CHAPITRE XV
QUE LA THÉOLOGIE N'feSt POtîTt Là'^ERVÀTTfË'liB LA'KAtSÔN ,'KrXA tlAISO^ CELLE DE LA THéOtCMÔÏÊ. ^ POURQUOI 'NOUS S0!trSfKS WÈH- *UADÉ DE L'AUTORiTÉ DB'LA^SaIKTE ^CRPTUHR.
Ceux qui ne savent pas ^séparer la philosophie de <la Ihôologie discutent pour savoir si l'Écriture doit relever de la raison ou la raison de rÉoriture, c'est-à-dire -si.le sens (Je l'Écriture doit être îapprop^ié'4 >la raison, jOu la ?fiiisonpliéeà TÉcriture : de'ces'dertfx prétentions, celle-làest soutenue parles dognrâtîqtres,delIe^i par les sceptiques, qui nient la certitude de >la ra^on. ftlais il résulte de ce quetious avons déjà dit que les 'iftis tout aussi ^bien que. les autres sont dans utte €frreftfl: absolue. Car, quelgae opinion que nous adoptions, il noustaut corrompre Ptme de ^ces dhoses, ou la liaison ou TÉcriture. N'avons-^notts pas' fait voir , en effeft , que l'ferfitttre nfe s'occupe peint de matières philosophiquies , qu'elle n'enseigne «que !ia piété, et que toutce qu'elle •refinfsrme a élté accommodé A l'intelligence et auîc préjugfé^ dû 'p«opte? 'Celui àonci^i veut la plier aux lois de la philosopMe prêtera certsaixt^' metit aux pro|)hètes des opînioas ^qu'ils n'oilt pas ^euos ttiôme en songe , et interprétera màMetif :penséB-; d^on •autre côté, celui qui suboiviofflife Ua^^ison et la^hilôso- ^phie à la théologie est conduit à admettre l0s 'préjugés d'un ancien peuple comme des choses divines et à en remplir aveuglément son esprit:; ï!t ainsi tous Idstlfîux, celui qui repousse la raison et celui qui l'admet, tombent
également dans Terreur. Le premier qui, cliez les pharisiens , déclara ouvertement que l'Écriture devait être pliée aux exigences de la raison fut Maimonide ( nous avons au chapitre vii rapporté son opinion, et nous l'avons réfutée par plusieurs arguments) ; et, bien que cet auteur ait été chez eux en grand crédit, la plupart néanmoins l'abandonnent sur ce point pour se ranger ^à l'avis d'un certain R. Judas Alpakhar, qui, voulant éviter l'erreur de Maimonide , s'est jeté dans une erreur opposée. 11 soutient que la raison doit relever de l'Écriture, et lui être entièrement soumise ; il pense que, s'il faut en quelques endroits expliquer métaphoriquement l'Écriture, ce n'est pas parce que le sens littéral répugne à la , raison^ mais parce qu'il répugne à l'Écriture, c'est-à-dire à ses principes bien connus ; et de là il tire cette règle universelle , savoir que tout ce que l'Écriture enseigne dogmatiquement et affirme d'une manière expresse doit, sur sa seule autorité , être admis -comme absolument vrai; que l'on ne trouve dans la Bible aucun principe qui répugne directement à la doctrine générale qu'elle enseigne, mais seulement d'une façon indirecte, parce que les locutions de l'Écriture semblent souvent supposer quelque chose de contraire à ce qu'elle a enseigné expressément; et que c'est la seule raison pour laquelle il faille user, en ces rencontres, de l'interprétation métaphorique ^. Par exemple , l'Écriture enseigne clairement qu'il n'y a qu'im Dieu (voyez Deutérm,^ chap VI. vers. 4), et l'on n'y trouve aucun passage où il soit affirmé directement qu'il y ait plusieurs dieux ; quoiqu'on beaucoup d'endroits Dieu en parlant de luimême , et les prophètes en parlant de Dieu, se servent du nombre pluriel ; ici cette façon de parler , faisant supposer qu'il existe plusieurs dieux, est loin d'indiquer le vrai sens du discours ; et c'est pour cela qu'il faut
1 . Je me souTienB d'avoir lu autrefois cette opinion dans une lettre contre Xaimonide qui se trouve avec les autres lettres attribuées à cet auteur.
[Note de Spinoza,)
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expliquer ces endroits métaphoriquement, non parce que la pluralité des dieux est en opposition avec la raison, mais parce que TÉcriture elle-même affirme directement qu'il n'y a qu'un Dieu. De même, parce que l'Écriture [Deutéron.^ chap. iv, vers. 15) affirme directement (à ce qu'il pense) que Dieu est incorporel, sur la seule autorité de ce passage, et non sur l'autorité de la raison, nous sommes obligés de croire que Dieu n'a pas de corps ; et conséquemment , d'après la seule autorité de l'Écriture, nous devons donner un sens métaphorique à tous les passages où Dieu est représenté avec des mains, desj^ds, etc., la forme seule du langage pouvant ici ^faire supposer que Dieu est corporel. Voilà l'opinion de cet auteur, à laquelle j'applaudis, en c^sens qu'il veut expliquer l'Écriture par l'Écriture; mais je ne puis comprendre qu'un homme si raisonnable s'applique à détruire l'Écriture elle-même. Il est vrai que l'Écriture doit être expliquée par l'Écriture tant qu'il s'agit de déterminer le sens des passages et l'intention des prophètes ; mais quand nous avons découvert le vrai sens , il faut nécessairement recourir au jugement et à la raison pour y donner notre assentiment. Que si la raison , malgré ses réclamations contre l'Écriture, doit cependant 8'y soumettre sans réserve , je demande si cette soumisdon se fera d'une manière raisonnable ou sans raison et aveuglément. Dans ce dernier cas, nous agissons en stupides, privés de jugement; dans le premier, c'est par l'ordre seul de la raison que nous acceptons l'Écriture, et nous ne l'accepterions par conséquent pas , si elle <^t contraire à la raison. Je demanderai encore qui peut accepter quelque principe par la pensée , si la raison s'y oppose. Car ce que refuse la pensée est-il autre chose que ce que la raison repousse? Et certes, je ^« puis assez m 'étonner que l'on veuille soumettre la raison, ce don sublime , cette lumière divine , à une lettre morte qui a pu être corrompue par la malice des Sommes, et qu'on ne regarde nullement comme un crime n. 21
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de parler indîgnemtînt contre la raison, véritable origi naldo la parole de Dieu, de l'accuser de corruption, d'aveuglement et d'impiété , tandis qu'on tiendrait poui un très-grand sacrilège celui qtii aurait de pareils seiifi tnents sur la lettre de l'Écriture qui n'est, après todl , que l'image et le simulacre de la parole de Dieu. On ppnse que c'est Une chose sainte que de n'avoir aucune confiance dans la 'raison et dans son propre jugement , et qu'ily a de iHmpîété à douter de la 'fidélité de ceux qui nous ont transmis les livtes sacrés ; mais ce n'est pas là de la piété , c'^t de la folie. Car enfin qu'est-ce qui les inquiète ? de quoi ont-ils peur ? Est-ce que la refigidn et la foi ne auraient être défendues, si les hommel ne prenaient «oin de 'tout ignorer et d'abdiquer la raison?'Certes, avec de pareils sentiments, ils marfipiént pour l'Écriture plus de défiance que de foi. 'Mais il s'en faut beaucoup que la religion et la piété exigent resclt* vage de la raison , ou que la raison veuille celui delà religion et que l'une et l'autre ne puisseiit régner en paix chacune dans son domaine ; c'est Un point q&e «nous allons bientôt établir ; mais il faut d'abord e!ïaminer la règle pfopiwèe par le rabbin dont nous avôitt parlé plus haut, 11 veut, comme nous l'avons dit, nons faire admettre comme vrai tout ce que l'Écriture affirme, et rejeter comme faux ce qu'elle nie ; il prétend énstute qu'il n'arrive jamais à l'Écriture d'affirmer ou ide nier expressément quelque chose Ôe contraire à ce qu'elle a aflirmé ou nié dans un autre passsfge. La témérité àé ces deux propositions frappera tous les esprits. Je ne rJippellerai pas qu'il n'a point remarqué que l'Écriture est composée de livres divers , qu'elle a été écrite en divert temps pour des hommes divers, et enfin par divers auteurs ; outre cela, que cet auteur 'fbnde toute sa doctrine 'dur sa propre autorité, la raison et l*ÉcritUre ne Slsâri* rien de semblable ; car il aurait dû hous prtmvér î^® tous les passages qui , à son iivis , ne sont en contradiction avec d'autres qu'indirectement, peuveut facile'
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ment s'expliqaer par des métaphores d'après la nature de la langue et en raison de la place môme dé ces passage», ensuite que TÉcriture est arrivée sans altération jusque dans nos mains. Mais examinons la chose aveeordflfr: et-d^abord, sur iepi^emierpoin", je demande si, en cas d^ô^sition de la part de la raison, nous sommes tenus Qimipûlns d'admettre comme vrai ce qu'affirme l'ÉcritoD& OU; de r^'eter comme faux ce qu'elle rejette. On répondce peut-être qu'on ne trouve rien dans l'Écriture. de^eoQtrake è la raison. Pour moi, je soutiens qu'elle afflsnift.expr.esâénieni et qu'elle enseigne (par exemple, àmt-h l^caloffue^ d^ns^V Eijcode, chap. iv, vers. 14 ; dans hJiMérename'y chap. iv, vers. 24, et dans un grand mpbcis d^autres passagies) que Dieu est jaloux ; or cela r^BRjgpO/^à la raison; il fiaudra donc néanmoins l'admettre cngim^ chose indubitable. Il y a plus : c'est que, si l'on, tfiSDTait dans l'Écriture quelques endroits qui fissent suBPOseï: que Dieu n'est pas jaloux , il faudrait néces- BUffement leur donner un sens métaphorique pour qu'ils Hl^ semblassent pas renfermer une erreur. L'Écriture dit eiiGore expressément.que Dieu est descendu sur le mont ^ti'(T0j6z JSxodey chap. xix, vers« 20) : elle lui attribue d!l0|res mouyem^utç Ipcaux , et n'enseigne nulle part ej^treaçômeat. qae Di^u ne se meut pas; donc tout litiMaflQ dpit, admettre, c^ fait comme une chose vérimiIo«. AilleuitSc Salomon dit que Dieu n'est compris en ctQfp9) epdrpit (voyez i7o/3,.livre 1, cb^p. via, vers. 27) ; o^o^pff£i$age n'établit pas sanS; doute expressément, n)Û(>c'en e^t. pou.rtaqt uuQ conséquence, que Dieu ne s^qieuï ps^ ; U faut donc nécessair.ement l'expliquer de iiVU^ère à; ce qu'il ne sembla pas enlever à Dieu le mou-< ^sm^t local. De môme, il faudrait prendre les cieux pow la demeure et le trône de Dieu, parce que l'Écri- ^^:l'affirme expressément. Il y a une foule de passages SQQiblables éciûts selon les opinions du peuple et des Prophètes, et qui , au témoignage de la raison et de la pWlosoplue , mais non pas de l'Écriture, renferment évi-
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demment des erreurs; et cependant, a en croire cet auteur, tout cela devrait être supposé véritable , parce qu'il ne veut pas qu'en ces matières on prenne aucun conseil de la raison. Ensuite, il a tort d'affirmer qu'entre deux passages on peut bien trouver une opposition indirecte, mais non pas expresse. Car Moïse assure directement que Dieu est un feu (voyez Deutéron.^ chap. nr, vers. 24), et il nie aussi directement que Dieu ait ancune ressemblance avec les choses visibles (voyez /fewfeVon., chap. IV, vers. 12). Que si notre auteur réplique que ce passage ne nie pas directement , mais seulement par voie de conséquence , que Dieu soit un feu, et conséqueraraent qu'il faut l'approprier à ce sens pour qu'il ne semble pas le nier, accordons alors que Dieu est nn feu ; ou plutôt, pour ne pas partager sa folie, laissons cela de côté et produisons un autre exemple. Shamnd nie directement que Dieu se repente de ses décrets (voyez Shamuel^ chap. xv, vers 29) , tandis que Jérémie affirme, au contraire, que Dieu se repentit du bien etda mal qu'il avait décrétés (voyez Jérémie r^ chap. xvin, vers. 10). Quoil ces passages ne sont-ils pas directement opposés l'un à l'autre ? Quel est donc celui des deux qu'on veut expliquer métaphoriquement? Ils sont l'un et l'autre universels et de plus contradictoires; ce que l'un affirme directement, l'autre le nie directement. Donc, en se conformant à sa propre règle, notre rabbin est obligé d'adopter un W^ comme vrai, en même temps qu'il le rejette comme faux. Ensuite, qu'importe qu'un passage ne répugne pa's directement à un autre, mais seulement par conséquence, sil* conséquence en est claire, et si la place et la nature d* passage ne permettent pas d'explications métaphoriques^ On trouve un grand nombre de ces passages danslaBibl®*» et l'on peut consulter à ce sujet notre second chapitre» où nous avons fait voir que les prophètes ont eu desop*' nions diverses et contraires, et surtout nos chapitre^ ^ et x, où nous avons fait ressortir toutes ces contradicti^^* dont fourmillent les livres historiques de l'Écrifure.
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Je n'ai pas besoin de récapituler ici tous ces exemples ; le que j'ai dit suffit pour montrer les absurdités qui résulent de cette règle et de cette opinion, pour en établir la «asseté et convaincre cet auteur de précipitation. Ainsi lonc, nous rejetons son sentiment tout aussi bien que ^ai de Maimonide , et nous tenons pour une vérité inémnlable que la théologie ne doit pas relever de la rai- KRi) ni la raison de la théologie, mais que chacune 9t souveraine dans son domaine. Car, ainsi que nous l'sions dit, la raison a en partage le domaine de la véch6 et de la sagesse , comme la théologie celui de la piété et de l'obéissance : aussi bien la puissance de la raison , omis l'avons déjà démontré , ne s'étend pas jusqu'à pou- ^ déterminer si, en vertu de la seule obéissance et Utts l'intelligence des choses, les hommes peuvent être lenreux. Mais la théologie ne nous donne pas d'autre ttseignement ; elle ne prescrit que l'obéissance ; elle ne 'eut rien , elle ne peut rien contre la raison. Pour les bpnes de la foi, comme nous l'avons prouvé dans le Vécédent chapitre, elle ne les détermine qu'autant qu'il «t nécessaire pour inspirer l'obéissance; quant à précierle sens et la vérité qu'ils renferment, elle laisse ce soin
li raison , qui est réellement la lumière de l'esprit et on de laquelle il n'y a que songes et que chimères. Or S, par tliéologie j'entends précisément la révélation, en art qu'elle indique l'objet que nous avons reconnu à Kcriture (savoir d'enseigner l'obéissance ou les dogmes e la vraie piété et de la foi); or c'est là ce qu'on appelle, proprement parler, la parole de Dieu , laquelle ne coni^ pas en un certain nombre de livres (voyez sur ce point otre chapitre xii). La théologie étant ainsi considérée, tTOUs avez égard à ses préceptes ou à ses leçons pour i^e, vous trouverez qu'elle est d'accord avec la raison; l si vous avez égard à son but et à sa fin, vous estimeftE qu'elle ne lui répugne aucunement : et de là lui vient on caractère d'universalité. Pour ce qui regarde toute Kerituce en général , nous avons déjà montré au cha<
pitre VII que le sens doit, en être déterminé par sa seule histoire, et non parThistoire universelle de la nature, qui. ne sert de fondement qu'à la philosophie. Si , après avoii; découvert laborieusement le vrai sens de la Bible, nçm trouvons çà et là qu'elle répugne à la raison , cette con^ sidération ne doit pas nous arrêter; car tous les passagies, de ce genre qui se trouvent dans la Bible , ou que \e9. hommes peuvent ignorer sans préjudice pour la charité, nous savons positivement qu'ils ne touchent nullement la tbéolo:^ie ou la parole de Dieu-, et conséquemment que chacun peut sans crainte en pepser tout ce qu'il veut Nous concluons donc d'une manière absolue que VÉcrh ture ne doit pas être subordonnée à la raison ,.ni la rai:» son à l'Écriture. Mais prenons-y garde, puisque ce priU' cipe de la théologie, savoir, que l'obéissance, à elle seule, peut sauver les hommes, est indémontrable , et que la raison ne peut en préciser la vérité ou la fausseté, ouest en droit de nous demander pourquoi nous le croyons:» c'est sans raison et comme des aveugles que nous l'eiur brassons, nous agissons donc aussi avec folie et sans jugement ; que si , au contraire , nous voulons établir qtie la raison peut démontrer ce principe , la théologie sera donc une partie de la philosophie , et une partie insôpa* rable. Mais à ces dijQâcultés je réponds que je soutieiM" d'une manière., absolue que la lumière naturelle ne p^^^ découvrir ce dogme fondamental de la théologie , OU:^^ moins qu'il n'y a personne qui l'ait démontré , et coo^équerament que la révélation était d'une indispensat^^ nécessité , mais cependant que nous pouvons nous s^vir du jugement poui^ embrasser au moins avec une c^ titude morale ce qui a été révélé. Je dis avec une certitU^ morale ; car nous n'en, sommes pas à espérer que nO^ puissions en être plus certains que les prophètes eO^' mômes, à qui ont été faites les premières Tévélations, ^ dont pourtant la certitude n'était que miorale , comtP^ nous Tavons déjà prouvé dans le chapitre u de ce Trait^* Ils se trompent donc étrangement ceux qui veulent étabJ^
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autorité de TÉcriture sur des démonstrations-mathôinaïjies; car Tautorité de la Bible dépond de Tautorilé des :x)phètes, et ou ne saurait conséquemnaentla démontrer ir des arguments plus forts que ceux dont se servaient "dinaîrement les prophètes pour la persuader à leur snple ; et nous ne saurions nous-mêmes asseoir notre Ttitude à cet égard sur aucune autre base que celle sur quelle les propjiètes faisaient reposer leur certitude et nr autorité. Nous avons en. effet démontré que la certiide des prophètes consiste en ces trois choses, savoir : »iuievive et distincte imagination; 2** des signes; 3° ennet surtout, une âme incUnée au bien et à l'équité, ^'ajrant point d'autres raisons pour appuyer leur propre voyance, ils ne pouvaient en employer d'autres pour délontrer leur autorité, et au peuple à qui ils parlaient lors de vive voix , et à nous à qui ils parlent maintenant arécrit. Quant à ce premier fait, savoir, que les prohètes imaginaient vivement les choses, eux seuls pouaient le constater, de manière que toute notre certitude or la révélation ne peut et ne doit être fondée que sur ces eux circonstances, les signes et la doctrine. C'est aussi e que Moïse enseigne expressément : car, dans le Deu- ^fmomey chapitre xxviii, il ordonne que le peuple obéisse U prophète qui a fait paraître un véritable signe au nom fi Dieu , mais pour ceux qui ont fait de fausses prédic- Ons, les eussent-ils faites au nom de Dieu , il veut qu'on îB punisse de mort tout aussi bien que le séducteur qui ûra voulu détourner le peuple de la vraie reUgion; on 1 usera ainsi à son égard , eût-il confirmé son autorité BT des signes et des prodiges : voyez à ce sujet le Deuté- ^mmie, chapitre xiii; d'où il résulte que le vrai prophète 5 distingue du faux à la fois par la doctrine et par les liraclês. Celui-là, en effet, est pour Moïse le vrai prohètc , à qui on peut croire sans aucune crainte d'être •ompé. Quant à ceux qui ont fait de fausses prédiclions, ien qu'ils les aient faites au nom de Dieu, ou qui ont rêché les faux dieux , eussent-ils accompli de vrais mi-
racles, Moïse déclain qu'ils sont de faux prophètes et dignes de mort. Donc la seule raison qui nous oblige , nax^s aussi, de croire à TÉcriture, c'est-à-dire aux prophètes eux-mêmes, c'est la confirmation de leur doctrine j^ aï des signes. En eflfet, voyant les prophètes recommanS^er par-dessus tout la charité et la justice et n'avoir pas d'a^atre but , nous en concluons que ce n'a pas été dans i^l ne
pensée de fourberie , mais d'un- esprit sincère , qu'ils < >Dt
enseigné que l'obéissance et la foi rendent les homa]^iBies heureux; et comme ils ont, de plus, confirmé cette dcziDCr trîne par des signes, nous en inférons qu'ils ne l'ont ]^^as prêchée témérairement , et qu'ils ne déliraient pas p -^ridant leurs prophéties ; et ce qui nous confirme enc- ^^re plus en cette opinion , c'est de voir qu'ils n'ont ensei^s^né aucune maxime morale qui ne soit en parfait accord am^^ec la raison ; car ce n'est pas un effet du hasard que la parole de Dieu , dans les prophètes, s'accorde parfaiten:»^ ent avec cette même parole qui se fait entendre en nous* — Et ces vérités, je le soutiens, nous pouvons les déduire a»- "«^ec autant de certitude de la Bible que les Juifs les recu»-eillaient autrefois de la bouche même des prophètes; car nous avons déjà démontré à la fin du chapitre xii que, ^ ^^^ le rapport de la doctrine et des principaux récits hi ^toriques, l'Écriture est arrivée sans altération jusque ^^^^^ nos mains. Ainsi ce fondement de toute la théologi^^ ^* de l'Écriture , bien qu'il ne puisse être établi par rai* ^^^ mathématiques, peut être néanmoins accepté par un ®^" prit bien fait. Car ce. qui a été confirmé parle témoign -^8^ de tant de prophètes, ce qui est une source de cons^^^*' tions pour les simples d'esprit, ce qui procure de gra:^^"^ avantages à l'Etat, ce que nous pouvons croire absc^-^"' ment sans risque ni péril , il y aurait folie à le rejeter ^^^ ce seul prétexte que cela ne peut être démontré matï^^' matiquement; comme si, pour régler sagement la vî *♦ nous n'admettions comme vraies que des propositicr^^ qu'aucun doute ne peut atteindre, ou comme si la pf ^*' part de nos actions n'étaient pas très-incertaines ^
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eines de hasard. Je reconnais, il est vrai, qiio ceux qui !iisent que la philosophie et la théologie sont opposées me à l'antre, et que, pour cette raison , l'une des deux it être exclue , qu'il faut renoncer à celle-ci ou A celle- , ont raison de chercher à donner à la théologie des fonments sohdes, et à la démontrer mathématiqu«'mont; r qui voudrait, à moins de désespoir et de folio, dire ieii témérairement à la raison , mépriser les arts et les iences, et nier la certitude rationnelle? Mais cependant ns ne pouvons tQut à fait les excuser, puisque , pour ipoBsser la raison, ils l'appellent elle-même à leur senm, et prétendent, par des raisons certaines, conincrela raison d'incertitude. Il y a plus : c'est que, pen^ Ht qu'ils cherchent, par des démonstrations mathéinatiles, à mettre en un beau jour la vérité et l'autorité de U éologie, tout en ruinant l'autorité de la raison et do la mière naturelle, ils ne font autre chose que mettre la éologie dans la dépendance de la raison et la soumettre einement à son joug , en sorte que toute son autorité t empruntée , et qu'elle n'est éclairée que des rayons le réfléchit sur elle la lumière naturelle de la raison, ne si, au contraire, ils se vantent d'avoir en eux^l'Espritdnt, d'acquiescer à son témoignage intérieur, et de avoir de la raison que pour convaincre les infidèles, il 5 faut pas ajouter foi à leurs paroles; car nous pouvons, ^à présent, prouver facilement que c'est par pure pasun ou par vaine gloire qu'ils tiennent ce langage. Ne wulte-t-il pas en effet très-évidemment du précédent sapitre que l'Esprit-Saint ne donne son témoignage u'aux bonnes œuvres, que Paul appelle par cette raison, ans son Épître aux Galates (chap. v, vers. 22), fruits de Esprit-Saint; et l'Esprit-Saint lui-même n'est autre chose recette paix parfaite qui naît dans l'âme à la suite dos onnes œuvres. Pour ce qui est de la vérité et de la cer- ^tude des choses purement spéculatives, aucun autre sprit n'eu donne témoignage que la raison , qui seule , onune nous l'avons déjà prouvé , s'est réservé le do-
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maine de la vérité. Si donc ils prétendent avoir un autre esprit pour les instruire de la vérité, c'est de leur part une présomption téméraire ; on tenant ce langage , ils ne consultent que leurs préjugés et leurs pasions; ou, dans la crainte d'être vaincns par les philosophes et exposés à la raillerie publique, ils se réfugient dans les chose» saintes. Vain recours! Car où trouver un autel tutélaire» après avoir outragera majesté de la rsûson? MaîSijend^ les tourmenterai pasrdavantage; je pense avoir sadsftttà l'intérêt de ma cause, puisque j'ai f^ait-voir par quriie raison la philosophie etda théologie doivent être sépeiéesr Tuue de Tautre, en quoi elles consistent principalement' toutes, deux, quIeUes ne relèvent point Tune de rante, mais que chacune est maîtresse paisiMe dans saispbôiO) puisqu'enfinj'ai montré, lorsqiie l'occasion s'en e^prt^ sentée, les absurdités, les inconvénients et les iïialUe«»w qni ont résulté de ce que les hommes oat^onfonduétran-^ gement ces deux, puissances, n'ont'pas su les séparer*et les distinguer avec précision, l'une de l'autre. ^îais^ avan* d'aller plus loinj'e veux marquer ici expressément (qnoî'que je l'aie déjà fait) l'utilité et la nécessité de la saiate. Écriture, ou de larévélation-, que j'estime très-grandes. Car, puisque nous ne pouvons, par le seul secours dbla lumière naturelle , ccmipreiidre que la simple obéissance soit la voie du. salut * » puisque la révélation seule nou*» apprend que- cela se fait par une grâce de Di^ toutiepa*^ tieulière que la raison ne peut atteindre, il s'ensuit q»* l'Écriture a apporté une> bien grande consolation aft^ mortels. Tous, les hommes en effet peuvent obéir^ m^' il. y en a l»en peu-, si vous lés comparez à tout le genT*' humain, qui acquièrent la: vertu en ne suivant que la ^' rection de la raison, à ce pointrque, sans. oq témoignas^ de l'Écriture , nous douterions presque du salntde tout ^^ genre humain.
i. Voyez les Notas marginales de Spinoza ^ aote 27.
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