‹ Œuvres de Spinoza (volume 4)Chapitre 70 sur 116 · o\c£ les Notes marginales de Spinoza, noU · texte numérisé non relu

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ipitre) fît la guerre contre ses ennemis particuliers, et, on son bon plaisir, reçut les soumissions de tels ou s peuples, bien que les décrets de Dieu défendissent m épargner aucun, à quelque condition que ce fût, et donnassent de tout exterminer. Cette infraction est filmée, à la vérité, mais on ne voit pas que personne ait kpelé en jugement les tribus coupables. Ce n'était pas

en effet un motif suffisant pour les Hébreux de lever 8 armes contre eux-mêinos ot de s'immiscer les uns ans les affaires des autres. Quant à la tribu de Benja- ÙB, qui avait outragé le reste de la nation et brisé le lien c la paix, au point que personne ne pût trouver cliez Hfinne hospitalité siire, les autres tribus la traitèrent n ennemie, envahirent son territoire, et, victorieuses nfin après trois combats, enveloppèrent tout, coupables t innocents, dans un massacre sur lequel elles répandiint ensuite des larmes tardives.

Ces exemples confirment pleinement ce que nous avons it du droit de chaque tribu. Mais peut-être quelqu'un Bmandera qui choisissait le successeur du chef de tribu, or ce point il est impossible de rien recueillir de certain ans la Bible. Voici toutefois ce que je conjecture, taque. tribu était divisée en familles, et les chefs de imiïle étaient choisis parmi les vieillards de chaque faallé ; le plus ancien parmi ces derniers succédait au lef de la tribu. N'est-ce pas, en effet, parmi les anciens ne Moïse se choisit soixante-dix conseillers qui formaient ^ec lui l'assemblée suprême ? Ceux qui, après la mort ) Josué, eurent l'administration de l'Etat ne sont-ils is appelés du nom de vieillards dans l'Écriture? Les 9>reux n'appellent-ils pas sans cesse les juges les tciens? Et tout le monde ne sait-il pas cela? Mais, pour but que nous nous proposons, il importe peu d'éclaircir point ; il suffît que nous ayons montré qu'après la mort

Moïse, personne ne remplit les fonctions de chef prême absolu. Puisque, en effet, ce n'était ni la volonté lu seul homme, ni celle d'une seule assemblée, ni celle

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dn peaple. qui décidait de tocte^ les affaires, mais les unes étai^'ot administrées par ane seale tribu, antres par toutes les tribns arec nn droit égal, i résnMe-t-i! pas arec la dernière éiidence qne le goa nemenf , après la mort de Moïse, ne fot ni monarcliif ni ariçtocratiqne, ni populaire, mais qn'il fut, con nous l'avons dit, théocratiqne; et cela par les ra» snirantes : 1* le siège de l'État était an temple; et i par là seulement, comme nous l'ayons montré, qwe hommes de toutes les tribus étaient concitoyens ; S* 1 les membres de l'État dcTaient jurer fidélité à Dieu, Juge suprême, auquel seul ils avaient promis en to choses une obéissance absolue ; 3* eoGn le commatK suprême des armées, quand il en était besoin, ne pdit être élu que par Dieu seul ; c'est ce que dit exppi ment Moïse,- du nom de Dieu, dans le Deutéronome^ • pitre XIX, verset 15; c'est ce que confirme Télectioi Gédéon, de Samson et de Shamuêl, de sorte qu'oi saurait douter que les auti*es chefs, fidèles à Dieu, n'a été élus de la tnême manière, bien que cela ne soit constaté par leur histoire.

Reste à voir maintenant jusqu'à qufel point uile 1 constitution était propt-e à maintenir les esprits dan modération, et à retenir les gouvernants et les gouveî égaletnent loin, ceux-ci de la rébellion, ceux-là d» tyraûnie.

Cetil qui administrent l'État ou qui ont le pouvoii niain, quelque action qu'ils fassent, s'efforcent toujc âe la revêtir des couleurs de là justice et de persué àtl peuple qu'ils ont agi dans des vues honorables ; qui est chose facile, quand l'interprétation du droit dtt leur pouvoir. Il n'est pas douteux, en effet, qii'uil privilège ne leur donne la plus grande liberté possi de s'abandonner à tous leurs caprices et à toutes le passions ; au contraire, cette liberté serait fortement c tenue, si le droit d'interpréter 1^ loi était dans les mt d'un autre> et si la vraie interprétation de la loi étai

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manifeste pour tout le monde qu'il n'y eût pas d'hésila* tion possible. D'où il suit clairement que les chefs des Hébreux eurent une grande occasion de moins de commettre des crimes, par cela seul que le droit d'interpréter la loi futconfié auxLévites(voyezleZ>t'«/erowo»we, cliap. xxi, vers. 5), qui ne po scdaîent dans l'État ni terre ni pouvoir administratif, et dont toute la fortune et toute la gloire consistait dans la vraie interprétation de la loi. Ajoute! i Gela que le peuple entier était obligé, chaque septième année, de se rassembler dans un lieu déterminé, où le pontife expliquait et enseignait la loi, et, en outre, que cheean en particulier devait Ure et relire sans cesse avec kl plus grande attention le livre de la loi tout entier (voyea le Deutéronome, chap. xxxi, vers. 9. etc.; et chapi VI, vers. 7). Aussi les chefs des Hébreux, dans leur propre intérêt, devaient-ils veillera ce que toutes choses fassent administrées selon les lois prescrites et connues de tout le monde ; seul moyen pour eux d'être comblés d'hooneurs par le peuple, qui respectait alors en eux les ministres du royaume de Dieu et les représentants de Biea lui-môme. De toute autre manière, ils ne pouvaient happer à la plus terrible de toutes les haines, les haines de religion. £n outre, ce qui ne contribua pas peu à ïûettre un frein aux passions des chefs, c'est que l'armée S€ composait de tous les citoyens (sans exception d'un ^iil, dej^uis la vingtiécae jusqu'à la soixantième année), et que les chefs ne oouvaient enrôler à prix d'argent aucun f<Wat étranger; cela, dis*-je, n'était pas de médiocre ^■portàticei N'est-ce pas, en effet, une chose évidente V^ te n'est qu'avec une armée à leur solde que les chefs Peuvent opprimer le peuple^ et qu'ils ne redoutent rien ^t qme la liberté de soldats concitoyens qui ont payé ^ feur courage; de leurs fatigues, de leur sang prodigué ^^ les champs de bataille la liberté et la gloire de l'Étatî ^^i pourquoi Alexandre, sur le point d'engager un ^'^^HHid combat contre Darius, après avoir entendu l'avis de ^^iiàénion, ne s'emporta pas contre lui^ mais bien contre

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Poljsperchon, qui j^artajçpait cependant le môme C'est que, comme dit Quinte-Curco, livre rv, cliapil il n*osa pas faire de nouveaux reproches à Parm< qu'il avait, peu de temps auparavant, réprimanda trop de violence. Et cette liberté des Macédoniens redoutait tant, comme nous l'avons déjà dit, il ne plier sous le joug qu'après que les captifs entrés l'armée surpassèrent en nombre les Macédoniens, il lâcha la bride à son humeur emportée, si longl contenue par la Uberté des soldats ses concitoyens, dans un État purement humain la liberté de soldai citoyens retient ainsi des chefs qui ont coutume d parer pour eux seuls l'honneur de la victoire, co cette même liberté dut-elle être un frein plus pu pour les chefs des Hébreux, dont les soldats co talent, non pour la gloire du chef, mais pour la de Dieu, et n'engageaient l'action que sur la répon melle de Dieu !

Ajoutez encore que les chefs des Hébreux étaler unis entre eux par le hen de la religion. Que] d'entre eux y était-il infidèle, et violait-il le droil d'un autre chef, par là même il pouvait être con comme ennemi, et les dernières extrémités cont étaient légitimes.

Ajoutez en troisième lieu la crainte de quelque veau prophète. Un homme d'une vie irréprochable vait-il par quelques signes qu'il était véritable prophète, â lui appartenait le droit souverain de mander, tel que l'avait possédé Moïse, à qui Di révélait directement, et non pas comme aux autres par l'intermédiaire du pontife. Or il n'est point do qu'un tel homme ne mît facilement dans son pa peuple opprimé, et, à l'aide de quelques signes, n posât de sa confiance à son gré. Mais si l'État étal administré, le chef pouvait à l'avance disposer les c de telle sorte que le prophète dût d'abord se sont

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était irréprochable, si les signes qu'il donnait de sa mission étaient certains et incontestables, enfin, si ce qu'il venait annoncer au nom de Dieu était en harmonie avec la doctrine reçue, avec les lois générales de la patrie ; et dans le cas où les signes n'étaient pas assez manifestes, et où la doctrine était nouvelle, le chef avait le droit de condamner le proijhète à mort. Mais quand le prophète était dans les intérêts du prince, il suffisait de Tautorité et du témoignage du chef de TÉtat pour le faire accepter au peuple.

Ajoutez, en quatrième lieu, que le chef ne l'emportait sur le reste du peuple ni par la noblesse , ni par le droit au sang , mais que c'était à son âge et à sa vertu qu'il <ievait d'administrer l'État.

Ajoutez enfin que , chef et armée , personne ne préfé- '^ait la guerre à la paix. L'armée, en eflfet, comme nous * avons déjà dit , ne recevait dans ses rangs que des ci- *^yens, et c'étaient les mêmes hommes, dans la guerre ^omme dans la paix , qui avaient les affaires en main. Le ^ême homme était soldat au camp , citoyen sur la place publique; officier au camp, juge dans la cité; comman- ^«Uit général au camp, chef suprême dans la ville. Aussi personne ne désirait-il la guerre pour la guerre, mais ^ïï vue de la paix, et dans le but de défendre la liberté, ^êtne le chef, pour éviter d'aller consulter le souverain Pontife, et de se tenir debout devant lui, par respect Pour sa dignité , repoussait autant que possible toute si- *^a.tion nouvelle. Telles sont les raisons qui contenaient "^'^utorité des chefs dans de justes limites. Maintenant Quelles sont celles qui retenaient le peuple ? elles ressor- ••^ïit avec évidence de la constitution fondamentale de ^'Bltat. 11 suffit de l'examiner, même légèrement , pour ^^ convaincre qu'elle dut nourrir dans l'esprit du peuple P^ïi singuUer amour de la patrie , et lui rendre presque ^Ocàpossible la pensée d'une trahison ou d'une défection, ^^ais que tous les Hébreux au contraire durent être disposés à tout souffrir plutôt que de se soumettre à la do-

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mination étrangère. Eux qui avaient remis leurs âr(nts dans les mains de Dieu , qui croyaient que leur royaume était le royaume de Dieu , qu'ils étaient seuls les fils de Dieu , que toutes les autres nations étaient ses ennemies» et qui à ce titre les accablaient de la haine la plus violente (c'était, selon etixj un acte de piété, voyez le psaume Gxxxix, vers, ai, 22)^ (Comment n'auraient- ils pas eu pardessus tout horreur de jurer fidélité et de promettre obéissance à l'étranger ? Pouvaient-ils concevoir un plus honteux forfait, un crime plus exécrable, que de trahir lli patrie^ royautne du Dieu qu'ils adoraient ?G'était même uiie chose honteuse pour un citoyen de fixer sa demeure ailleurs que daiis sa patrie^ parce qu'il n'était permis de satisfaire au culte de Dieu que sur le sol de la patrie , la patrie seule étant une terre sainte^ et tout autre pays une terre immonde et profane* Voilà pourquoi David , forcé de s'exiler, se répand en plaintes devant Saiil : Si ceux qui excitent ta colère contre mm sont des hommes, ils sont maudits^ puisquils me retranchent de la société et de V héritage de Dieu, et qu'ils me disent : Va et saaifie auos di(^ux étrangers {voyez ShamtJiel^ xxvi, vers. 19). Et c'est pour ce motif qu'aucun dteyen, ee qui mérite d'être bien remarqué, ne pouvait être condamné à l'exil. Le coupable en effet mérite le suppliée^ et non la honte et l'opprobre. L'amour des Hébreux pour la patrie n'était donc pas simplement de l'amour, c'était de la religion. Et cet amour, cette religion, en même' temps que leur haine pour les autres nations, étaient tellement encouragés et nourris par le culte de chaque jour qu'ils leur étaient devenus naturels. En effet, nonseulement leur culte de chaque jour était essentiellement différent de tout autre (ce qui les distinguait et les séparait profondément d'avec les autres peuples), mais ces différences allaieht jusqu'à l'opposition. Or de cette réprobation dont ils accablaient chaque jour les autres nations dut naître une haine éternelle^ fermement enracinée dans tous les esprits, comme peut l'être une haine qui a son origine dans la dévotion et la piété, et qui, étant con-

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sidérée comme an acte pieux, n'a pas d'égale pour la violence et Topiniàtreté. Ajoutez à cela une cause générale qui enflamme de plus en plus la haine, à savoir, la réciprocité; car les autres nations durent avoir eh retour pour les Juifs la haine la plus violente. Qu'on réunisse maintenant toutes ces circonstances, la liberté dans l'État, l'amour de la patrie porté jusqu'à la religion , à l'égard des autres peuples un droit absolu et une haine nonseulement permise mais pieuse, l'habitude de voir des ennemis partout, la singularité des mœurs et des coutumes, combien tout cela ne dut-il pas contribuer à affermir l'àmc des Hébreux et les préparer à tout supporter pour la patrie avec une constance et un courage peu com- QEiunsI c'est ce qu'enseigne clairement la raison et ce Qu'atteste l'expérience. Jamais, en effet, tant que la ville <^pitale fut debout, les Hébreux ne purent supporter la domination étrangère , et c'est pourquoi on appelait Jé- •^«alem la cité rebelle (voyez HezraSy dbap. ly, vers. 12, ^^}. Le second empire (qui fut à peine une ombre da P^mier, après que les pontifes eurent usurpé le pouvoir •ouveredn ) ne put être que difûcilement détruit par les Romains; c'est ce que Tacite, livre n des Histoires^ atteste Par ces paroles : Vespasien avait terminé la guerre judaU T^ en abandonnant le siège de Jérusalem , entreprise pénible ^' arduey à cause du caractère de la nation et de Vopiniâtrêté de •^* superstitions y bien quUl ne restât pas aux assiégés asttz ^ force pour supporter les suites d'un siège. Mais outre ot s ^^*Qonstances dont l'appréciation dépend un peu du oa- ^ïlce de l'opinion , il y avait encore dans cet état quelque ^hose de particulier et de trés-puissant qui dut retoair ■^B citoyens dans le devoir et éloigner de leur esprit toute S^^nsée de défection, tout désir d'abandonner la patrie , i^ veu]^ parler de l'intérêt , qui dirige et anime toutes les ^ctioi^ huitaines. Et cela, dis-je, était particulier à cet ^°^«t. €'est que nulle part et «Uins aucun Etat les citoyens •^^ jouissaient de leurs biens avec des droits égaux à ceax ^^4 Hébreux qui possédaient une part de terres et de

champs égale à celle du chef, et demouraient élerael ment maîtres de la part qui leur était échue. Quelqit pressé par le besoin vendait-il sou fonds ou sa terre^ jubilé arrivé il rentrait complètement en possessionstoutes choses étaient tellement disposées que personi ne pût aliéner le bien-fonds qui était sa propriété. Ensnii la pauvreté ne pouvait être nulle part aussi facile à sq porter que dans un pays où la charité jenvers le prochaii c'est-à-dire de citoyen à citoyen , devait être pratiqué .'omme un acte sou verainement pieux et comme runiqn moyen de se rendre Dieu propice. Il n'y avait donc i bonheur pour les Hébreux qu'au sein de leur patrie ; bo) de là ils ne pouvaient trouver que dommage et oppiPota Quoi de plus merveilleusement propre, non-seulement retenir les citoyens sur le sol de la patrie, mais ausri les préserver des guerres civiles, en bannissant tout siy de querelles et de discordes , que de reconnaître poi souverain, non pas un égal , mais Dieu seul, et de oœ sidérer comme un acte de souveraine piété cette chant cet amour de citoyen à citoyen, qui s'alimentait sai cesse de la haine que les Juifs portaient aux autres n tions, et que celles-ci leur renvoyaient ? Ce qui nïtJ pas non plus d'une médiocre importance , c'est cet discipline qui les pliait de bonne heure à une obéissan« absolue, obligés qu'ils étaient de se soumettre en tout choses aux prescriptions invariables de la loi. Ail il n'était permis à personne de labourer à son gré, dm seulement à de certaines époques et dans de certain années déterminées, avec une seule et même espèce ( bêtes de trait. De même, il n'était permis de semer, ( moissonner, que d'une certaine manière et à une certfdi époque. Leur vie enfin était comme un perpétuel safii flce à l'obéissance. (Sur ce sujet, voyez notre cliap. v : i l'usage des cérémonies,) Ainsi habitués à des pratiques! variablementles mêmes, eette servitude dut leur parait la vraie liberté. Personne ne désirait ce qui était défend mais bien ce qui était ordonné par la loi. Mais ce quii

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contribua pas non plus médiocrement à entretenir ces bonnes dispositions chez les Hébreux, c'est que la loi leur faisait un devoir à certaines époques de l'année de 88 livrer au repos et à la joie , et cela pour obéir no» pas aux vœux de leur cœur, mais à Dieu de tout leur cœur. Trois fois Tan ils étaient les convives de Dieu (voyez le Deutéronome, chap. xvi). Le septième jour de la semaine, ils devaient s'abstenir de tout travail et se livrer au repos. En outre, certaines autres époques étaient désignées pendant lesquelles les plaisirs honnêtes et les festins leur étaient non-seulement permis , mais ordonnés. Et je ne pense pas qu'on puisse rien imaginer de plus efficace pour gouverner les esprits des hommes. Rien ne les eharme davantage -que cette joie qui a son origine dans la dévotion , laquelle est un mélange d'admiration et d'amour '. D'ailleurs ils étaient prémunis contre le dégoût qu'amène la longue habitude des mêmes choses par la rareté et la variété des cérémonies usitées dans ks jours de fête. Ajoutez à cela ce souverain respect pour le temple qui fut tel pour les Hébreux qu'ils se montrèrent toujours religieux observateurs des cérémonies particulières qu'ils devaient accomplir selon la loi avant d'y entrer. C'est au point qu'aujourd'hui même les Hébreux ne sauraient lire sans un profond sentiment d'horwur le récit du crime de Manassé , qui osa élever une Mole au milieu du temple. A l'égard des lois rehgieuseînent conservées au fond du sanctuaire , même profond respect delà part du peuple. Aussi n'avait-on à craindre de sa part ni rumeurs, ni jugements anticipas. Qui oserait porter un jugement sur les choses divines? A tous les ordres prescrits, ou par les réponses de Dieu parlant danà le temple , ou par les lois établies de Dieu lui-même, les Hébreux devaient obéir sur-le-champ et sans examen, le crois avoir montré brièvement, il est vrai, mais Wsez clairement les avantages de la constitution des

*• Vovez r£/Aiquc, part. 3, Défia, des passions, déf. 10,

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Hébreux. Reste à rechercher maintenant pourquoi les Hébreux ont été si souvent infidèles à la loi , si souvent réduits en servitude, et quelles causes enfin ont amené leur ruine complète. Quelqu'un dira peut-être qu*il faut attribuer cette décadence à Tesprit séditieux de la nation? Mais cette explication est puérile ; pourquoi en efifet la nation juive a-t-elle été plus séditieuse que les autres? e&t-ce la nature qui Ta faite ainsi? Mais la nature ne crée pas des nations, elle crée des individus qui ne se distinguent en différentes nations que par la diversité de la langue, des lois et des mœurs. C'est de ces deux choses seules, les lois et les mœurs, que dérivent pour chaque nation un caractère particulier, une manière d'être particulière, tels ou tels préjugés particuliers. Si donc on devait accorder que les Hébreux ont eu plus que tous les autres hommes l'esprit de sédition, c'est à un vice des lois et des mœurs qu'ils reçurent de leurs législateurs qu'il faudrait l'imputer. Et certes, il est incontestable que si Dieu eût voulu que leur empire eût plus de persistance, il eût donné au peuple d'autres droits, d'autres lois, et institué un autre mode d'administration. Qu'avons-nous donc autre chose à dire, si ce n'est qu'ils eurent contre eux la colère de leur Dieu : non-seulement , comme le dit Jérémie ( chap. xxxii , vers. 31 ) depuis la fondation de la ville, mais dès l'institution des lois? C'est ce qu'Ézéchiel (chap. xx, vers. 25 ) témoigne par ces paroles : Je leur ai donné de mauvaises institutions^ et des lois qui ne laissent à la nation aucune chance de durée ; je les ai souillés de leurs propres présents, lorsqu'ils offraient pour leurs péchés ce qui sort le premier du sein de la mère (c'est-à-dire les premiersnés), parce que je voulais consommer leur ruine et leur apprendre que je suisJéhovah, Pour comprendre ces paroles s:t la cause de la ruine de l'État, il faut qu'on sache qu'il avait .d'abord été résolu que Ton confierait le ministère sacré à tous les premiers-nés et non aux seuls Lévites (voyez les Nombres^ chap. m, vers. 17). Mais le peuple

ont entier, à l'exception des Lévites, ayant adoré le reau d'or, les premiers-nés furent répudiés par Dieu et î^clarés souillés ; l.-^s Lévites furnnt choisis è leur place. Or, plus je considère cette modification dans la constitution, plus je songe aux paroles de Tacite, que dans ce temps-là Dieu songea moins à la prospérité du peuple qu'à la vengeance {Hist.^ i, 3), et je ne puis assez m'étonner que la colère céleste ait été assez grande pour que Dieu se soit servi des lois , qui n'ont d'ordinaire d'autre but que la gloire, le salut et la sécurité du peuple tout entier, comme d'un instrument de vengeance et de châtiment général , à tel point qu'elles aient paru moins des lois accommodées au bien-être du peuple que des peines et des supplices infligés à la nation. Tous les dons en effet gue les citoyens étaient obligés de faire aux Lévites et aux prêtres, la nécessité de racheter les premiers-nés, de- payer un certain impôt par tête, le privilège exclusif pour les Lévites d'approcher des choses sacrées, tout cela accusait sans cesse le peuple et lui rappelait son înapureté primitive et la réprobation dont il était l'objet, 1-es Lévites d'ailleurs Taccablaient sans cesse de mille ï'eproches. Car il n'est pas douteux qu'au milieu de cette ïûtdtitude de Lévites il ne se rencontrât un grand nombre de misérables théologiens, véritablement intolérables, ^t de là chez le peuple l'habitude d'observer d'un œil pnîiemi les actions des Lévites , qui après tout étaient des hommes, et, comme il arrive, de les accuser tous du crime d'un seul. Par suite, de perpétuelles rumeurs. Ajoutez l'obligation de nourrir des hommes oisifs , odieux, et qui ne se rattachaient point au peuple par les liens du sang, charge qui paraissait particulièrement pesante quand les vivres étaient chers. Les Lévites ^taut ddnc plongés dans l'oisiveté, les miracles éclatants ^yant cessé, enfin les pontifes n'étant plus des hommes d*tin choix sévère, faut-il s'étonner que l'esprit rehgieux ^*tin peuple irrité à la fois et avare ait commencé à se ''^froidir et à s'éloigner peu à peu d'un culte qui , bien

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