‹ Œuvres de Spinoza (volume 4)Chapitre 90 sur 116 · La parole donnée â autrui, quand quelqu'un s · texte numérisé non relu

La parole donnée â autrui, quand quelqu'un s

teait£ poutique. 361

gage, de bonche seulement, à faire telle ou telle chose

qu'il était dans son droit de ne pas faire^ ou à ne pas

faire telle ou telle chose qu'il était dans son droit de

faire, cette parole ne reste valable qu'autant que celui

qui l'a donnée ne change pas de volonté. Car, s'il aie

pouvoir de reprendre sa promesse, il n'a en réalité rien

cédé de son droit, il n'a donné que des paroles. Si donc

Vindividu, qui est son propre juge par droit de nature, a

jugé, à tort ou à raison (car l'homme est sujet à l'erreur),

qu'il résulte de l'engagement contracté plus de dommage

?ue d'utilité, il estimera qu'il y a lieu de la violer, et

eu vertu du droit naturel (par l'article 9 du présent cha-

jpître) il le violera.

I 13. Si deux individus s'unissent ensemble et associent : leurs forces, ils augmentent ainsi leur puissance et par ^conséquent leur droit; -et plus il y aura d'individus ^yant aussi formé alliance, plus tous ensemble auront de droit.

14. Tant que les hommes sont en proie à la colère, à l'envie et aux passions haineuses , ils sont tiraillés en di* V'ers sens et contraires les uns aux autres, d'autant plus ^Redoutables qu'ils ont plus de puissance, d'habileté et de ^llse que le reste des animaux ; or les hommes dans la plupart de leurs actes étant sujets par leur nature aux passions (comme nous l'avons dit à l'article 3 du chapitre Précédent), il s'ensuit que les hommes sont naturellement ennemis. Car mon plus grand ennemi, c'est celui que j'ai le plus à craindre et dout j'ai le plus à me garder.

45. Nous avons vu (à l'article 9 du présent chapitre) <jae chaque individu dans l'état de nature s'appartient ^ lui-même tant qu'il peut se mettre à l'abri de l'oppres- ^on d'aùtrui; or, comme un seul homme est incapable fie se garder contre tous, il s'ensuit que le droit naturel de l'homme, tant qu'il est déterminé par la*puissance de chaque individu et ne dérive que de lui, est nul ; c'est un droit d'opinion plutôt qu'un droit réel, puisque rien n'assure qu'on en jouira avec sécurité. Et il est certain II. 31

que chacnti a d'autant moins de pidflsaiice^ptreoBséqinnt d'autant moins de droit» quli a wx plus grand sajel de crainte. Ajoutez à cela que les hommes sans un secours mutuel pourraient à peine sustenter leur yie et cultiver leur àme. D*o& nous concluons que le droit natorel, qui est le propre du genre humain, ne peut guère se concevoir que là où les hommes ont des dnnts coamim», possèdent ensemble des terres qu'ils penveot baKt^ et cultiver, sont enfin capables de se défendre, de se forti* fier, de repousser toute violence, et de vivre eonme ils Tentendent d'un consentement commun. Or (parl'artkle 13 du présent chapitre), plus il y a d'hoounes qui fcnnent ainsi un seul corps, plus tous ensemble ont de droit, et si c*6St pour ce motif, savoir, que les hommes dans Tétat de nature peuvent à peu» s'appartenir à eux-mêmes, si c'est pour cela que les scolastiques ont dit que l'homme est un animal sociable, je n*ai*pas à y eontredire.

16. Partout où les hommes ont des droits communs et sont pour ainsi dire conduits par une seule àme, il est certain (par l'article 13 du présent cbajÂtre) que chacun d'eux a d'autant moins de droits que les autres ensemble sont plus puissants que lui, en d'autres termes, il n'a d'autre droit que celui qui lui est accordé piur le droit commun. Du reste, tout ce qui lui est commandé par k Tolonté générale, il est tenu d'y obéir, et (par l'article 4 du présent chapitre) on a le droit de l'y forcer.

17. Ce droit, qui est défini par la puissance de la multitude , on a coutame de l'appeler VÉtat, Et celuilà est en pleine possession de ce droit qui, du consentement commun , prend soin de la chose publique , c'està-dire établit les lois, les interprète et les abolit, fortite les villes, décide de la guerre et de lu paix, etc. Que si tout cela se fait par une assemblée sortie de la masse du peuple , rÉtat s'appelle démocratie; si c'est par quelques hommes choisis, PËtat s'appelle am^ocra^; par an seul enfin, monarchie,

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