‹ Œuvres de Spinoza (volume 4)Chapitre 71 sur 116 · T£AIT · texte numérisé non relu

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que divin, lui était ignominieux et même suspect, pour en désirer un nouveau, que les chefs (qui aspirent toujours à s'emparer exclusivement du souverain pouvoir), ipour s'attacher le peuple et le détourner des pontifes ^ lui aient fait toutes sortes de concessions, et aient intro- (îuit dans la patrie de nouveaux cultes ? Mais si la république eût été instituée d'après le plan primitif, droits et honneurs, toutes choses eussent été égales pour toutes le§ tribus, et l'État eût joui d'une sécurité complète. Quel homme consentirait à violer les droits sacrés de ceux qui lui sont unis par les liens du sang? qui n'ad- ^^ merait à remplir un devoir de religion en nourrissant des ^& frères ou des parents ? qui ne se plairait à être instrui1»-j par eux dans l'interprétation des lois, à recevoir de leu^-^ bouche les réponses divines ? Et puis, toutes les tribu.- ,^ eussent été unies entre elles par un lien beaucoup plu étroit, si elles eussent toutes exercé également le drod'administrer les choses sacrées. Il y a plus, tout danga eût disparu, si l'élection des Lévites n'avait pas eu poi cause la colère et la vengeance. Mais, comme no^^^os l'avons déjà dit, les Hébreux furent l'objet de la colfe :re de leur Dieu, qui, pour répéter les paroles d'Ézéchi-^J, les souilla de leurs propres présents, en leur renvoystoit les fruits, du sein maternel , afin de consommer 1^ "ur ruine. Toutes ces explications d'ailleurs, l'histoire les confirme. A peine le peuple dans le désert eut-il quel^iie i repos, que plusieurs, élevés au-dessus du peuple par teur «rang et leur naissance , supportèrent difficilement cette * élection des Lévites , et en prirent occasion de supposer que Moïse établissait et instituait toutes choses, non d'après les ordres de Dieu , mais selon son caprice. N/avait-il pas choisi sa tribu de préférence à toutes les autres, et donné éternellement à son frère le droit du pontificat? Aussi vont -ils trouver Moïse en grand tumulte, s'écriant que tous les Hébreux sont également saints et que sa propre autorité sur tout le peuple cstj^ une infraction au droit. Moïse ne peut les apaiser ; mais

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un. miracle s'accomplit en témoignage de sa mission, et les rebelles sont tous exterminés. De là une nouvelle sédition à laquelle prend part le peuple entier, persuadé que la cause de la mort des siens^ c'est moins le jugement de Dieu que l'artifice de Moïse. Celui-ci ne parvint à calmer le peuple qu'après qu'une horrible Peste l'eut abattu, à ce point que la mort lui paraissait préférable à la vie. La sédition cessa plutôt que la concorde ne s'établit. C'est ce qu'atteste l'Écriture dans te ^f^téronome (chap. xxxra, vers. 21), où Dieu, après avoir prédit à Moïse que le peuple, après sa mort, sera infidèle au vrai culte, ajoute : Je connais les passions du peuple, pesais ce qu'il médite en son esprit^ maintenant que je ne ^ai pas encore conduit dans la terre que je lui ai promise f^^ serment. Et peu après. Moïse dit lui-même au peuple: ^^e connais votre cceur rebelle et votre esprit séditieux. Si I^^ndant ma vie vous vous êtes révoltés contre Dieu, combien t^lus le ferez-vous après ma mort I Et c'est en eflfet ce qui ^-rriva, comme cela est assez connu. De là de grands ^liangements, une licence effrénée, le luxe et la paresse, ^tpar suite toutes choses inclinant à leur ruine, jusqu'à ^^^ que le peuple, plusieurs fois réduit en servitude, ^•^ompit brusquement avec le droit divin et réclama un ^oi mortel, voulant substituer au temple une cour véri- ^^le, et fonder la confédération des tribus, non plus sur l^ droit divin et le pontificat, mais sur le pouvoir royal, ^ais ce nouveau gouvernement ouvrit la porte à de Nouvelles séditions , qui amenèrent finalement la ruine ^« rÉtat. Qu'y a-t-il en effet de moins supportable aux ^t)is qu'une autorité précaire, et une puissance rivale au ^€in même de leur puissance ? Les premiers qui furent élevés de la condition privée à la royauté furent satisfaits ^«leur nouvelle dignité ; mais leurs fils, qui montèrent *^le trône par droit de légitime succession, peu à peu ^ïïodifièrent toutes les institutions, afin de s'approprier le pouvoir entier, qui leur échappait en partie, tant ^6 les lois ne dépendaient pas de leur volonté, mais

étainnt remises sous la sauvegarde du p<»ttife, qui h conservait dans le sanctuaire et les interprétait i peuple. Ils étaient donc soumis comme leurs si^els l'empire des lois; ils ne pouvaient les abroger, ni 4 instituer de nouvelles et leur conférer la même ju torité qu'aux anciennes. £t puis , le droit des Lévit défendait aux rois «omme aux Bujets, profanes qp!i étaient, d'administrer les jchoses sacrées ; de plus, Umà tnonvaient avec toute leur puissance à la merci dn 4M priée du premier homme qui «e faisait reconnaître poi prophète, comme il est arrivé en plusieurs rencontre On sait avec quelle liberté Shamuel donnait ees jord» iSaiil, et avec quelle ifaeilité^ pour une seule faute, transporta le pouvoir «dans les mains de David. Les vc voyaient donc nn autve ^pouvoir .eontre*balancer «fli cesse leur autorité, et n'avaient qu'une autcmté préoaii Pom: surmonter ces obstacles , ils imaginèrent d'éle^ d'autre&templesauxdieux; carde cette façon ils n'étaiai pas obligés de consulter les Lévites, et de chercher A hommes qui voulussent bien prophétiser en leur favenra nom de Dieu , afm de les opposer aux vrais prophètes . Mais malgré tous leurs efiforts, ils n'obtinrent jamais l'vobja de leurs vœux. En effet les prophètes, prêts à itoôt attendaient le moment favorable , un nouveau régna "par exemple , toujours précaire , tant que subsiste ^ souvenir du précédent : alors ils suscitaient facilenueD quelque roi revêtu de l'autorité divine, renommé par sel vertus, et qui venait revendiquer le droit divin, ^t s'efliparer légitimement ou du pouvoir tout entier, ou d'on^ partie du pouvoir. Mais les prophètes n'obtenaient encore par ce moyen aucun résultat satisfaisant ; car sSb chassaient de l'état un tyran, les causes de la tyrannii n'en subsistaient pas moins. Ils ne ifaisaient qu'ach^ un nouveau tyran au prix de beaucoup de sang. AittAi n'y avait point de fin aux désordres et aux guerres 'OS viles, les mêmes raisons subsistant toujours de violer l dnût divin ; elles ne disparurent qu'aveci 'État lui-fflêfl^^

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'Nous voyons par les considérations précédentes comment la religion s'introduisit dans la constitution des Hébreux, et de quelle manière leur gouvernement eût PB être éternel, si la juste colère de leur divin îégîslëteurn'y eût apporté aucune modification. Mais parce que les dhoses ne purent se passer ainsi , il dut périr, Scms n'avons parlé ici que du premier empire ; c*cst que ^-second fut à peine une ombre du premier. Les Hébreux étdent alors soumis à la domination persane, et quand 9» curent recouvré la liberté , los pontifes s'emparèrent 3tt pouvoir exécutif et disposèrent d'une puissance absolue. De là chez les prêtres d'ambitieux efforts pour envaliir à la fois le trône et le pontificat ; voilà pourquoi BOUS n'avons pas dû insister sur le second empire, Çmmt au premier, avec les chances de durée que nous croyons qu'il avait ^elon sa primitive constitution, peut-îl ^ imité, doit-îl être imité autant que cela est possible? é'o^ ce qui ressortira des considérations qui vont suivre, ïfeus voulons seulement, pour accomplir toute cette rc- Aerche, faire une remarque que nous avons déjà indi- <piée, savoir, qu'il est démontré par ce éhapitre que le droit divin ou religieux est fondé sur un pacte, à défaut Aiquel il n'existe d'autre droit que le droit naturel, et ?ûe c'est pour ce motif que les Hébreux ri^élaierit tenus par la religion à aucun amour pour les autres nations, ?tii ri^avaient point pris part à ce pacte , en sorte que la Aarîtè n'était chez eux un devoir qu'entre concitoyens.

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