se révélera à eux, qu'ils Thonoreront par des sacrifices et des présents ; enfin il appelle cette nation le peuple d'Egypte béni de DieUy toutes choses qui nouï paraissent très-dignes d'être remarquées. Enfin Jérémie n'est pas seulement le prophète des Hébreux, mais de toutes les nations (chap. v, vers. 5), parce qu'il déplore et prédit les calamités des nations étrangères, et prédit aussi leur délivrance. 11 s'exprime ainsi (chap. xlviii, vers. 31) sur les Moabites : « C'est pourquoi f élèverai ma voix à cause de Moab, et tout Moah excitera mes clameurs^ » etc. ; et : « Mon cœur frémit comme un tambour à cause de MiXjA. » Puis.il prédit le rétablissement des Moabites et celui des Égyptiens, des Ammonites et des Hélamites. Il est donc hors de doute que les autres nations ont eu comme lesJuifs leurs prophètes qui ont prophétisé pour elles et pour les Juifs, quoique l'Écriture ne fasse mention que d'un seul^ Bilham, à qui fut révélé l'avenir des Juifs et des axitres nations. H ne faudrait pas croire que HUham n'eût prophétisé qu'en cette occasion que l'Écriture a marquée; car il résulte du récit même de l'Écriture qu'il s'était distingué bien avant cette époque par l^ don de prophétie et autres qualités extraordinaires. Quand, en effet, Balak le fit venir, il lui dit {Nombres, chap. xxu, vers. 6) : « Je sais que celui que tu bénis est béni, et que celui que tu maudis est maudit^ » Bilham t îivait donc cette même vertu dont parle la Genèse^ et que L Dieu avait donnée à Abraham (chap. xu, vers. 3). Il ré- ; ■ pondit, suivant l'usage des prophètes, aux envoyés de fi Balak, de .rester auprès de lui jusqu'à ce que Dieu lui eutiéyélé sa volonté. Quand il prophétisait, c'est-à-dire ÎQôHd il interprétait la volonté de Dieu, voici ce qu'il disfitti ordinairement de lui-même : « La voix de celui qui itUend la parole de DieUy qui connaît la science (c'est-à-dire rintelligence ou prescience) du Très-ffautj qui voit face à face Le Tout-Puis^ant, qui tombe à terre ^ mais qui a les
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yeux ouverts, » Après avoir béni les Hébreux selon sa coutume, par Tordre de Dieu, il commence de prophétiser aux autres nations et de prédire leur avenir. Ce qui prouve bien que Bilham a été prophète toute sa vie, ou du moins qu'il a très-souvent prophétisé ; et il faut remarquer aussi qu'il possédait ces qualités morales où était la source de la certitude qu'avaient les prophètes de la vérité de leurs prédictions, je veux dire une âme uniquement portée à l'équité et au bien ; car il ne bénissait pas et ne maudissait pas selon son caprice, comme Balak se l'imaginait, mais selon les ordres de Dieu. Aussi il répond à Balak en ces termes : « Baiak me donnerait assez d'argent et d'or pour remplir son palais y que je ne pourrais transgresser le commandement de Dieu et produire à mon gré du bien ou du mal. Ce que Dieu dira, je le dirai, » Que si Dieu s'irrita contre Bilham pendant son voyage, la même chose arriva à Moïse en allant en Egypte par ordre de Dieu (Exode, chap. iv, vers. 24); s'il prophétisait pour de l'argent, Shamuel en prenait aussi (Shamuel, liv. I, chap. ix, vers. 2, 8) ; enfin s'il eut quelques faiblesses (voyez sur ce point Épîtresde Pierre^ épît. II, chap. II, vers. 15 et 16; et Jude, vers. 11), on peut lui appliquer ces paroles de l'Écriture (Ecclés.^ chap. VII, vers. 20) : ail n* est point d'homme si juste qu'il agisse toujours bien et ne pèche jamais. » Et certes il faut croire que ses discours avaient auprès de Dieu une grande autorité et que sa puissance de malédiction fut très-forte, puisque l'Écriture dit si souvent, en témoignage de la miséricorde de Dieu à l'égard des Israélites, que Dieu refusa d'écouter Bilhan^ et changea sa malédiction en bénédiction (voy. Deutéron,, ch. xxiii, vers. 6; Jos-, chap, xxiv, vers. 10; Néh,, chap. xiii, vers. 2). D'où il suit que Bilham devait être très-agréable à Dieu, Die^ n'étant nullement touché des discours et des malédictioïis des impies. Ainsi donc, puisque Bilham a été un vr^* prophète et que Josué l'appelle néanmoins (chap. Xl^» vers. 20) un devin, un augure, il faut bien que ce nonfi ^^
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prit en bonne part et qae les hommes qu'on nommait cliez les gentils devins ou augures aient été de vrais prophètes, ceux que TÉcriture accuse et condamne ayant été de faux devins qui trompaient les gentils, exactement comme les faux prophètes trompaient les Juifs. C'est ce qui résulte d'ailleurs de plusieurs passages de l'Écriture. Nous sommes donc finalement amenés à cette conclusion, que le don de la prophétie n'était pas propre aux Juifs, mais commun à toutes les nations.
Les pharisiens soutiennent aii contraire avec force que ce don de prophétie fut exclusivement réservé à leur nation ; et ils expliquent la connaissance de l'avenir qu'ont eue les autres nations par je ne sais quelle vertu diabolique (que n'invente pas l'esprit de superstition !). Leur principale preuve, firée du Vieux Testament, c'est ce passage de VFxode (chap. xxxiii, vers. 16) où Moïse dit à Dieu : « Comment connaîtra- t-on que votre peuple et moi nous avons trouvé grâce devant vos yeux? Ne sera-ce pas quand vous marcherez avec nous, et que nous serons séparés, votre peuple et moi, de tous les autres peuples qui couvrent la surface de la terre? » C'est de là qu'ils veulent conclure que Moïse demanda à Dieu d'être présent à son peuple, de se manifester à lui par des révélations prophétiques, et de ne faire cette grâce à aucune autre nation. Mais ne serait-il pas étrange que Moïse eût envié aux nations la présence de Dieu et qu'il eût osé ' adresser à Dieu une semblable prière ? Voici l'explication véritable : Moïse, voyant l'opiniâtreté de son peuple et l'esprit de révolte qui l'animait, jugea que son entreprise ne réussirait pas I sans de très-grands miracles et des marques particulières ■ fa secours externe de Dieu, et même que les Juifs, privés d'un tel secours, ne pouvaient échapper aune perte certaine. Il implora donc le secours de Dieu afin que les Juifs ne pussent pas douter que c'est à Dieu qu'ils devaientleur conservation. « Seigneur, dit-il (chap. xxxiv, vers. 9), ^fai trouvé grâce devant vos yeux, que le Seigneur marche
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au milieu de nous; un esprit d'aveugle oùstinationanùnftiOi peuple^ )> etc. L'aveugle obstination des Juifs fut doucla raison qui le détermina à invoquer le secours externe. 4a Dieu; et c'est ce qu'on voit plus clairement encore dam le passage suivant : Dieu répond (vers. 20) : « Void qu9 je forme avec vous une alliance, et j'accomplirai devant v&tn peuple des merveilles qui n'ont jamais été faites sur toute la terre ni parmi toutes les nations» » Il ne s'agit donc pouf Moïse, ainsi que je l'ai déjà expliqué, que de la senli élection des Juifs, et il ne demande pas autre chose à Dieu. Gependaut je trouve dans l'épître de Paul aux Bo- "inàîas un autre texte qui fait sur moi quelque impre^ sioa.; car Paul (chap. m, vers, 2) y semble exprimerai doctrine opposée à la mienxte : « Quelle est^ dit-il, la mh pêriorité du Juif? quelle est l'utilité de la circoncisicnol elles sont grandes de tourtes façons^ et avant tout en ea qm ks paroles de Dieu leur ont été commises. * Mais si nous exanùnons de près le dessein de Paul en ce passais, nous n'y trouverons rien de contrée à notre doctrifiue ; tout a« conti'aire^ il y a parfait accord, puisqu'il dtt M luêxne chap. (vers. 29) qwe Dieu est le Dieu des Jui^s jat des gentils; et au chap, u, vers. 25, 26, il s'exprime aiûsi : a Si le circoncis transgresse la loi, la circoncision deviendra prépuce ; et si l'incirconcis garde les préceptes de la loi, sm prépvjce deviendra circoncision. » Plus ba^{»cha.p. iv, vers, 9) il dit que tous les hommes, les gentils comme les Juib, sont dans le péché, et il n'y a pas de péché là où il n'y a pas un commandement et une loi.. La conséquonce évi* dente de ce passage, c'est donc que la loi a été révélée i tous Les hommes sans exception (comme nous Tavoiis prouvé déjà par le chap. xxviu de Job^ vers. 28), etqu'ik ont tous vécu sous son empibe; je parle de celte loi qgà se rapporte uniquement à la pratique de la v^rtu^ et aobl' de celle qui est établie pour le maintien de chaque euirpire et appropriée au génie de chaque natioA. Voici done la <îonclusion où Paul veut aboutir : c'est que Dieu éttoUk le Dieu de toutes les nations» c'«st-à-dire également pio^
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piae â tous les hommes, et tons les hommes ayant éga* lemait reçu ia loi et également pécbé^ Dieu a envoyé scm Gkri&t pour tous les hommes, afin de les délivrer tOQB de la servitude de la loi, et de leur fake pratiquer le biea désormais, non par Tordre de la loi, mais par une résotaitian inébranlals^ de leur àme.
La fdoetriae de Paul s'accorde donc ici à merveille ajfeo la nôtre ; et lorsqu'il dît que les Juifs seuls ont eu le dépôt des parrdes de £keu, ou bien il faut entendre que ces fkaroles de Dieu n'^avaient été écrites que chez les Juifs, les autres nations ne les ayaat connues que raentalemeidyt et put une révélation tout intérieure ; ou bien ^e PaoJ, qui n'a d'autre objet en ce*te rencontre que de repousserJes objections des Juifs, se met à leur portée et s'accommode ans: opinions du temps : fidèle à l'har lâbâe qu'il avait prise, en parlant des choses qu'il avait vues et entendues, jl'êtce Grec avec les Grecs et Juif avec 'les Joifia.
il ne nous ceete phis qu'à répondre i quelques autres raisons que domi^it les pharisiens pour se persuader à ^tx-méaies que I^ékction des Juifs n'a pas été tempo* raire tH relative à l'établissement de leur empire, mais éternelle, Nous v^ons les Juifs» disent-ils, dispersés depuis la Buine de leur empire en mille endroits divers, et pendant tant de ^èeles sejetès des autres nations, se maintenir et durer encore, ce qui n'est jamais arrivé à anemi peuple; et de plus, L'Écritare sainte nous apprend en plusieurs endroits que Meu a faiib du peuple juif son peo^e élu {mur toute l'éternité, d'où il résulte que malgré la destruction: de son empire il reste le peuple de Dieu. Voici les passages qui témmgneut le plus claire*iQeBt,À leur sens, de cette élection <éternetije: 1^ Jérémie . (ctaç. I, vers. 36) déclare que la race d'Israël restera ; ëhraeUement le peuple de Dieu, et il compare cette élection divine à Tordre des oieui.et de toutela nature ; 2» Ézécliiel(chap. xx, vers. 32) semiile assureur qu'alors môme ^ les Juifs renonceraient au cuite du Seigneur, Dieu ne
laissera pas de les tirer de tontes les régions où ils seront dispersés pour les conduire au désert des peuples, comme il conduisit leurs pères aux déserts d'Egypte ; et qne, ensuite, après les avoir séparés des rebelles et des faibles, il les fera monter sur la montagne de sa sainteté, où toute la maison d'Israël le servira. Outre ces deux passages, les pharisiens en produisent encore quelques autres du même genre; mais je croirai avoir suffisamment répondu à tous si j'explique les deux que je viens de citer, ce qui ne sera pas fort diflficile. Il est clair en effet, par rEcriture elle-même, que Dieu avait élu les Hébreux, non pour toujours, mais aux mêmes conditions qu'il avait fait auparavant les Chananéens, lesquels avaient aussi leurs pontifes, comme nous l'avons montré plus haut, et rendaient à Dieu un hommage religieux ; mais Dieu les rejeta dès qu'ils se furent plongés dans le luxe, les délices et l'idolâtrie. C'est pour cela que Moïse avertit son peuple de ne point se souiller d'incestes, ' comme avaient fait les Chananéens, de peur que la terre ne les vomît, comme elle avait vomi les nations qui habitaient jadis ces contrées. Dans un autre endroit il les menace dans les termes les plus exprès d'une ruine totale (Deutéron.j chap. xviii, vers. 19, 20) : « Je vous proteste aujourd'hui que vous périrez comme les nations que Dieu fait périr devant vous. » On trouve ainsi dans la loi une foule de passages analogues qui marquent évidemment que l'élection des Hébreux n'avait rien d'absolu ni d'éternel. Si donc les prophètes leur ont prédit une alliance nouvelle et éternelle, alliance d'amour, de connaissance et de grâce, il est facile de se convaincre qu'elle ne regarde que les justes ; car nous avons vu dans le chapitre i'Ézéchiel cité plus haut que Dieu séparera d'avec les justes les faibles et les rebelles ; et Tséphonias dit formellement (chap. m, vers. 12 et 13) que Dieu détruira les superbes et sauvera les pauvres; et comme cette élection des pauvres est le prix de la vertu véritable, il n'y a aucune raison de croire qu'elle soit
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promise seulement aux justes d'entre les Jaifs, à Texclusion des autres justes. Il faut croire au contraire que les prophètes des gentils (nous avons prouvé que toutes les nations ont eu des prophètes) l'ont également promise aux fidèles de leur pays et les ont consolés par celte espérance. Ainsi donc, puisque cette étemelle alliance de connaissance et d'amour est une alliance universelle, ainsi qu'il suit le plus évidemment du monde du chap. in de Tséphonias (vers. 10 et 11), il ne faut admettre aucune différence à cet égard entre les Juifs et les gentils, ni par conséquent aucune autre élection particulière du peuple héJ3reu. Que si les prophètes qui ont parlé de celle élection relative à la seule vertu y ont mêlé beaucoup de choses touchant les sacrifices et autres cérémonies, ainsi que sur le rétablissement du temple et de Jérusalem, c'est qu'ils ont parlé en prophètes (dont la coutume élait d'envelopper les choses spirituelles sous ces figures), afin d'indiquer par là en même temps aux Juifs, dont ils étaient spécialement les prophètes, que leur temple devait être rebâti sous le règne de Cyrus et leur empire relevé. Il ne faut donc point que les Juifs s'imaginent aujourd'hui avoir eu quelque avantage sur le resle des nations. Quant à leur longue dispersion, il n'est point surprenant qu'ils aient subsisté si longtemps depuis la ruine de leur empire, puisqu'ils se sont séquestrés des autres peuples et se sont attiré leur haine, non-seulement par des coutumes entièrement contraires, mais par le signe de la circoncision qu'ils observent très-religieusement. Or, que la haine des nations soit pour les Juifs tin principe de conservation, c'est ce que nous avons vu par expérience. Un roi d'Espagne les ayant autrefois contraints ou de quitter son royaume ou d'en embrasser la religion, il y en eut une infinité qui prirent ce dernier parti. Et comme en se faisant chrétiens ils devenaient capables de tous les privilèges des autres citoyens et digues de tous les honneurs, ils se mêlèrent si étroite- °^^'ût aux Espagnols qu'il ne reste plus d'eux aucune
trace ni aucnn souvenir. En Portugal il en a été tout autrement : car étant forcés d'embrasser le christianisme sans être admis aux privilèges et aux dignités de l'État, ils ont toujours vécu, quoique convertis, dans un état d'isolement par rapport aux autres Portugais. Le signe de la circoncision me parait ici d'une telle conséquence que je le crois capable d'être à lui tout seul le principe de la conservation du peuple juif. Je dirai plus : si l'esprit de leur religion n'efféminait leurs âmes, je suis convaincu qu'une occasion favorable venant à se présenter, les Juifs pourraient (tant les cbosos humaines sont variables) reconstituer leur empire et devenir ainsi l'objet d'une seconde élection de Dieu. Nous avons un exemple frappant de l'influence que peut exercer le signe dont je parle dans les Chinois, qui se font, comme on sait, un point de religion de laisser croître une toufife de cheveux sur leur tête pour se distinguer dos autres nations; et cela leur a réussi depuis tant de milliers d'années qu'il n'y a point de peuple qui les égale en fait d'antiquité. Ce n'est pas qu'ils aient toujours conservé leur empire, mais ils l'ont toujours recouvré après l'avoir perdu, et je ne doute pas qu'ils ne le rétablissent encore, lorsque les richesses et les délices du pays auront commencé d'amollir les Tartaces. Au reste, si quelqu'un persiste à soutenir pour telle ou telle raison que l'élection des Juifs est une élection éternelle, je n'y veux pas contredire, pourvu qu'il demeure d'accord que cette élection, de quelque dorée qu'elle soit, en tant qu'elle est particulière aux Juifs, ne regarde que les avantages temporels et l'établissementde leur empire (puisqu'il n'y a que ce seul point par où les nations se distinguent les unes des autres), mais qu'à l'égard de l'intelligence et de la vertu véritable, toutes les nations sont égales. Dieu n'ayant sur ce point aucune sorte de préférence ni d'élection pour personne.
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