DES PROPHÈTES
Il résulte du chapitre qui précède que les prophète» n'eurent pas en partage une âme plus parfaite que celle des autres hommes , mais seulement une puissance d'imap;ination plus forte. C*est aussi ce que nous enseignent les récits de l'Écriture. Il est certain, en effet, que Salomon excellait entre les hommes par sa sagesse ; il ne l'est pas qu'il eût le don de prophétie. Heman, Daida, Kalchol étaient des hommes d'une profonde érudition, et cependant ils n'étaient pas prophètes; au lieu que des liommos grossiers, sans lettres, et même des femmes, comme Hagar, la servante d'Abraham, jouirent du don de prophétie. Tout ceci est parfaitement d'accord avec l'expérience et la raison. Ce sont, en effet, les hommes qui ont l'imagination forte qui sont les moins propres aux fonctions do l'entendement pur, et réciproquement les hommes émincnts par l'inteHigence ont une puissance d'imagination plus tempérée, plus maîtresse d'ellemême, et ils ont soin de la tenir en bride afin qu'elle ne se mêle pas avec les opérations de l'entendement. Ainsi, c'est s'abuser totalement que de chercher la sagesse et la connaissance des choses naturelles et spirituelles dans les livres des prophètes; et puisque l'esprit de mon temps , la philosophie et la chose elle-même m'y invitent, j'ai d(issein de démontrer ici ce principe tout à mon aise, sans m'inquiéter des cris de la superstition, cette ennemie mortelle de tous ceux qui aiment la science véritable et mènent une vie raisonnable. Hélas I je le sais» les choses en sont venues à ce point que des hommes qoi osent dire ouvertement qu'\\s rfoii\.\iQ>\u\. Vvdée de Dieu,
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et qu'ils ne connaissent Dieu que par les choses crééos (dont les causes leur sont inconnues) ne rougissent pas d'accuser les philosophes d'athéisme. Mais quoi qu'il en soit, je poursuis, et, pour procéder avec ordre, je vais démontrer que les prophéties ont varié , non-seulemeut suivant l'imapjination de chaque prophète et le tempérament particuUer de son corps, mais aussi suivant les opinions dont les prophètes étaient imbus; d'où je conclus que le don de prophétie ne rendit jamais les prophètes plus instruits qu'ils n'étaient , ce que je me réservi d'exphquer plus loin avec étendue; mais je veux traiter d'abord de la certitude des prophètes, parce que moiï sujet m'impose d'abord celte question, et de plus, parce qu'une fois résolue, elle me servira à établir la conclusion dont je viens de pailler.
L'imagination pure et simple n'enveloppant point en
elle-même la certitude à la façon des idées claires et
distinctes , il s'ensuit que pour être certain des choses
que nous imaginons, il faut que (|uelque chose s'ajoute à
l'imagination , savoir, le raisonnement. Par conséquent
la prophétie, par elle-même, n'implique pas la certitude,
puisque la prophétie, ainsi que nous l'avons démontré*
dépend de la seule imagination ; d'où il résulte que les
prophètes n'étaient pas certains de la révélation divine
par la révélation elle-même, mais par quelques signes,
comme on peut le voir dans la Genèse (ch. xv, vers. 8),
où Abraham, après avoir entendu la promesse que Dieu
lui faisait, lui demanda un signe. Assurément il croyait
en Dieu et avait foi en sa promesse , mais il voulait être
^suré que Dieu la lui faisait eilectivement. Cela (ist plus
évident encore pour Gédéon : « Fais-moi, dit-il à Dieu ,
^n signe, [afin que je sache] que c'est toi qui me parles. »
(Voyez Juges, ch. vi, vers. 17.) Dieu dit aussi à Moïse :
^ Et que ceci [te soit] un signe que c'est moi qui t'ai en-
^y^. » Ézéchias, qui savait depuis longtemps qu'Uaiv^w
^ait "iprophète, lui demanda néanmoins un &\^tv^ ^^ ^^
Boérwon qu'il lui prédisait Tout cela fait douo \ÀftxtNO\t
que les prophètes ont toujours eu quelque signe qui les rendait certains des choses qu'ils imaginaient prophétiquement, et c'est pour cette raison que Moïse (voyez Deutéron.y ch. xviii, dernier verset) commande aux Juifs de demander aux prophètes un signe, c'est-à-dire la prédiction de quelque événement sur le point de s'accomplir. Par cet endroit la connaissance prophétique est donc inférieure à la connaissance naturelle , qui n'a besoin d'aucun signe , et de sa nature enveloppe la certitude. Du reste, cette certitude des prophètes n'était point mathématique, mais morale, et je le dis en me fondant sur rÉcriture. Moïse, en effet , ordonne que l'on punisse de mort le prophète qui voudra enseigner de nouveaux dieux, bien qu'il confirme sa doctrine par des signes et des miracles {Deutéron,, ch. xiv); car, dit-il, Dieu fait aussi des miracles et des signes pour tenter son peuple; et c'est aussi ce dont Jésus-Christ a soin d'avertir ses disciples {Matthieu, ch. xxiv, vers. 24). Ezéchiel va plus loin; il dit en propres termes (ch. xvi, vers. 8) que Dieu trompe quelquefois les hommes par de fausses révélations : « Et quand un prophète (il s'agit ici d'un faux prophète ) se montre et vous adresse quéfut parole, c'est moi qui envoie ce prophète. » Et ce témoi;?nage est confirmé par celui de Michée touchant les prophètes d'Achab [Rois, liv. I, ch. xxii, vers. 21).
Quoique ces passages semblent établir que la pio- ^ phétie et la révélation sont choses fort douteuses, elles i avaient pourtant beaucoup de certitude , Dieu ne trom- j |ant jamais les justes ni les élus ; mais , suivant cet i tien proverbe cité par Samuel (I, ch. xxiv, vers 13), «*J comme le fait bien voir l'histoire d'Abigaïl, Dieu se srt j des bons comme d'instruments de sa bonté, et des i chants comme de moyens et d'instruments de sa coiMj ce qui se confirme plus clairement par le témoignage' Michée que nous avons cité tout à l'heure; car. Il Dieu eut résolu de tromper kc\i^ ^ vl ne se serfit | cela que de fauxpropVi^leâ,e\.di^\!.o\xNt)X\^^W6kia^
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phète pienXy sans Tempêcher nullement de la prédire. Mais avec tout cela il n'en est pas moins vrai que la certitade des prophètes était purement morale, nul ne pouvant, comme l'enseigne l'Écriture, se déclarer juste deyant Dieu^ ni se vanter d'être l'instrument de sa miséricorde. Et David lui-même fut poussé par la colère de Dieu au dénombrement de son peuple, bien que l'Ëcritare rende hommage en plusieurs endroits à sa piété. Ainsi donc toute la certitude des prophètes était fondée sur ces trois choses : i^ en ce qu'ils imaginaient les choses révélées avec une extrême vivacité, analogue à\ celles que nous déployons dans les songes ; 2° ils avaient un signe pour confirmer l'inspiration divine; 3» leur âme était juste et n'avait d'inclination que pour le bien. Quoique l'Écriture ne fasse pas toujours mention du signe , ]] y a lieu de croire que les prophètes avaient toujours on signe; car l'Écriture d'ordinaire, comme plusieurs l'ont déjà remarqué , ne fait pas toujours mention de tontes les conditions et circonstances des choses, les supposant suffisamment connues. Ajoutons à cela que nous pouvons parfaitement accorder que les prophètes qui n'avaient rien à prédire de nouveau et qui ne fût contenu dans la loi de Moïse n'avaient pas besoin de signes, parce que l'Écriture était là pour confirmer leurs paroles. Par exemple, la prophétie de Jérémie sur la ruine de Jérusalem, étant confirmée par celles des autres prophètes et par les menaces de la Loi, n'avait pas besoin d'an signe. Hananias, au contraire, qui prophétisait, contre le sentiment de tous les autres prophètes, la pro- ' chaîne restauration de la cité, avait absolument besoin d'un signe; autrement il aurait dû douter de sa prophé-
!tie jusqu'à ce qu'elle fût confirmée par l'événement (toyez Jérémie, ch. xxvui, vers. 8).
Puisque la certitude que les signes donnaient aux pro» liMaft n'était pas une certitude mathéma\iq]ae ^c^otcosl^ edb 901 résulte de la nécessité même de \a petoe.\^^Qiti éêkêboêe perçue), mais seulement moraXe, e\ «k^^Xa»
aignea a'avaiçnt d^aulre oUjet que de peisaadcr le pifl pbète I il s^ensiiit que ces Bagnes ont du etro prop« lionnes aux opiiiians et à k capacité de chacun; de idU sorte qu'un sigin^ qui avait rtmdu tel prophète parfaitfl ment certain de sa prophétie aurait laissé dans l'inceiS tude tel autie prophète imtm d'opiuions ditï'^rfmtes;™ de là vient qu'il y avait pour chaque prophète tm Bigfl particuiitîr* Il en était de même de la révélation, qui variM i'pour chaque prophète suivant la dia position de son k^ t^érament, de mu imagination, et suivant les opiuionL^ f^qu'il avait embrassées* Quant au teinpéramenU ai !■ ' phète était d'une humeur gaie, il ne lui éiait véy(\ Tictûires, paix et tout ce qui porte les hommes â la jcde^ les tempéraments de cette sorte n'imaginant le plus muvent que des eh uses semblables. Si le propliète était triais, il prédirait des guerres, des supplices et toutes sortes de malheurs; et de celte façon, auivajit que le prciphète était d'humeur douce, irritable, sévère» iniséricûrdieuse, etc*, il était plus propre à telle ou trtle (îi^pèee de révélation. Les dispositious de l'imaginatitm étai(4i*L! eneoj'o une cause de variété dans les prophètes* ^ I prophète avait rimagination helle , e*est en h-qu*il communiquait avec l'âme de Dieu; sll 1 fuse, G*ét;ut eu confuses pai^oles, et do même ptiwfj genre dlmages qui lui apparaissaient. Le pmpli étaitr>il un homme de^ champs , c'étaient des biSfii desvacUe.^, ele.î homme de guerre, c'étaient dos néranx, des années; homme de cour, des irôoei i des objets analogues* Eniin, la prophétie variait Miif ks opinions des proidiètes. Aux mages, qui croj? fttts rêveries de rasti^olojçie (voyez MutUdm^ ch» nativité du Ghrigt l'ut révélée par l'image d'una qui apparaissait daiis rOrient Aux augures de Nu dùuotov {vo^^z Ézéçhkl^ eh, sjci, versSti), ce fut dami eutnulles des victimes que leur fut révèléo la dévftitaÉ ' ^e Jérusalem^ que ce m\ comvut aussi par les oracdiS ia direction des Uùches (^u'û \&la ^\!v Viw ^>à*^«ft»isia4ii |
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tête. Qaant aux prophètes qui croyaieut que le» hommes ont le libre choix de leurs actions et uur^ puissance propre. Dieu se révélait à nux comme indiiVéront h Tavcnir et ignorant les futures actions des hommos, loutos choses que nous allons démontrer l'une après l'autro par l'Écriture.
Le premier point de notre doctrine est établi par Éiisé {Rois^ liv. IV, ch. m, vers 13) qui, pour prophôtisor à Je horam, demanda une harpe, et no put p«»roovoir la vo lontéde Dieu que lorsque la musique eut (.hanné ses sens mais après avoir entendu les sons de la liarpe, il put prédire à Jéhoram et à ses alliôs des év«^nenients heureux ; oe qu'il avait été incapable de faire auparavant, étant irrité contre Jéhoram. Car on sait que ceux qui sont en colère contre une personne sout plus dispos»'^? A imaginer des choses désagréables pour elle que des choses heureuses. Quelques-uns môme ont bion voulu dire que Dieu ne se révèle pas aux hommes irrités et tristes; mais cette opinion est chimérique ; car Dieu révéla à Moïse irrité contre Pharaon le massacre épouvantable des premiers-nôs (voyez Exode, ch xi, vers. 8), et cela, sans le îîecours d'aucun instrument de musi(jiio. Dieu révéla aussi l'avenir à Kaïa furieux. L'obstiaation des Juifs fut révélée à É/.échiel, tandis qu'impatient de sa misère, son àme était pleine d'irritation (voyez Ézikhiel, chap. m, ▼ers. 14). Jérémie, le cœur plein de tristesse et d'un immense ennui de la vie, prophétisa les malheurs de Jérusalem, et ce fut à cause de cette tristesse que Josias ne voulut pas le consulter; il préféra une femme de ce \ temps que sa constitution môme de femme rendait plus \ propre à lui révéler la miséricorde de Dieu [Parai ipom., *- Bv. n, ch. xxxv). Michée ne prédit jamais rien de bon à ' V Mab, quoique d'autres vrais prophètes l'aient pu \^^{Roi$^ liv. 1, ch. xx); mais, au contraire, il lui prédit mal pour toute sa vie (voyez Rois^ hv. I, ch. xxn, «. 7, et plus clairement encore dans les Paralipom^^ n, ch. xvm, vers 1). Je conclus que les pto^VkJiX^^
étaltnil par leur tempérament plas ou moins propres 4 tdlo on telle espèce de révélation. ^Ê
Le BÏyh des prophéties variait avec le de^é d'éltf^ gtienee de chaque prophète. Les prophéties d*ÉzécIîid et d'Auios, dont le style a quelque rudesse, n'ont pas l'éléganoe de celles d'îsaïe et de Nachum. n serait intéressant pour ceux qui savent riiébreu d'examiner de prés et de comparer entre euï quelques chapitres de divers prophétiYs aux endroits où ils parlent sur le même sujet, ce qui laisserait mieux voir la différence de leur style ; par exemple, le chapitre i*^ d'Isaïe, qui était un homme de cour (du vers. ïî au vers. 20), avec le chapitre vda rustique Amos {du vers. 21 au vers. 24). On pourrait comparer aussi Tordre et les pensées de la prophétie écrite à Edom par Jérémîe(chap. xxix) avec Tordre ette^|
pensées d'Hohadîas. Une autre comparaison à faire celle d'Isale (chnp, XL, vers 19, 20 ; chap.xLiv, vers 8) avec Hosêe(chap, vin, vers 6; chap. xui, vers 2). Et demènie pour tous les autres prophètes. Si Ton veut bien pes< tout céladon s'assurera aisément que Dieu n'a aui style particulier, et que, suivant le degré dlnstruclii et la portée d'esprit du prophète qu'il inspire, il est tour à tour élégant et grossier, précis et prolixe, sévère et confus.
Les représentation s prophétiques elles biéroglyphii naient également, même pour exprimer une m^me chos< car la gloire de Dieu abandonnant le tempk n'app! |*as âlsa'ie de la même façon qu'à ÉzéchieL Les rai prétendent que chacune de ces représentations fut idi
Clique à l'autre; mais qn'Éïéehiel, homme grossier, î^yant été plus frappé, Ta racontée dans toutes ses ci cjnstances. Celte explication est à mes yeux tout ai cîelle; à moins que les rabbins n'aient recmulU une dïtion certaine du fait lui-niême, ce que je ne croîs pA' En effet, Isaïe vit des sérapliius à six ailes, et lïïécbi des béies à quatre ailes. Isaïe vit Dieu avec dos vétemflï H assis sur un tr6nc roya\\ta.^çifeÂ^\Vi^. vit semlilaHe
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me flamme. H n*y a pas de doute que l'un et l'autre Tirent Dieu suivant les habitudes particulières de leur imagination. Les représentations ne variaient pas seulement de nature, mais elles avaient des degrés iivers de clarté. Celles de Zacharie furent tellement obscures, d'après son propre récit, qu'il fut incapable de les comprendre sans une explication ; et Daniel, même avec une explication, ne put comprendre les siennes. Or il ne faut point attribuer cette obscurité à la difficulté inhérente à la révélation elle-même ; car il s'agissait de choses purement humaines et qui ne surpassaient les facultés de l'homme qu'à cause qu'elles étaient dans l'avenir; mais il faut dire que Timagination de Daniel n'avait pas une aussi grande vertu prophétique dans la veille que dans le sommeil ; ce qui devient très-visible dès le commencement de la révélation de Daniel, où il est tellement effrayé qu'il désespère presque de ses forces. Cette faiblesse d'imagination, ce défaut d'énergie rendirent ses apparitions très-obscures, et, m(^mc avec une explication, il fut incapable de les comprendre. Et il faut remarquer ici que les paroles entendues par Daniel furent, comme nous l'avons montré fins hSLut, des paroles tout imaginaires ; ce qui explique fort bien qu'ayant l'esprit troublé, il n'ait imaginé toutes ces paroles que d'une façon très-obscure et n'ait pu tasoite y rien bomprendre. Ceux qui disent qu'il n'en- Irait pas dans les desseins de Dieu de révéler clairement Il chose à Daniel n'ont pas lu sans doute les paroles de r Tange, qui dit expressément (voyez chap. x, vers. 14) I fK f t7 est venu pour faire comprendre à Daniel ce qui ar^ t tftmriV à son peuple dans la suite des jours. » Cette pro- |]hôtie est donc restée obscure parce qu'il ne se rencon- \> personne en ce temps-là qui eût l'imagination assez te pour qu'elle lui fut révélée plus clairement. Nous fonfl enfin le prophète à qui Dieu avait révèle t^'Vi lèverait Élie vouloir persuader à Elisée qa'^\\& ^^^^^ traosporié en un heu où ils pourraient \e Te\TO\««t^