‹ Œuvres de Spinoza (volume 4)Chapitre 54 sur 116 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

O'FAITTOIR QUE LE PENTATEUQUE ET LES LIVRES DE JOSUÉ, 1>SS JUGES ^ DE RUTH, DE SAMUEL ET DES ROIS NE SONT POINT AUTHENTIQUES. — ON EXAMINE ENSUITE s'iLS SONT l'oUVRAGE DE ttUSIEURS OU d'un seul, ET QUEL EST CET UNIQUE ÉCRIVAIN.

Nous avons traité dans le précédent chapitre des prin- ^pes sur lesquels repose la connaissance deTÉcriture, ^Oaété établi qu'une histoire fidèle des livres saints û«t la base de tout le reste. Or cette histoire si nécessaire, les anciens l'ont entièrement négligée, ou du moins es témoignages et les écrits qu'ils ont pu nous transmettre ^ eet égai*d ont péri par l'injure du temps, laissant dans la ioimaissance de rÉcriture une lacune à jamais déplo- 'able. On pourrait toutefois réparer jusqu'à un certain yoiût cette perte, si les hommes qui ont recueilli l'hériage des anciens avaient su garder une juste mesure et ransmettre à leurs successeurs, en toute sécurité, le peu ;u'ils avaient entre les mains, sans l'altérer par des dditions indiscrètes ; mais ils ont si bien fait que l'hisoire de l'Écriture est restée imparfaite , et bien plus iUe contient d'assez graves erreurs pour qu'il soit égaement impossible ou de s'y confier ou de la refaire. i*ai dessein cependant de reprendre la connaissance ûe l'Écriture sainte par les fondements , et mieux encore, de dissiper les préjugés des théologiens sur cette, matière. Certes, j'ai lieu de craindre que cette entreprise ne soit tardive; car les choses en sont venues m point que les hommes ne veulent plus qu'on les redresse ; et ils s'attachent d'une façon si opiniâtre aux tpinions qu'une apparence trompeuse de religion leur a lit embrasser, que la raison ne peut plus faire valoir ses roîts qu'auprès d'un très-petit nombre ; tant les préigés ont étendu leur empire sur la masse des hommes, oilâ de grands obstacles au dessein que je me propose ;

154 traiHE

mais jo persiste à tenter l'épreuve, convaincu faut point désespérer d'un heureux succès.

Pour procéder avec ordre, j'examinerai d'ab préjugés établis touchant les écrivains qui ont o les livres saints; je commencerai par l'auteur do teuque. On a cru généralement que cet auteur esl Les pharisiens défendaient si fermement cette • qu'on n'y pouvait contredire sans être à leurs yeo lique, et c'est pourquoi Aben-Hezra, homme d'i génie et d'une érudition peu commune, qui a dé le premier, à ma connaissance, le préjugé que combattre, n'a pas osé dire ouvertement sa peu bornant à l'indiquer en termes très-obscurs. Poi je vais dire nettement le fond de ma pensée et i clairement ce qui en est. Voici d'abord les d* Aben-Hezra que je trouve dans son comment Deutéronome : « Au delà du Jourdain.,, pourvu entendes le mystère des dotize,,. Moïse a écnt aussi et alors le Chananéen était en ce pays,,,, ce qui set festé sur la montagne de Dieu,.,, et voici son lit y si fer.,. alors tu connaîtras la vérité. » Par ce peu de ] Aben-Hezra donne à. entendre et en même temj voir que co n'est point Moïse qui a écrit le Petite mais un'écrivain très-postérieur, et que le livre é Moïse est tout autre que celui que nous avons. P» blir ce point, il observe premièrement : que la même du Z>ew^eVono?n^, ne peut avoir été écrite pai puisqu'il ne passa, pas le Jourdain. En second lieu livre entier de Moïse fut écrit sur le circuit d'un se (voyez le Deutéronome chap. xxvii, et Josué, chî vers. 37, etc.), qui, d'après la tradition des i n'était formé que de douze pierres, ce qui prou rement que ce livre avait bien moins d'été nd le Pentateuque. C'est ainsi du moins que j'ent mystère des douze, dont parle Aben-Hezra, à moi n'ait voulu faille allusion aux douze malédictions est question au chapitre déjà cité du Deutéron^

th£olo6igo-poutique. 455

t-ôtre nous donner à penser qu'elles ne se trouvaient

dans le livre de la loi, par la raison que Moïse )ime aux lévites de lire au peuple, outre l'exposition a loi, ces douze malédictions, pour les contraindre la force du serment à Tobéissance. Peut-être aussi PC auteur avait-il dans Tesprit le dernier chapitre du airomome où se trouve la mort de Moïse racontée er OEe versets. Mais. D est inutile d'insister plus longuent sur ce passage particulier d'Aben-Hezra et sur les mes des autres commentateurs. Je viens à la troisième nuque de notre savant auteur, qui cite cet endroit du utérmume (chap. xxxi, vers. 6): a Et Mom écrivit la ;i» et en conclut que ces paroles ne peuvent être de IM, mais d'un autre écrivain qui raconte la vie et les itsde Moïse. £n quatrième lieu, il s'appuie du passage la Genèse (chap'. 3Ui, vers. 6), où l'iiistorien, racontant passage d'Abraham à travers le pays de Chanaan, Hite que « le Chananéen était alors en ce pays, » paroles i marquent évidemment un autre état de choses pour :emps où écrit l'historien. D'où il suit que ce récit ne it avoir été fait qu'après la mort de Moïse, à l'époque leaChananéens, chassés de leur pays, ne possédaient 3 ces contrées. Aben-Hezra insiste encore sur ce point : ît le Chananéen , dit-il , était alors en ce pays. Il y a mrencê que Chanaan (neveu de Noé) s'empara du pays

Chananéens, possédé par un autre maître; que si les \ m ne sont pas ainsi y il y a là quelque mystère, et celui l Peniend doit s'abstenir. » Ce qui veut dire que si inaan s'empara de ces contrées, le sens du passage

alors que « le Chananéen avait autrefois occupé le ^9 ce qui marque un autre état de choses, non pour emps présent, mais pour le temps antéiîeur où le pays Chanaan était au pouvoir d'une autre* nation. Mais si maan est le premier qui ait habité cette contrée DMne on peut le conclure de la Genèse, chap. x), il est ip en ce cas que le passage en question se rappoi-te effet aa temps présent, c'est-à-dire à celui où parle

156 TRAITi

Técrivain ; et il s'ensuit alors que ce temps n'est pas celi de^ Moïse , puisqu'au temps de Moïse , les Chananéen possédaient encore leur pays. Voilà le mystère sur leque Aben-Hezra recommande de ne point s'expliquer. L cinquième remarque de notre auteur, c'est que la mcn tagne de Moïse est appelée dans la Genèse (cliap. un vers. 14) montagne de Dieu", nom qu'elle n'a port qu'après avoir été choisie pour la construction du temjde or il est clair que ce choix n'était pas encore fait é temps de Moïse, puisqu'au lieu de marquer un lieu poa cet usage au nom du Seigneur, il prédit qu'un jour l Seigneur le désignera lui-même et lui fera porter soi nom. Aben-Hezra fait remarquer encore les paroles qiii dans le chapitre m du Deutéronome, accompagnent Vïm toire d'Og, roi de Basan : « De la défaite des- géants^, i ne resta que le seul Og, roi de Basan, Or son lit était un /i de fer, le même sans doute qui est dans Rabat, ville de enfants d'Amman^ et qui a neuf coudées de long, » etc. Gett parenthèse indique évidemment que l'auteur du livre vécu longtemps après Moïse ; car on ne s'exprime de 1 sorte que lorsqu'on raconte des événements d'une dat très-ancienne, et qu'on cite en témoignage de la vérit de son récit les monuments du passé. £t sans anciu doute, le lit dont il est ici question ne fui trouvé qa'aa temps de David, qui s'empara le premier de Rabat, axas qu'on le raconte au livre de Shamuel (éhap. xii, vers. 30) Mais ce n'est pas en cet endroit seulement que l'auteu du Deutéronome ajoute aux paroles de Moïse. Voici, m peu plus bas, un passage du même genre : « Jaïr, fil de Manasséy a occupé toute la contrée d'Argob, jusqu'à h frontière des Géhurites et des Mahachatites; et il a donné sm nom à tout le pays et aux bourgs de Basan, qu'on appellt encore aujourd'hui bourgs de Jaîr, » Ces paroles sont cer

Page 1