Voyez Éthique, part. 1, Propos
*• Voyez De intell, emend ^ passim.
•. Voyez Éthique j part. 5, Propos. 14 et loiT.
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ion de l'objet qu'il aime par-dessus tous les autres, et •éciproquement. D'où il suit que celui-lû estnécossairenentle plus parfait et participe le plus complètement à i souveraine béatitude, qui aime par-dessus toutes Eioses la connaissance intellectuelle de l'être le plus arfait, savoir, Dieu, et s'y complaît de préférence à mt le reste. Voilà donc notre souverain bien, voilà le ma de notre béatitude : la connaissance et Tamour de îeti. Ce principe une fois posé, tous les moyens nécoslirespour atteindre la fin suprême des actionshumaines, » ^eux dire Dieu, en tant que nous en avons l'idée, >eu vent très-bien s'appeler des commandements de Dieu, misque l'emploi de ces moyens nous est en quelque sorte prescrit par Dieu même, en tant qu'il existe dans notre toae; et par conséquent la règle de conduite qui se rappotle à cette fin peut aussi trèsfbien recevoir le nom de ^oi di>iae. Maintenant , quels sont ces moyens ? quelle 68t Ja règle de conduite qui nous est imposée pour atteindre à cette fin? comment l'État y trouvc-t-il son plus solidefondement ? ce sont là des questions qui embrassent la morale tout entière. Or je ne veux traiter ici de la loi divine que d'une manière générale.
Puisqu'il est établi maintenant que l'amour de Dieu ^t la suprême félicité del'bommeet sa béatitude \ qu'il ^tla fin dernière et le terme de 4outes les actions huiles on doit conclure que celui-là seul observe la loi divine, qui prend soin d'aimer Dieu, non par crainte du <^ment ou par amour d'un autre objet, comme la gloire ou les plaisirs célestes , mai» par. cela seul qu'il connaît Dieu, ou encore parce qu'il sait que la connaissance et l'amour de Dieu sont le souverain bien, ka loi divine est doue tout entière dans ce précepte suprtoie : Aimez Dieu tomme votre souverain bien ; ce qui veut dire, je le ^lépète, qu'il ne faut point aimer Dieu par crainte du cbâtiment, ni par amour pour un autre objet ; car l'idée de
A* Toyez Éthique, part. S, Propos. 36* et son SchoUt.
Dinu nous cnsnîgne que Dieu est notre souverain bien, (;iic la connaissance et l'amour de Dieu sont la fin de^ iiièrc où il faut diriger tous nos actes. C'est là ce que riiomme charnel ne peut comprendre; ces préceptes lui semblent choses vaincs, parce qu'il n'a de Dieu qu'une connaissance imparfaite, parce qu'il ne trouve dans ce ])ien suprême qu'on lui propose rien de palpable, rie& d'afçréable aux sens, rien qui flatte la chair, source de ses plus vives jouissances, parce qu'enfin ce bien ne consiste que dans la pensée et dans le pur entendement. Mais pour ceux qui sont capables de comprendre qu'il n'y a rien dans l'homme de supérieur à l'entendement ni de plus parfait qu'une âme saine, je ne doute pas qu'il» n'en jugent tout autrement.
Nous avons expliqué ce qui constitue proprement la loi divine. Toutes les lois qui poursuivent un autre' objet sont des lois humaines: à moins- toutefois qu'elles ne soient consacrées par la révélation ; car sous ce point de vue, comme nous l'avons montré plus hsTut, elles se rapportent à Dieu ; et c'est dans ce sens que la loi de Moïse, tout en étant une loi particulière appropriée au génie particuUer et à la conservation d'un seul peuple, peut être appelée Loi de Dieu ou loi divine. Nous croyons en effet que cette loi a reçu la consécration de la lumière prophétique.
Si nous considérons maintenant avec attention la nature de la loi divine naturelle, telle que nous l'avons définie tout à l'heure, nous reconnaîtrons : 1» qu'elle est universelle, c'est-à-dire commune à tous les honunes ; nous l'avons déduite en effet de la nature humaine prise dans sa généralité ; T qu'elle n'a pas besoin de s'appuyer sur la foi des récits historiques, quels que soient d'ailleurs ces récits. Car comme cette loi divine naturelle se tire de la seule considération de la nature humaine, on la peut également concevoir dans l'âme d'Adam et dans celle d'un autre individu quelconque, dans un solitaire et dans un homme qui vit avec ses semblables. Ce n'est
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pas non plus la croyance aux récits historiques^ si légitime qu'elle soit, qui peut nous donner la connaissance de Dieu, ni par conséquent l'amour de Dieu, qui en tire ^n origine ; cette connaissance, nous la puisons dans ôs notions universelles qui se révèlent par elles-mêmes t emportent une certitude immédiate ; tant il est vrai 'tie la croyance aux récits historiques n'est pas une conilîon nécessaire pour paivenir au souverain bien. Touift>is, bien que les récits historiques soient incapables de (>i:is donner la connaissance et l'amour de Dieu, je ne i^^ point que la lecture de ces récits ne nous soit trèstîle dans la vie sociale. Plus en effet nous observons, et lieux nous connaissons les mœurs des hommes, que ien ne nous dévoile plu-^ sûrement que leurs actions, Aus il nous est facile de vivre en sûreté dans leur comnverce,et d'accommoder notre vie et notre conduite à leur g^iùe, autant qu'il est raisonnable de le faire. 3^ Nous vc>yons aussi que cette. loi divine naturelle ne nous demande pas de cérémonies, c'est-à-dire celte sorte d'actions, de soi indifférentes, et qu'on n'appelle bonnes qu'à la suite d'nne institution, ou si l'on veut , qui représentent an certain bien nécessaire au salut, ou enfin, si l'on ^e mieux, dont la raison surpasse la portée de l'esprit liomaio. Car la lumière naturelle n'exige rien de nous qii'elle ne. soit capable de nous faire comprendre et ^pi'elle ne nous montre clairement comme bon en soi ou comme moyen d'atteindre à la béatitude. Et quant aux actions qui ne sont bonnes que par le fait d'une institution qui nons les impose; ou en tant que symboles de Wipie bien réel, elles sont incapables de perfectionner ûotre entendement; ce ne sont que de vaines ombres, ^*on ne peut mettre au rang des actions véritablement excellentes, de ces actions filles de l'entendement, qui *ont comme les fruits naturels d'une âme saine. Mais ^ est inutile d'insister plus longuement sur ce point. 4^ Nous voyons enfin que le prix d'avoir observé la loi divine, c'est cette loi elle-même^ savoir : de connaître
Dieu et de Taimer d'une âme vraimont libre , d'an amour pur et durable ; le châtiment de ceux qui violent cette loi, c'est la privation de ces biens, la. servitude de la chair, et une àme toujours chanpfeante et toujours troublée.
Ces quatre points bien établis, nous avons à résoudre les questions suivantes. 1» Pouvons- nous, parla lumière naturelle, concevoir Dieu comme un législateur, on comme un prince qui prescrit aux hommes certaines loisT 2« Qu'enseigne l'Écriture sainte touchant la lumière et la loi naturelles? 3° Pour quelle fina-t-on institué autrefois des cérémonies religieuses? 4^ A quoi sert de connaître l'histoire sacré et d'y croire? Nous traiterons la première et la seconde de ces questions dans le présent chapitre 9 les deux autres dans le suivant.
Il est aisé de résoudre la première de ces questions en considérant la nature de la volonté de Dieu, laquelle nc se distingue de son intelligence qu'au regard de l'esprit humain : en d'autres termes , la volonté de Dieu et son entendement ne sont qu'une seule et même chose ', et toute la distinction qu'on y établit vient des idées que nous nous formons de l'entendement divin. Par exemple, quand nous ne sommes attentifs qu'à ce seul point, savoir : que la nature du triangle est contenue de toute éternité dans'la nature divine, à titre de vérité éternelle, nous disons alors que Dieu à l'idée du triangle, ou biea qu'il entend la nature du triangle; mais si nous venons à concevoir que la nature du triangle est ainsi contenue dans la nature divine par la seule nécessité de la nature divine, et non par la nécessité de l'essence et de la nature du triangle; bien plus encore, si nous considérons que la nécessité de l'essence et des propriétés du triangle, prises comme des vérités éternelles , dépend de la seule nécessité de la nature et de l'entendement divin, et non
I. Voyez Éthique, part. 1, Propos* 3% et ms CoroU.; part. 2, Propos. 49 avet* sou Coroîl. et son Schol.
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de la nature au triangle, il arrive alors qae, ce que nous appelions entendement de Dieu, nous l'appelons volonté diViite ou décret divin. Ainsi donc, dire que Dieu a voulu ifoe la.sooune des angles d'un triangle fût égale à deux f droits, ou dire que Dieu a pensé cela, c'est^ au regard de Dieu, une seule et môme chose. D'où il suit que les 'aiiBriQatiojQS et les négations de Dieu enveloppent toujours Qoe nécessité ou une vérité éternelles. Si, par exemple, fiieu avait dit à Adam : Je ne veux pas que vous mangiez du fruit de l'arbre du bien et du mal , il impliquerait coxàtradiclion qu'Adam pût manger de ce fruit; et il seiTAit par conséquent impossible qu'il en eût mangé, le déo^et de Dieu enveloppant une nécessité et une vérité étemelles. Cependant, suivant le récit de l'Écrilure, Dieu fit à. Adam cette défense, et Adam ne laissa pas de manger du fruit défendu. Il faut donc entendre de toute nèoessité que Dieu révéla seulement à Adam le mal qu'il aarait â souffrir s'il mangeait du fruit de cet arbre, sans loi faire connaître qu'il était nécessaire que ce mal fût la sTiitc de son action. D'où il arriva qu'Adam comprît cette révélation , non pas comme vérité éternelle et nécessaire, ta&îs comme une loi, je veux dire comme un commandement, suivi de récompense ou de punition, non par I la nécessité même et la nature de l'acte accompli, mais i seulttiuent par le vouloir d'un prince et par son autorité .1 absolue. Par conséquent celte révélation n'eut le carac- :| tère d'une loi, et Dieu ne fut semblable à un législateur ou à un prince qu'au regard d'Adam et par l'imperfec- . lioa et le défaut de sa connaissance. Ce fut encore par 1 cette même raison, je veux dire par défaut de connaisi saace, que le Décalogue eut, aux yeux des Hébreux, le I crractère d'une loi. Ne connaissant pas en efifek l'existence de Dieu, à titre d'éternelle vérité, ils durant considérer comme des lois ces paroles du Décalogue : qu'il existe Qn Dieu et qu'il ne faut adorer que lui seul. Si au coatraiie Dieu leur eût parlé directement et sans aucun intermédiaire corporel , les préceptes du Décalogue eus-
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sent été pour eux, non des lois, mais des vérités éternelles. Ce que nous disons ici des Israélites et d'Adam, il faut le dire égalemen!; de tous les prophètes qui écrivirent des lois au nom de Dieu ; ils ne concevaient pai les décrets de Dieu comme des vérités éternelles, parce qu'ils n'en avaient pas une connaissance adéquate. Je prendrai pour exemple Moïse lui-même. Il comprit à ta vérité, par la révélation qui lui fut faite, quel était ta moyen qu'il fallait employer pour donner au peuple Israélite la plus parfaite union en le conduisant dans une certaine région du monde, et pour constituer ainsi une société indépendante et un empire ; il comprit aussi ce qu'il convenait de faire pour contraindre le plus sûre* ment ce peuple à l'obéissance; mais ce qu'il ne comprit pas, ce qui ne lui fut pas révélé, c'est que les moyens dont il se servait étaient les meilleurs qu'il pût prendre; c'est que, le peuple une fois soumis à l'obéissance dans la contrée où il l'avait conduit, le but que poursuivaient les Hébreux serait atteint. Voilà pourquoi il comprit toutes ces choses, non pas comme des vérités éternelles, mais comme des préceptes et des commandements. Voilà' aussi pourquoi il les prescrivit comme des lois de Dieu, et par suite se représenta Dieu comme un chef, un légis' lateur, un roi, bien que tous ces attributs n'appartien* nent qu'à la seule nature humaine et soient bien éloignés •de la divine.
Je dis donc qu'il faut entendre de la sorte tous les prophètes qui ont prescrit des lois au nom de Dieu ; mais tout ceci n'est point applicable au Christ. Il faut admettre •en effet que le Christ, bien qu'il paraisse, lui aussi, avoir prescrit des lois au nom de Dieu, comprenait les choses dans leur vérité d'une manière adéquate. Car le Christ a moins été un prophète que la bouche même de Dieu. C'est par l'âme du Christ (nous l'avons prouvé au chap. 1*') que Dieu a révélé au genre humain certaines vérités, comme il avait fait auparavant aux Juifs par l'intermédiaire des anges, par une voix créée, par des vi-
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sions, etc. Et il serait anssi déraisonnable de prétendre qae Dieu accommoda ses révélations aux opinions du Christ, que de soutenir que dans les révélations anté- ^ rienres accordées aux prophètes il accommoda sa parole aux opinions des anges qui lui servaient d'intermédiaires, c'est-à-dire aux opinions d'une voix créée ou d'une vision, '' ce qui est bien la chose du monde la plus absurde. Ajou ^1 tez à cela que le Clirist n'a pas été envoyé pour les seuls 1^ Hébreux, mais bien pour tout le genre humain ; d'où il ^ J3mt qu'il ne suffisait pas d'accommoder ses pensées aux ■| opinions des Juifs, il fallait les approprier aux opinions ^ et aux principes qui sont communs à tout le genre hu- " main, en d'autres termes, aux notions universelles et ^ vraies. Maintenant que peut-on entendre en disant que * Dieu s'est révélé au Christ ou à l'âme du Christ d'une ^ façon immédiate, et non pas, comme il faisait aux pro- ■. phètes, par des paroles et des images, sinou que le Christ ■| a conçu les choses révélées dans leur vérité, ou autre- *; ment, qu'il les a comprises ? Car comprendre une chose, ~j c'est la concevoir par la seule force de l'esprit pur, sans "*; paroles et sans images.
^1 C'est donc un principe bien établi que Jésus-Christ a *■ conçu la révélation divine en elle-même et d'une mamère adéquate. Maintenant, pourquoi l'a-t-il présentée sous la forme d'une loi? Je réponds que c'a été pour se proportionner à l'ignorance et à la grossièreté du peuple, Et en agissant ainsi, Jésus-Christ a rempli le rôle de ^ieu, puisque, à l'exemple de Dieu, il s'est mis à la portée du vulgaire. Aussi l'on peut remarquer qu'il s'exprime 3n général d'une manière obscure, quoique un peu plus claire que celle des prophètes, et qu'il expose les choses révélées sous forme de paraboles , surtout quand il s'adresse à cette sorte d'hommes (voyez Matthieu^ chap. xiii, vers. 18 et suiv.) à qui il n'était point donné encore de comprendre le royaume des cieux; et il ne faut pas douter qu'en s'adressant à ceux qui étaient capables de compi*endre les mystères célestes, il ne leur ait enseigné
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les choses révélées, non comme des lois, mais comOM des vérités éternelles. C'est en ce sens qu'il les délivra d< la servitude de la loi, et qu'en même temps il la cottfirma et l'établit plus profondément dans leurs cœni» J'entends de cette façon plusieurs passages de Paul; notamment dans VEpître aux Romains^ chap. vu, vers. I| et chap. III, vers. 28. Je conviens qu'il ne s'y explique pv ouvertement, et, comme il dit lui- môme (t^iW., chap.Bli vers. 5, et chap. vi, vers. 19), il parle de ces choses à h manière des hommes. Aussi, quand il donne à Diea Ifl nom de juste, il marque expressément que c'est là «M expression tout humaine ; et c'est encore sans doute à cause de l'infirmité de la chair qu'il représente Ditt comme miséricordieux, débonnaire, irrité, etc. Il est éifc dent qu'en tous ces endroits il met son langage è la pas* tée du vulgaire, et, comme il dit encore lui-même (£/A" tre /'• aux Corinthiens^ chap. m, vers. 1,2), des hoqHDtt charnels. La preuve, c'est que dans VÉpître aux Bomi^ (chap. IX, vers. i8) il enseigne formellement quel* colère de Dieu et sa miséricorde ne dépendent poini des œuvres de l'homme, mais de la seule vocation d8 Dieu, c'est-à-dire de sa seule volonté; et plus haut, 9 déclare (chap. m, vers. 28) que ce ne sont point les <B* vres prescrites par la loi qui rendent l'homme juste, mai bien la seule foi, par où il entend sans aucun doute l plein acquiescement de l'àme ; personne enfin, suivait sa doctrine expresse, ne peut devenir bienheureux s'i n'a en soi l'esprit du. Christ [ibid.y chap. viii, vers, Ô) en d'autres termes, s'il ne comprend les lois de Diei comme des vérités éternelles. Concluons donc que c'es seulement pour se mettre à la portée du vulgaire fl s'accommoder à l'imperfection de sa connaissance qu'on représente Dieu sous les traits d'un législateur oi d'un prince, et qu'on lui donne les noms de juste, mis^ ricordieux, et autres semblables. £n réalité. Dieu agit € dirige toutes choses par la seule nécessité de sa natiur et de sa perfection; ses décrets et ses volontés son
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des vérités éternelles, et enveloppent toujours Tabsolue nécessité. Voilà le premier point que nous nous proposions d'éclaircir.
Arrivons maintenant au second point, et voyons, en parcourant les saintes Écritures, ce qu'elles nous enseignent louchant la lumière naturelle et la loi divine. Ce que nous rencontrons tout d*abord, c'est Thistoire du premier homme, où il est dit que Dieu ordonna à Adam de ne point toucher au fruit de Tarbre de la connaissance du bien et du mal. Que signifie ce récit ? Il me semble qu'il faut entendre que Dieu ordonna à Adam de faire le bien en tant que bien, et non pas comme contraire du mal; c'esl-à-dire de faire le bien par amour du bien, et non par crainte du mal. Car, comme nous l'avons déjà montré, celui qui fait le bien par connaissance véri- *«We et par amour du bien agit d'une âme libre et constante; au lieu que celui que la crainte seule du mal porte au bien agit en esclave, sous la contrainte du mal, cteomme dominé par une force étrangère. Par conséquent, l'ordre que Dieu donne à Adam embrasse toute ^ loi divine naturelle, et se trouve en parfait accord avec les commandements de la raison universelle. Or, je ne ^is pas qu'il fût difficile d'expliquer dans le même ^prît toute cette histoire, ou pour mieux dire toute cette parabole du premier homme; mais j'aime mieux laisser 14 cette entreprise, soit parce qu'il m'est impossible ^'être absolument certain que mes explications répondent exactement à la pensée de l'écrivain sacré, soit encore parce qu'on admet généralement que cette histoire du premier Jiomme est un récit pur et simple et non pas une Parabole. Il est donc beaucoup plus à propos que je connue de citer des passages de l'Écriture, et principale- 'ûent ceux qui sont sortis de la bouche d'un homme qui * surpassé tous les sages de son temps par la force de ^ raison, et dont les discours, quoique inspirés par la «eiile lumière naturelle, n'ont pas une autorité moins sainte aux yeux de tous que ceux mêmes des prophètes.
Je veux parler de S^omon, et Ton sait assez que sa dence et sa sagesse sont eélébrées dans rËcritnre encore que sa piété et son caractère de prophèta sage roi dit en ses Proverbes que rintelligence hutti est la source de la vie véritable, et que le plus grand maux, c'est TignoranciB. Voici ses propres pai (chap. XVI, vers. 23) : « La source de la vie, c'est fintelUfl de celui qui est le maître de V intelligence^ et le suppliek esprits aveugles est dans leur aveuglement même^» » remarquera ici que, par le mot vie, employé dans sens absolu, il faut entendre en hébreu la vie vérita ainsi qu'on en trouvera la preuve évidonte dans h i teronome (chap. xxx, vers. 19). Ainsi donc, pour Salon le fruit de Tintelligence est tout entier dans la vie véi ble, et tout châtiment consiste dans la seule prifai de cette vie. Or, c'est justement là ce qui a fait ton l'heure l'objet de notre quatrième remarque touchai loi divine naturelle. Maintenant, que ce soit cette soi de vie, c'est-à-dire l'intelligence, qui seule donne lois aux hommes sages, comme nous l'avons égaleoD prouvé plus haut, c'est ce qui résulte encore de h nière la plus formelle des paroles de Salomon: « Xfl de Vhomme sage^ dit-il (chap. xiii, vers. 4), c'est la w de la vie véritable^ » en d'autres termes, c'est lin* gcnce. Voici encore (chap. m, vers. 13) des paroles I expresses pour établir que l'intelligence fait le boni et la félicité de l'homme et donne à l'âme la vraie t quillité : « Heureux^ dit-il, Vhomme qui a trouvé la scii heureux le fils de Vhomme qui est riche en intelligenee» explique lui-même ces paroles un peu plus bas (verSi 17) : « C*estj dit-il, que l'intelligence donne directemei longueur desjours^,et indirectement les richesses et lagl
i . Cette expression : le maitre de l'intelligence y est un hébraïsme. Gé possède une chose ou qui la contient dans sa nature est dit le maître de cette C^est ainsi qu^en hébreu on appelle Poiseau le maitre des ailes, parce qall ailes; et de même, l'homme intelligent est le maitre de rintelli^ence, parc est doué d'intelligence. {Note de Spinoza,)
S. Hcbrcïsmc, qui signitie la vit. (Note de Spinoza,)
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S voies sont belles (les voies marquées par la science], dans tous ses sentiers règne la paix. » Ainsi donc, suivant domoDy les sages seuls vivent dans la paix et dans la onstance, au lieu que Tàme des impies est a^tée de mUe passions contraires^ incapable, comme dit égale-' Duent Isaîe (chap. Lvn, vers. 20), de jouir jamais de la pek et du repos. Mais ce que nous devons remarquer «vec le plus de soin dans ces Proverbes de Salomon, ce sont les paroles qu'on lit au cbap. ii; elles confirment notre doctrine de la manière du monde la plus claire. \oid le commencement du chapitre (vers. 3) : t Coi^ si wm invoquez la sagesse, et si vous vous soumettez à Vintelli-
gence alors vous comprendrez la crainte de Dieu, et vous
tnmverez la science de Dieu (ou, pour mieux traduire, Vmxmrde Dieu, car le motjadah a les deux sens). C'est Dieu en effet qui donne la sagesse, et la science et la prudence (sortent) de sa boucfie. » Il résulte évidemment de ces paroles; premièrement, que la sagesse, c'est-à-dire Tintelligence, nous apprend seule à craindre Dieu raisonnablement, en d'autres termes, à lui rendre un culte ▼wîment religieux ; secondement, que la sagesse et la science coulent de la bouche de Dieu, et que c'est Dieu qni nous les dispense. Or c'est là ce que nous avons étabB nous-mêmes ci-dessus, en montrant que notre entendement et notre science dépendent de la seule idée on connaissance de Dieu, et qu'elles ont en cette idée leuf origine et leur dernier terme.
Salomon continue (vers. 9) d'enseigner, dans les termes Itt plus formels, que cette science de Dieu contient la vraie morale et la vraie politique, qui n'en sont qu'une déduction : « Cest alors, dit-il, que vous comprendrez la Wice, et le jugement, et. les voies droites, (et) tout bon ^tier, n Et il ajoute encore pour plus de clarté : « Quand 'û «a'ence entrera dans votre cœur et que la sagesse vous sera «o«ce, alors votre prévoyance^ veillera sur vous^ et votre
*• l'hébreu porte mczima, qui signiûe proprement réflexion, délibéralion, «9»'ancc. [Note de Spinoza.)
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prudence vous gardera, » Tout cela est parfaitement d'accord avec la science naturelle ; car ce n'est qu'après avoir connu la nature des choses et déjà goûté rexcellence dja la science qu'il est possible de poser les bases de la morale et de compnsndre la véritable vertu. Nous pofuvons également confirmer parles paroles de Salomon ce principe, que le bonheur et la tranquillité de l'homme y&aé à la culture de l'intelfigence dépendent moins de lafortune (c'est-à-dire du secours extérieur de Dieu) que de sa vertu intérieure (c'est-à-dire du secours intérieur de Dieu), en d'autres termes, que c'est surtout par la vigilance, l'action et le bon conseil qu'il parvient à se conserver.
Je ne dois point passer ici sous silence un passage de Paul, dans le chap. i", vers. 20, de VEpitre auxBomains^ où il est dit (je me sers de la traduction donnée parTremellius d'après le texte syriaque) : « Les profondeurs invisibles de Dieu, sa puissance et sa divinité éternelles^ sont devenues visibles dans ses créatures depuis le commencement du monde, et ainsi ceux qui ne les voient pas sont inexcur sables, ù C'est dire, ce me semble, assez clairement que tout homme comprend par la lumière naturelle la force et la divinité éternelles de Dieu, et peut déduire de cette connaissance ce qu'il doit faire et ce qu'il doit éviter: d*où Paul tire la conclusion que tout homme qui ne suit point cette lumière est inexcusable et ne peut prétexter son ignorance. Or il en serait tout autrement si Paul entendait parler d'une connaissance surnaturelle de Dieu, de la passion et de la résurrection du Christ selon la chair, et autres vérités semblables. Aussi le voyons -nous • poursuivre en ces termes (vers. 24) : « Cest pourqm Dieu les a abandonnés à l'immonde concupiscence de. leur cœur, )) Et il continue ainsi jusqu'à la fin du chapitre à décrire les vices qui naissent de l'ignorance et qui eu sont la punition. Or cette doctrine s'accorde à merveillo avec ce proverbe de Salomon déjà cité (chap. xvi, vers. 22) î « Le supplice des esprits aveuglés^ c'est leur aveuglement
\me. » Il n'y a donc rinn de surprenant dans la pensée i Paul que les méchants sont inexcufsahles. Chacun en Bel recueillera suivant ce qu'il aura semé; du mal sorn nécessairement le mal, si le coupahle no se corrige; du bien sortira le bien, si celui qui Taccomplit y perile. Concluons enfin que les saintes Écritures reconlîssent pleinemeni ot la lumière naturelle et la connaisnce qu'elle nous donne de la loi divine. C'était tout bjet de ce chapitre.