‹ Œuvres de Spinoza (volume 4)Chapitre 62 sur 116 · Voyez les Noiea marginale» de Spinogaf note S · texte numérisé non relu

Voyez les Noiea marginale» de Spinogaf note S

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second livre HHezras. Maintenant qu'il est établi que les quatre livres de Daniel, ù!HezraSy à'Esther et de Néhémias sont du même auteur, on me demandera quel est cet auteur. J'avoue franchement que je n'en sais rien, et je n'ai même à proposer sur ce point aucune conjecture. Mais, dira-t-on, de quelle source l'auteur, quel qu'il soit, de ces quatre livres a-t-il pu tirer les récits historiques qui les remplissent, et dont il a peut-^tre écrit lui-même la plus grande partie? Je ferai remarquer ici que les chefs ou princes des Juifs, à l'époque du second temple, avaient, coiome les rois au temps du premier, des scribes ou historiographes , qui étaient chargés d'écrire les annales de l'empire et de consigner la chronologie des événements. Ainsi dans les livres des Ao»nous trouvons souvent citées les annales ou la chronologie de leur règne. De même les annales des princes et des pontifes sont citées dans Néhémias (chap. xii, vers. 23) et dans les Machabées (liv. !•', chap. xvi, vers. 14). Il n'y a donc aucqh doute que ce livre des annales ne soit celui dont nous parlions tout à l'heure (voyez Esther, chap. ix, ▼ers. 31), où devaient se trouvefr l'édît d'Esther et l'histoire de Mardochée, et qui a péri, comme nous en sotxunes tombés d'accord avec Aben Hezra. Et il résulte de 1& que tous les récits historiques contenus dans les quatre livres de Daniel^ d'Bezras^ d'Esther et de Néhémias ont I été tirés de ce livre des annales, puisque c'est le seul qui ; ^it cité dans les quatre autres , et le seul aussi qui eût, i notre connaissance, le caractère et l'autorité d'un document public. Si maintenant on veut avoir la preuve î^e ces quatre livres n'ont pas été écrits par Hezras ni P^Ur Néhémias, il suffit de considérer que dans Néhémias (chap, xn, vers. 9 et 10) la généalogie du grand pontife Jésnhga est continuée jusqu'à Jaduah , le sixième pon- ^jfe, celui qui alla au-devant d'Alexandre, à l'époque où * empire des Perses était déjà presque entièrement abattu (voyez Josèphe, Antiquités^ liv. XI, chap. viii; voyez ^tiSsi Philon le Juif, qui, au livre des Temps, appelle u. 17

Jaduali le sizième et dernier po&tife qui ait exercé le sacerdoce sous la domination des Perses). De plus, dans ce même chapitre de Néhémias, on lit au verset 22 : Quant aux Lévites qui étaient du temps d'Eljasiby de Joîada, de Jonathan et de Jaduah, les noms des chefs de famille et de$ prêtres ont été écrits au-des&us ' du règne de David, C'eai • dans les chronologies que ces noms avaient été écrite. ^ Or, je ne pense pas que personne soutienne qu'Hezcas ou Néhémias * ai^nt vécu assez longtemps pour voir mourir quatorze rois des Perses. Cyrus est, en eflSat, .le premier de ces rois qui ait permis aux Juifs de rebâtir leur temple, et depuis cette époque jusqu'à Darius^ quatorzième et dernier roi des Perses , on compte plus de 230 années. Je regarde donc comme une chose certaine que ces livres oat été écrits- longtemps après que Judas Machabée eut rétabli le culte du temple ; et ce qui me le fait croire, c'est qu'à cette époque on voit se répandre de faux livres de Daniel^ à'Hezras et d'Fsthery fabriqués -m dans des vues perfides par des hommes qui apparte — naient sans doute à la secte des saducéens ; car les pha — cifiieiis n'ont jamais, que je sache, reconnu l'autorité de ^ ces faux livres. Et bien qu'on rencontre au livre qu'ou-Ji nomme le quatrième d'Bezras de certaines fables qui se^^ trouvant également dans le Talmud , ce n'est point une^^ raison pour les attribuer aux pharisiens, puisqu'il n'y a-^ personne parmi eux, sauf quelques entêtés absolument=9 stupides, qui ne tombent d'accord que ces fables ont été-^ inixoduites après coup dans le texte par une moquerie-^ sacrilège, ou, à ce que je crois, avec l'intention de rendre^ leurs traditions ridicules. Une autre raison qu'on peut don — ner de la pubhcation des Uvres dont il s'agit à l'époque qu€E^ j'ai assignée, c'est qu'on avait alors intérêt à montrer ac-J peuple que les prophéties djs Daniel s'étaient accomplies -^

1 . A moins qu'au-desaue de ne soit pris dans le sens d'avanif il. faut croiN (f^^"le copiste a fait ici une erreur et qu'il a confondu le mot hébreu qui veut dire oaHC^ dessus de avec celui qui signifie jusquee à. {Note de ^inoza,)

%• Vayex kft H^es marginaiM de Spinosa, note 24.

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afin de le confirmer de la sorte dans la piété , de relever sim courage et de lui donner l'espérance d'une prospérité prochaine an milien des calamités dont il était acc^ibié. Da reste, bien (jne ces quatre livres soient si récents et si nouveaux, il s'y trouve néanmoins beaucoup de fautes, qui doivent s'expliquer, si je ne me trompe , par l'extrême précipitation des copistes. On y rencontre, en effet, conmie dans les autres livres de la Bible, outre plusieurs de ces notes marginales dont nous avons parlé dans le chapitre précédent , un certain nombre de passages qui ne pcmvnt s'expliquer que par une transcription précipitée, rinsl que je le ferai voir tout à l'heure, ^fais je Tcnx d'abord faire remarquer, au sujet de ces leçons marginales , que si l'on accorde aux pharisiens qu'elles sont aussi anciennes que le texte , il faudra dire alors que ceux qui put écrit ce texte (en supposant qu'il ait été écrit par plusieurs) ont ajouté ces notes à la marge, parce qu'ils ne trouvaient pas les chronologies qu'ils avaient sf)iB les yennrx d'une exactitude sufiSsante, et que, tout en y reeonnaîssant très-clairement des fautes , leur respect IXWff les anciens les a empêchés de les corriger directe- ^■=oent. Mais, pour ne point revenir ici sur un sujet déjà ^^pnisé, je passe à cette espèce de fautes qui ne sont point îxidiquées à la marge. 1» Il s*en trouve d'abord, je ne sais ^Cnnbien, dans le chapitre n d'Hezras; car au verset 64 1^ semme totale de ceux qui sont comptés séparément ^^His le corps du chapitre est fixée à 4â,360 : or, ^xi réunissant les sommes partielles , on ne trouve ^ïne 28,818, de sorte qu'il faut nécessairement qu'il y ^*l une erreur, soit dans le total général , soit dans les ^^mmesTparlielles. Or, il paraît bien que le total générd ^oit ttre exact, vu que chacun l'avait très-certainement ^Wenu de souvenir, comme une chose mémorable; et P^iBiT conséquent, si l'erreur eût porté sur ce total, elle eût ^té évidente pour chacun et facilement corrigée. Mais pour les sommes partielles , il en est tout autrement. Gette indication est confirmée par le chapitre vii de Néké-

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mioiy qui n'est (comme on le voit an verset 5) qu'une transcription du chapitre d^Bezras dont nous venons de parler, lequel est connu sous le nom d'Épître de la généalogie. Dans Nékémias^ en effet, le total général est le même que celui à!Hezras; mais les sommes partielles sont notablement différentes, tantôt plus grandes, tantôt plus petites que celles d'Hezras, et elles donnent, prises ensemble, le chiffre de 31,089. Il résulte évidemment de cette comparaison que les erreurs nombreuses qui se rencontrent dans Hezras et dans Néhémias portent nniquement sur les sommes partielles. Les commentateurs, en présence de contradictions si manifestes , se mettent en devoir de les concilier chacun de son mieux; mais où les conduit cette idolâtrie des Écritures ? à exposer au mépris les auteurs des livres saints, et à les faire passer pour incapables d'écrire un récit et d'exposer les événe* ments avec un peu d'oràre. Ils se vantent d'éclaircir TÉcriture ; mais ils l'obscurcissent en effet, à ce point que, s'il était permis de l'interpréter suivant leur méthode, il n'est point de passage dont l'explication ne devînt incertaine. Au surplus, je ne veux point insister sur ce points bien convaincu que, si quelque historien voulait suivre dan» l'exposition des faits les procédés qu'ils attribuent dévotement aux auteurs de la Bible, ils le tourneraient en ridicule tout les premiers. Mais je les entends s'écrier quec'est être un blasphémateur que d'imputer une erreur à. l'Écriture. Quel nom faudra-t-il donc leur donner, à eux: qui mettent sur son compte toutes les chimères de leur imagination, et qui, prostituant la Bible à leurs caprices, transforment les auteurs des livres saints en enfants quL balbutient et embrouillent tout ? Ne les entend-on pasa nier dans l'explication de la Bible les sens les plus clairs^ les plus évidents? Y a-t-il, par exemple, rien de plus intelligible dans l'Écriture que ce fait, savoir, qu'Hezras eff^ ses compagnons, dans l'Épitre de la généalogie (qui si» trouve au chapitre ii du livre d'Bezras), ont fait,pâ--a sommes partielles, le compte de tous les Hébreux part^

aveceaz pour Jérusalem ? La preuve en est qu'on y donne le compte, non-seulement de ceux qui ont indiqué leur généalogie, mais aussi de ceux qui n'ont pu le faire. N'est-il pas également clair, par le verset 5 du chapitre vii de Néhémia8,qae l'auteur de ce livre n'a fait que transcrire cette épitre d,'Bezras f Par conséquent, ceux qui donnent à ces passages une explication différente nient le vrai sens de rÉcriture ; que dis-je ? ils nient l'Écriture elle-même. Ridicule piété, qui, sous prétexte d'expliquer un passage de la Bible par d'autres passages, subordonne les endroite dairs à ceux qui sont obs curs , les parties vraies et saines à celles qui sont altérées et corrompues ! Loin de moi, toutefois, la pensée d'accuser de blasphème cem qui expliquent l'Écriture de la sorte ; leurs intentions sont pures, et je sais que l'erreur est le partage inévitable de l'homme. Mais je reviens à mon sujet.

Outre les erreurs qu'il faut bien reconnaître dans les snppntations de l'Épître de la généalogie, celles de Néhémias comme celles d'Hezras, il s'en rencontre encore plusieurs autres dans les noms mêmes des familles, dans les généalogies, dans les histoires, et aussi, je le crains fort, ^ les prophéties. Du moins, je ne vois pas que celle de lérémie, au chapitre xxii, touchant Jéchonias, et surtout les paroles du dernier verset de ce chapitre, aient aucun ^^^port avec l'histoire de Jéchonias, telle qu'on la trouve ^la fin du livre II des Rois^ dans Jérémie, et au livre I i^Paralipomènes (chap. m, vers. 17, 18, 19). Je ne vois P^ non plus comment Jérémie peut dire de Tsidéchias, *îui on avait crevé les yeux après avoir égorgé ses fils ®^ sa présence: Tu mourras en paix (voyez Jérémie^ *&p. xxxiv, vers. 5). Que s'il était permis d'interpréter Jes prophètes d'après l'événement, il faudrait ici, à ce Wi semble, changer les noms, mettre Jéchonias à la Pjacede Tsidéchias, et réciproquement. Mais j'aime mieux "ire que ce point reste obscur , surtout quand je considère que, s'il y a ici quelque erreur, on ne peut l'imputer 9^'è l'historien et non à l'altération du texte.

Je ne pousserai pas plus loin rexamen des livres de la Bible; outre que je craindrais de fatiguer le lectenr, cette critique a déjà été faîte. Ainsi, R. Selomo, frappé des contradictions manifestes qu'on rencontre dans les généalogies dont nous venons de parler, n'a pu se contenir (voyez ses commentaires sur le chapitre viii du livre I des Paralipomènes), Il avoue qa'JBezras donne les noms des enfants de Benjamin^ et expose leur généalogie tout autre* ment que la Genèse, et qu'il indique aussi tout autrement queJosué la plupart des villes des Lévites^ ce qui vierttsans doute de ce qu*il a eu sous les yeux des originaux différents, Selomo remarque un peu plus bas que la généalogie de Gîbéon et de plusieurs autresest donnée de deux manières différentes^ parce quHezras^ ayant eu sous les yeux plusieurs épîtres différentes pçur chaque généalogie, s'est réglé dam ses choix sur le nombre des exemplaires ; et quand ce nombre * était le même pour deux généalogies opposées, il les a données ^ toutes deux. Selomo avoue donc ici sans restriction quB ^ les livres dont il parle ont été écrits d'après des orighîaux:3 d'une correclion et d'une authenticité insuffisantes. Il est»^ digne de remarque que la plupart du temps les commen — tateurs eux-mêmes, en s'efforçant de concilier iïsset passages contradictoires, nous montrent la cause de Fer — reur qu'ils ne veulent pas reconnaître. Du reste, je ne^ crois pas qu'aucun homme d'un jugement sain se puisses persuader que les écrivains sacrés ont écrit de proposa délibéré dans un style obscur etinintelligible, tout exprès^ pour paraître en contradiction avec eux-mêmes en diverse endroits.

On dira peut-être que ma méthode conduit au renver-^ sèment complet de récriture, parce qu'elle donne à dm- -« cun le droit de considérer comme suspect tel passage : qu'il lui plaira. Mais j'ai prouvé, au contraire, que ceft» :^ méthode préserve l'Écriture de- toute atteinte, en emp^^ chant qu'on n'en accommode les passages clairs à ceu^^ qui sont obscurs, et qu'on n'en corrompe les parti^^ saines au moyen des parties altérées. D'ailleurs, je

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demande, de ce qu'un livre a des endroits corrompus, eslce une raison pour regarder tout le reste comme suspect? S'est-il jamais rencontré un livre qui fût entièrement exempt de fautes? Dira-t-on pour cela que tous les livret en sont pleins? Personne assurément ne tombera dans cet excès, surtout quand on aura afifaire à un discours clairement conçu et que la pensée de l'auteur s'y fera aisément reconnaître.

Voilà ce que j'avais à dire touchant l'histoire des livres de l'Ancien Testament. Il est aisé, je crois, d'en conclure qu'avant le temps des Machabées il n'y a point eu de canon des livres saints ' : ce sont les pharisiens de l'époque du second temple, les mêmes qui instituèrent les formulaires de' prières ; ce sont eux, dis-je, qui de leur aatorité privée ont choisi entre beaucoup d'autres et consacré les livres que nous possédons maintenant. Par conséquent, pour démontrer l'autorité de l'Écriture, il ^t nécessaire de prouver celle de chaque livre saint en particulier ; et ce n'est évidemment pas assez d'établir la divinité d'un de ces livres pour en inférer la divinité de tous les autres, puisqu'il faudrait supposer pour cela 9ue l'assemblée des pharisiens n'a pu se tromper dans Son choix, ce qu'il est impossible de démontrer. Que si Ou. me demande par quelle raison j'admets que les seuls. Pharisiens ont formé le canon des livres de l'Écriture , ^^ citerai le dernier chapitre de Daniel (vers. 2), où est Pï'édite la résurrectiondes moi^tB, qui était niée par les ^^ducéens. J'ajoute que les pharisiens dans le Talmud ^'^3qpliquent ouvertement sur ce point. Il est dit en effet, ^U Traité du sabbat (chap. ii, feuille 30, p. 2) : R. Je- ^^da, surnommé Rabi, rapporte que les docteurs ont voulu ^^Aerle livre de /'Ecclésiaste parce qu on y trouve des paroles apposées à celles de la loi (c'est-à-dire au livre de la loi de ^oïse). Pourquoi ne l' ont-ils pas caché? c'est qu'il commence suivant la loi et finit suivant la loi. Ou lit un peu

* • Voyez les Notes marginales de Spinoza, note 25.

plus bas : Ils ont cherché aussi à cacher le livre des Proverbes. Enfin au chapitre i de ce même traité (feuille 13, p. 2), il est dit : Certes, nous devons nommer avec reconnaissance Néghunfay filsd'Biskias ; car, sans lui, nous courions risque (jle perdre le livre cTÉzéchiel , qu^on voulait soustraire aux regards, parce qu'il s'y trouve des paroles contraires à celles de la loi. Il suit clairement de tous ces passages que les docteurs de la loi tinrent conseil pour décider quels étaient parmi les livres saints ceux qu-il fallait admettre et ceux qu'il fallait rejeter. Ainsi donc, que celui qui veut être certain de Tautorité de tous les livres deTÉcriture recommence Texamen de chacun d'eux, et lui demande compte de ses titres.

Ce serait ici le moment d'examiner les livres du Nouveau Testament par la même méthode qui vient d'être appliquée à ceux de l'Ancien, Mais comme j'entends dire que de très-savants hommes et très-profonds dans la connaissance des langues ont entrepris ce travail, je renonce à m'y engager. Je ne suis point d'ailleurs assez versé dans la langue grecque pour oser prendre sur moi une tâche si difficile ; outre que les exemplaires des livres . du Nouveau Testament qui ont été écrits en hébreu sont aujourd'hui perdus pour nous. Je vais donc me borner à toucher quelques points qui se rapportent à mon sujet, ainsi qu'on le verra dans le chapitre suivant.

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