Voyez les Notes marginales de Spinoza, note i i
S. On remarquera que le mot hébreu Raphaim signifie Damnés; mais on ftn croire, d'après les Paralipomènes, eh. xx^ que c*est aussi un nom propre. Je peu* donc qu'en cet endroit il marque le nom d'une famille. {Note de Spinoza*)
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amusement une addition de l'auteur du livre, destiné ù àcl^rcir ce passage de Moïse qui précède immédiatement : (t J'^ol rJonné Vautre moitié de Gilliad et tout le pays de BcfS^in, qui. était le royaume d'Og, à la moitié de la tribu de JManasséy ainsi que la juridiction d'Argot sur tout Basan, qut s'appelle terre des Géants. Il est hors de doute que les Hébreux, au temps où ce passage a été écrit, connaissaient très-bien les bourgs de Jaïr, tribu de Juda ; mais ils ne comprenaient pas ces mots: ((juridiction d'Argob terredes Géants^ n et voilà ce qui force Tbistorien à explicpier quels sont ces pays et les noms antiques qu'ils ont portés, et à expliquer en même temps pourquoi on les appelle présentement du nom de Jaïr, qui était de la tribu de Juda, et non de celle de Manassé (voyez Paralipomènes, cbap. ii, vers. 21 et 22).
Nous venons d'exposer les sentiments d'Aben-Hezra et de produire les passages du Peutateuque sur lesquels il fait reposer sa doctrine ; mais il s'en faut infiniment Qii'il ait épuisé le sujet, et il n'a pas même cité les endroits les plus importants. C'est une lacune que nous allons remplir.
l*» L'auteur des livres du PentateuquCy outre qu'il parle de Moïse à la troisième personne, rend sur son compte un grand nombre de témoignages comme ceux-ci : « Dieu « porté à Moïse ; Dieu s'entretenait face à face avec Moïse; ^oïse était le plus humble des hommes {Nombres ^ cbap. xii, vers. 3) ; Moïse fut saisi de colère cantine les chefs ennemis (îfo'rf. cbap. XXXI, vers. 14); Moïse était un homme divin ^Oeutéronome, cbap. xxxiii, vers. 1) ; Moïse, le serviteur de ^^, est mort ; aucun prophète ne s'est rencontré en Israël 9^i fût semblable à Moïse, » etc. Au contraire, dans le ^^téronome, où est exposée la loi que Moïse avait donnée au peuple et mise par écrit, Moïse parle de soi-même et raconte ses actes à la première personne : « Dieu m'a parlé » {Deutéronome, cbap. ii, vers. 1, 17. etc.); « fai P^éDieu, » etc. Ce n'est qu'à la fin du livre que l'auteur, après avoir rapporté les paroles de Moïse , recommence Il 44
son récit à la troisième personne, et nous raconte qi&. c Moïse écrivit cette loi qu'il avait d'abord expliquée dK.< vive voix au peuple, donna aux Hi^breux ses dcrnièr^^^ s instructions et cessa de vivre. Or il est clair que cet~Hb4 manière de parler, ces témoignages et toute la contextu^K::^^ de celte histoire, tout nous invite à penser que les livra du Peutatevque ne sont pas de la main de Moïse, mais < ' celle d*un autre écrivain.
2® Il est encore à remarquer qu'on ne trouve pas se " lement dans cette histoire de Moïse sa mort, son ensev^ -^3 lissement et le deuil des Hébreux durant trente jourg==g^ mais qu'il y est dit expressément: « // ne s'est jamais "^E^j en Israël aucun prophète comparable à Moïse, et que Dieu cac ^ connu comme lui face à face. » Or ce témoignage, Mol^^^ n'a pu se le donner à lui-même, et il n'a pu lui être doni.'^^ ^ par aucun écrivain venu immédiatement après lui, umb- ^ ^ seulement par un écrivain postérieur de plusieurs siècle ^^ Qu'on y regarde, en effet : l'auteur du livre parle d'c^ ^^ temps très-éloigné : m H ne s'est jamais rencontré auci^^^ prophète. » Et de même, quand il est question de 1-^ sépulture de Moïse, le texte porte que « nul ne Va connf^^ jusqu'à ce jour. »
3° On remarquera aussi qu'il y a de certains lieux qui ne sont pas désignés dans le Pentateuque par les nom^ qu'ils portaient au temps de Moïse, mais par des nom^ qu'ils ont reçus longtemps après. Ainsi, dans la Genèse (chap. XIV, vers. 1), il est dit : « Abraham poursuivit hs ennemis jusqu'à Dan. » Or ce nom ne fut donné à la ville dont il s'agit que longtemps après la mort de Josué (voye« Jugesy chap. xviii, vers. 29).
4° Les récits historiques du Pentateuque s'étendent quelquefois au delà du temps où vivait Moïse. Car il est dit dans Y Exode que les enfants d'Israël mangèrent la manne durant l'espace de quarante années, jusqu'au moment où ils parvinrent dans des régions habitées, aux confins de Chanaan, c'est-à-dire jusqu'au temps dont il est parlé dans Josué (chap. v, vers. 12). On trouve aussi
THÉOLOSTCO-POLITIQUE. 159
dans la Genèse (chap. xxxvi, vers. 31): « Ce sont les rois ^w ont régné au pays (fÉdom, avant qu'aucun roi ait régné
/es enfants d'Israël. » Or il n'est point douteux que l'iiislorieii ne parle en cet endroit des rois qu'avaient eus les Iduméens avant que David les eût subjugués * et qu'il èixt établi dés gouverneurs dans Tldumée. Il est plus clair que le jour, d'après tous ces passages, que ce n'est point Moïse qui a écrit le Pentateuquey mais bien un autre écrivain postérieur à Moïse de plusieurs siècles.
Mais pour confirmer toutes ces preuves, examinons*
quels sont les livres que Moïse lui-même a écrits et qui
«ont cités dans le Pentatenque; nous verrons que ces livres
ii« sont point ceux du -Pentateuque. Premièrement, nous
savons certainement par V Exode {chap. xvii, vers. 14)
*ïu.e Moïse écrivit par l'ordre de Dieu la guerre contre
Hamatek ; mais le nom du livre n'est pas indiqué dans ce
^apitre. Or, dans les Nombres (chap. xxi, vers. 12), il
est question d'un livre intitulé : Guerres de Dieu^ et sans
aucun doute, c'est dans ce livre qu'était le récit de la
SUerre contre Hamalek, ainsi que de tous les campements
9ue nous savons que Moïse «(/Vbmôres, chap. xxxiii,
vers. 2) exposa par écrit. Nous trouvons dans VExode
(^tap. XXIV, vers. 47) l'indication d'un autre livre qui
PC^i^e pour titre : Livre de l'Alliance % et que Moïse lut en
Pr'ésence des Israélites, quand, pour la première fois, ils
fij^irt alliance avec Dieu. Mais ce livre, ou plutôt cette
^Pltre, ne pouvait contenir que fort pende chose, savoir,
1^ lois ou commandements de Dieu qui sont exposés
*®pui8 le vers. 22 du chap. xx de VExode jusqu'au
cliap. xxiv; et personne ne contestera ceci, pourvu qu'il
^^, d'un esprit libre et impartial, le chapitre cité plus
"^Ut. On y voit, en eflfet, qu'aussitôt que Moïse reconnut
^^e le peuple était convenablement disposé pour faire
• ^oyezles Notes marginales de Spinosay n©te 12. *• Ou observera que scpherj eu hébreu, siguifie le plus souyeat épttre ou feuillet.
{Note de Spinoza.)
160 TRAIli
alliance avec Dieu, il s'empressa d'écrire les lois que Di ^u lui avait inspirées ; et dès le commencement du joui.i*, après avoir accompli quelques cérémonies, îl lut les coxiditions du pacte sacré devant tout le peuple réuni, cpoi dut sans doute les comprendre, puisqu'il donna son pl^in consentement. Il est donc bien établi par ces deux raisoi:2S, savoir, le peu de temps employé par Moïse pour écrire ses lois, et l'intention qu'il avait en les écrivant de les faire servir à une alliance entre son peuple et Dieu» il est, dis-je, bien établi que le livre dont nous parlons ne contenait rien de plus que ce que nous avons marqué tout à l'heure. Enfin c'est une chose très-certaine qve dans la quarantième année après la sortie d'Egypte, Maïse eij^pliqua de nouveau toutes les lois qu'il avait établies (voyez Deutéron,, chap. i, vers. 5) et fit contracter aii peuple, pour la seconde fois, l'obligation d'y être, fidèle (lèid., chap. XXIX, vers. 14) ; puis il écrivit un livre où étaient consignées avec l'explication de la Loi le renou* vellement de l'alliance {Deutéron,^ chap. xxi, vers. 9), ®* ce livre fut appelé Livre de la Loi de Dieu, Plus tardi Josué y joignit le récit du nouvel engagement qu'il fi* contracter au peuple hébreu et qui fut la troisièii^^ alliance des Juifs avec Dieu [Josué^ chap. xxiv, vers. 2^' 26). Or, comme nous ne possédons aucun livre qui co^' tienne le second pacte de Moïse, ni celui de Josué, * s'ensuit nécessairement que le Livre de la Loi de Diet^ ^ péri ; à moins qu'on ne veuille donner dans les foU^^ conjectures du paraphraste chaldéen Jonatan,et tortur*^^ avec lui les saintes Écritures. Ce commentateur témérai^^ a très-bien vu la difficulté ; mais il a mieux aim;& altér^^ la Bible qu'avouer son ignorance. Ce passage du livre i^^ Josué (voyez chap. xxiv, vers. 26) : « Et Josué écrivit C^^î paroles dans le Livre de la Loi de Dieu, » voici comment ^ les traduit en chaldéen : « Et Josué écrivit ces paroles, ^ les garda avec le Livre de la Loi de Dieu. » Que dire à d^^ interprètes de cette sorte, qui ne voient dans le texte (^^ l'Écriture que ce qu'il leur plaît d'y trouver? N'est-C^^
th£olo6ico-politiqu£. 4^
K>iiit comme s'ils supprimaient la Bible pour en fabriquer ine autre de leur façon? Concluons donc, sans nous arrêter à de semblables conjectures^ que le Livre clela Loi de Dieu^ qu'il est certain que Moïse a écrit, n'est point le Pentatetique y mais un livre tout différent que l'auteur du Pentateuque a inséré plus tard dans son ouvrage. Et cette conséquence, que nous déduisons rigoureusement de ce .qui précède^ va être confirmée d'une manière Skiante par tout ce qui suit. Au passage déjà cité du Oeutéronomey quand il est dît que Mpïse écrivit le Livre % h Loiy l'historien ajoute que Moïse le déposa entre fes mains des prêtres, avec l'ordre de le lire au peuple ^.des époques déterminées; ce qui prouve bien que ce lî^ avait une étendue beaucoup moindre que le Penta- ^^vque^ puisqu'il pouvait être lu tout entier dans le temps *i*ime seule assemblée, et compris de toul le monde. Il ^€ faut point aussi perdre de vue cette circonstance, que Jetons les livres écrits par Moïse, celui de la Loi de Dieu ^«t le seul, avec le Cantique (composé un peu plus tard tH)ar être également appris par tout le peuple), que Moïse ^it ordonné de conserver religieusement. Par la première ^Xliance, en effet, Mo'ise n'avait fait prendre d'engagement aux Hébreux que pour eux-mêmes ; mais par la ^conde, les Hébreux engageaient aussi leurs descen- L«its [Deutéron.y chap. xxix, vers. 14, 15) ; et c'est pourrtioi Moïse ordonna que le livre où était déposé ce pacte Nouveau fût religieusement transmis aux enfants des tébreux, avec le Cantique, qui aussi regarde principa- ^ment l'avenir. Ainsi donc, d'une part, il n'est pas ^^X)uvé que Moïse ait écrit d'autres livres que ceux dont ^*l vient de parler; de l'autre, il est certain qu'il n'a ^^onné de transmettre à la postérité que le petit Livre ^ la Loi de Dieu et le Cantique: or, comme on rencontre -H outre dans le Pentateuque un grand nombre de Passages qui n'ont pu être écrits par Moïse, il suit ^^ toutes ces preuves combinées que personne n'est ^^ droit de dire que Moïse soit l'auteur du Pentateuque,
et même que cette opinion est contraire à la raiso».
fci, on me demandera pent- être si Moïse n'écrivit pas ses lois au moment même où elles lui furent révélées, c'est-à-dire si, durant l'espace de quarante années, de toutes les institutions qull avait données au peuple, il n'écrivit rien de plus que ce petit nombre de commandements qui étaient contenus, comme nous Tavons dit plus haut, dans le livre de la première alliance. Voici ma réponse : alors même que j'accorderais qu'il paraît vraisemblable à la raison que Moïse écrivit ses lois au lieu même et au moment où elles lui furent inspirées, il n'en résulte nullement que nouj puissions affirmer qull les ait effectivement écrites de cette façon ; car il a été établi précédemment qu'il ne faut rien affirmer toucbant l'Écriture que ce qui est donné par l'Écriture elie-tnôme , ou ce qui peut en être légitimement déduit; et quant à la pure raison, elle n'a rien à démêler dans ces matières. Mais ce n'est pas tout , la raison n'est point ici contre nous, puisque rien n'empêche de supposer que le sénat communiquait au peuple, par écrit, les édits de Moïse; et dès lors l'auteur du Pentateuque aura pu les recueillir et les insérer, chacunenleurrang, dans l'histoire delà vie de Moïse. Voilà ce que j'avais à dire sur les cinq premiers livres de la Bible; il est temps de m'occuper des autres.
Les mêmes raisons qui viennent d'être exposées contre l'authenticité du Pentateuque s'appliquent au livre de Jomé. Il est clair, en effet, que ce ne peut être Josué qui dit de soi-même que sa renommée s'est étendue par toute la terre (voyez Josué ^ chap. vu, vers. 1)^ qu'il n'omit rien de ce que Moïse avait ordonné {ibid. , chap. vm , dernier vers. ; chap. xi , vers. 15), qu'étant parvenu à un âge avancé, il assembla tout le peuple hébreu, enfin qu'il rendit le dernier soupir. En second lieu, on trouve dans ce livre le récit de divers événements qui se sont passés après la mort de Josué. Il y est dit , par exemple , que le peuple adora Dieu , après la mort de Josué , tant que vécurent les vieillards qui avaient vu Josué vivant. Au
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p. XVI, vers. 10, nous lisons qu'Ephraïm et Manassé hassèrent point les Chananéens qui habitaient Gazer, mais s les Chananéens ont habité jusqu'à ce jour avec les enfants 'pkraïm, et en ont été tributaires. Or ce fait est certaiaent le même qu'on trouve au cliap. i du livre des iw. Ajoutez que les mois jusqu'à,ce jour marquent évimnent que Thistorien parle d'un temps très-éloigné du B. Je citerai encore un passage tout semblable, où iV question des fils de Jébuda (chap. xv, dernier verset) , ai que l'histoire de Kaleb {ibid., vers. 14 et suiv.). II :aîl également que le fait de ces deux tribus , qui s'uniit à la moitié d'une autre tribu pour élever un autel au àdu Jourdain (chap. xxii , vers. 10 et suiv.) , s'est passé ^ la mort de Josué, puisque dans toute la suite duréil n'est pas dit un mot de lui , et qu'on y voit au conire le peuple délibérer seul sur les affaires de la guerre, Wyer, de son propre chef, des ambassadeurs, attendre ^réponse et l'approuver. Enfin il résulte clairement ▼ws. 14 du chap. x que le livre qui porte le nom de ué à été écrit plusieurs siècles après sa mort. Ce verporte en efi'<:;t que ni avant ni après ce four, aucun re jour ne s'est rencontré où Dieu ait. obéi à la voix d'un sme, etc. Concluons de toutes ces preuves que, si Josué rit quelque livre , ce n'est pas le livre que nous avons ï son nom , mais plutôt celui qui est cité dans le cours nème récit, au chap. x, vers. 13.
Qtnt au livre des Juges^ je ne crois pas qu'aucun nne de bon sens se puisse persuader qu'il. ait été l par les juges eux-mêmes, Tépilogue qui termine fedt (chap. 3Lxi) montrant assez que Touvrage entier té composé par un seul historien. On remarquera )utre que Tauteur des Juges avertit en plusieurs enits qu'aux temps dont II fait l'histoire, il n'y avait pas wn en Israël ; ce qui prouve que ce livre a été écrit à •oque où les Hébreux eurent des rois à la tête du gouoement e ne m'arrêterai pas non plus bien longtemps sur les
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livres qui portent le nom de Sbamuel , puisque le récit qui y est contenu se prolonge fort au delà de la vie de ce prophète. Je prie seulement qu'on fasse attention que ces livres sont postérieurs à Shamuel de plusieurs siècles. Nous trouvons en effet au livre I (chap. ix, vers. 6) une sorte de parenthèse, où Thistorien nous avertit quWrefois, en Israël y ceux qui se disposaient à aller consulter Dieu disaient : Allons , rendons-nous auprès du Voyant; car on appelait alors Voyant celui qu'aujourd'hui on nomme Prophète,
Il ne nous reste plus qu'à dire un mot des livres des Bois; car il résulte de ces livres eux-mêmes qulls ont été formés de différentes pièces, savoir les livres des faits de Salomon (voyez Rois, I, chap. xi, vers 5), les chroniques des rois dénuda [voyez ibid,, chap. xiv, vers. 19-29), et les chroniques des rois d'Israël.
Concluons donc que tous les livres dont nous venons de parler successivement sont apocryphes , et que les événements dont on y trouve le récit sont racontés comme s'étant passés à une époque très -ancienne. Si Ton considère maintenant la suite et Tobjet de tous ces livres, on n'aura pas de peine à reconnaître qu'ils sont l'ouvrage d'un seul historien, qui s'est proposé d'écrire les antiquités juives depuis les temps les plus reculés jusqu'à la première dévastation de Jérusalem. Ces livreSf en effet, sont si étroitement liés qu'il est visible, par cet unique point, qu'ils forment un seul et même récit, composé par un seul et même historien. Aussitôt que l'histoire de la vie de Moïse est terminée, on passe immédiatement à celle de la vie de Josué en ces termes : « Et il arriva, quand Moïse, le serviteur de Dieu, fut mort,qM Dieu dit à Josué, » etc. Parvenu à la mort de Josué, Tbistorien se sert de la même transition pour commencer l'histoire des juges. « Et il arriva, quand Josué fut mort, que les enfants d^ Israël demandèrent à Dieu, » etc. Le livre de Ruth est rattaché connue une sorte d'appendice à celui des Juges : Et il arriva^ au temps que les juges j^'
THÉOLOGICO-POUTIQUE. 165
mient, qu'il y eut famine en ce pays. C'est de la même açon que le premier livre de Shamuel est joint à celui de ?urt, et la même transition revient encore pour aller de îe premier livre au second, où l'histoire de David n'est ^terminée; cette histoire se continue au premier livre les Rois, qui en amène le second livre , comme il avait ètè amené lui-même par les livres précédents. Enfin l'ordre même et l'enchaînement des récits historiques marqaent aussi l'unité de plan et d'historien. On commence en effet par nous exposer la première origine de la natioa hébraïque; puis on arrive, en suivant l'ordre des temps, aux lois de Moïse, aux circonstances où il les do&na aux Juifs , aux prédictions qu'il y ajouta ; on raconte ensuite comment le peuple hébreu, ainsi que Moïse l'avait prédit, entra dans la terre promise {Deutéron,, chap.vn), et abandonna les lois de Dieu (ibid., ch. xxxi, vers. 16) aussitôt qu'il y fut entré, d'où résultèrent pour laiune foule de maux {ibid., vers. 17); comment il voulut parla suite se donner des rois [Deutéron., chap xvn, verset 14), dont le gouvernement fut malheureux ou prospère, suivant qu'ils s'écartèrent de la loi ou y furent fidèles (t6{(/., chap. xxviii, vers. 36 et dernier verset), jusqu'à ce qu'enfin l'empire hébreu fut détruit , comme l'avait également prédit Moïse. Pour tous les autres faits qui tfont point de rapport à l'observation de la loi, on les passe sous silence, ou bien on renvoie le lecteur à d'autres historiens.. 11 est donc évident que tous ces livres conspirent à une seule fin , qui est de faire connaître ks paroles et les commandements de Moïse , et d'en prouver l'excellence par le récit des événements. Nous ^vons donc , par trois ordres de preuves , savoir : l'u- ^ d'objet de tous ces livres, leur étroite liaison, et leur <îiiractère apocryphe, nous arrivons, dis-je, à cette conclnsion qu'ils sont l'ouvrage d'un seul historien.
Quel est cet historien? je ne puis plus répondre ici d'une manière certaine ; toutefois, je suis très-porté à croire que c'est Hezras; et voici quelques raisons d'un
166 trait£
certain poids qui autorisent ma conjecture. Premièrement, puisque cet historien, que nous savons être unique, continue son récit jusqu'au temps de la liberté de Joachim, et qu'il ajoute ensuite que lui-même a pris place à la table du roi tout le temps qu'il a vécu (est-ce Joachim , ou le fils de Nébucadnesor? c'est ce que Ion ne peut dire , le sens du passage étant fort équivoqiie(, il s^'ensuit que ces livrer n*ont pas été écrits avant Hezras» Or rÉcriture ne dit point qu'il y ait eu à cette époque ' aucun personnage, hormis Hezras (voyez Hezras,c\ï,ytii vers. 10), qui se soit appliqué à la recherche de la hA divine et qui ait été un scribe diligent dans la loi de Moïse (voyez ibid,, vers. 6). Je ne vois donc qa'Hezra» qui puisse être l'auteur de ces livres. De plus, nous savons, par le témoignage que TÉcriture porte de loi» qu'il s'était appliqué , non-seulement à rechercher la !« de Dieu, mais aussi à la mettre en ordre; aussi trouvonsnous ces paroles dans Nckémias (chap. vni, vers; 9) : /ft ont lu le Livre de la Loi de Dieu expliqué ^ et s'y étant «fr dus lOttentifs , ils ont compris l'Ecriture, Or, comme no« savons que le Deutéronome contient , non -seulement le livre de la loi de Moïse (ou du moins la plus grande pa^ tie de ce livre), mais encore une foule d'insertions ajo» tées pour l'explication plus complète des choses , je sdl porté à croire que le Deutéronome est justement ce livrt de la Loi de Dieu, écrit, disposé et expliqué par Hezras, qui fut lu par les Juifs dont parle Néhé/nias. Que si o» me demande de prouver qu'il se rencontre dans le A» téronome des passages insérés pour l'éclaircissem^ àà texte, je rappellerai que j'en ai cité deux de cette espèce, quand j'ai discuté plus haut les sentiments d'Abea- Hezra, et j'en pourrais ajouter ici un grand nombre d'atftrès : par exemple , nous lisons au chap. ii vers. 12 •' « Quant au pays de Sékir, les Horites l'ont habité autrefMf mais les enfants d'Bésaû les ont chassés et exterminés^ etib se sont établis dans cette contrée, comme a fait le peuple d'Israël dans la terre qvte Dieu lui a donnée pour héritag^»^
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Ce passage est destiné à éclaîrcir les vorsots 3 et 4 du môme chapitre, c*est-à dire à expliquer comment les enhnts d'Hésaû , en occupant la montagne de Séhir, qui leur était échue en partage, ne la trouvèrent pas inhabitée, mais la conquirent sur les Horiics, qui en étaient lurant eux les possesseurs, à Texemple des Israélites, qui iprès la mort de Moïse chassèrent et détruisirent le peu< pkchananéen. De même encore les vers. 6, 7, 8 et 9 du diip. X du DetUéronome sont une parenthèse ajoutée aux piroles de Moïse. Tout le monde reconnaîtra en effet que IfiTers. 8, qui commence par ces mots : En ce temps-là Dieu sépara la Mbu de Lévi^ etc., doit être rapporté au\ ^cwet 5, et. non point à la mort d'Aharon , dont Hezras Qe parle ici qu'à cause que Moïse, dans le récit de l'ado- P«tion du veau , avait dit (voyez chap. ix, ver?. 20) qu'il ■îait prié pour Aharon. L'auteur du Deutcronome explique ensuite le choix que Dieu lit, au temps dont parle ici Hoise, de la tribu de Lévi , et cela pour montrer la MMe de celte élection et faire voir pourquoi les Lévites l'eurent point de part à l'héritage de leurs frères; puis (reprend le fil de son histoire et la suite des paroles de bise. Ajoutez à tout cela les preuves qu'on tire de la véface du hvre , et de tous les passages où il est parlé eMolse à la troisième personne ; pour ne rien dire d'une Xile d'autres passages qu'il est impossible aujourd'hui e reconnaître, mais qui ont certainement été retouchés trie rédacteur du Deutéromme ^ ou même ajoutés par lidftos l'intention de rendre plus claires, pour les homtttde son temps, les paroles de Moïse. Et certes si nous OMédions aujourd'hui le livre même que Moïse a écrit, înù conyainca (ju'en le comparant à l'Écriture , nous couverions de gr-andes différences, non-seulement dans ^ mots , mais même dans l'ordre et dans l'esprit des t^ptes. Quand, en effet, Je con^pare seulement le Dé- *>gue du Deutérmome avec celui de V Exode ( où l'his- )ire du Décalogue a propremetot sa place ), je trouve; tt'iU diffèrent de tout point : ainsi le quatrième pré-
cepte, non-seulement n'est pas donné de la même façon dans les deux livres, mais il est beaucoup plus développé dans le Deutéronome ; et la raison sur laquelle il repose en ce dernier livre est toute différente de celle que donne V Exode. Enfin Tordre dans lequel est expliqué le dixième précepte du Décalogue du Deutéronome n'est pas le même ordre que V Exode a suivi. J'incline donc à penser que toutes ces différences et d'autres semblables sont l'ouvrage d'Hezras, qui les a introduites en voulant expliquer la loi de Dieu aux hommes de son temps; et par conséquent, j'admets que le Deutéronome n'est autre chose que le Livre de la Loi de Dieu commenté et embelli par Hezras. Je crois aussi que le Deutéronome est le premier livre qu'Hezras ait écrit, et ce qui me porte à cette conjecture, c'est que ce livre contient les lois de la patrie, c'est-à-dire ce dont le peuple a le plus besoin. J'ajoute que le Ikuié" ronome ne fait point suite , comme les autres livres de l'Écriture, à un ouvrage précédent; il commence en cffc* en ces termes, dégagés de tout lien avec un discours antérieur: « Voici les paroles que Moïse ^)) etc. Après avoft terminé ce livre et enseigné au peuple l'antique loi» Hezras s'occupa, si je ne me trompe , de composer un^ histoire complète de la nation hébraïque, depuis le couftmencement du monde jusqu'à la destruction de Jérusalem, et il inséra dans cette histoire, au lieu convenable» le livre précédemment écrit du Deutéronome; et s'il attacha aux cinq premières parties de son histoire le nom de , Moïse , c'est probablement parce que la vie de Moïse eïi * fait la partie principale. Par la même raison, il donna aH cinquième livre le nom de Josué , au septième , le notï* de livre des Juges, au huitième, le nom de Ruth, auneU' vième et peut-être aussi au dixième, le nom de Shamuelî enfin au onzième et au douzième, le nom de livres des Rois. On me demandera maintenant si Hezras mit lader-nière main à son œuvre, et l'acheva selon son désir, c'es* ce qu'on verra au chapitre suivant.
TOiOLOGIGO-POLITIQUE. 169