‹ Œuvres de Spinoza (volume 5)Chapitre 41 sur 109 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE LA LOI DIYIlfE.

Le nom de loi, pris d'une manière absolue, signifie ce qui impose une manière d'agir flxe et déterminée à un individu quelconque, ou à tous les individus de la môme espèce, ou seulement à quelques-uns. Cette loi dépond d'une nécessité nalurelli', ou delà volonté des hommes: d'une nécessité naturello, si elle résulte nécessairement de la nature même ou de la définition des choses ; de la volonté des hommes, si les hommes l'établissent pour la sécurité et la commodité de la vie, ou pour d'autres raisons semblables. Dans ce dernier cas, elle constitue proprement le droit. Par exemple, que tout corps qui choque un corps plus petit perde de son propre mouvement ce qu'il en communique à l'autre, voilA une loi universelle des corps qui résulte nécessairement de leur nature. De même encore, c'est une loi fondée sur la nécessité de la nature humaine, que le souvenir d'un certain objet rappelle à l'âme un objet s.emblable ou qu'elle a perçu en même temps que le premier. Mais quand les hommes cèdent ou sont forcés de céder une partie du droit qu'ils tiennent de la nature, et s'astreignent à un genre de vie déterminé, je dis que cela dépend de leur bon plaisir. Ce n'est pas que je n'accorde pleinement que toutes choses, sans exception, sont déterminées parles lois unverselles dek nature à exister et à agû* d'une manière donnée '; lûais il y a deux raisons qui me font dire que certaines lois dépendent du bon plaisir des hommes. 1* L'homme, entant qu'il est une partie de la Nature, constitue une partie de la puissance de la Nature. Par conséquent, tout ce qui résulte nécessairement de la nature humaine^.

'• ^ojeg ÉtMqùi, part» i, Propoi. 29.

TEàlTé

c'est-à-dire de la Nature en tant qu'on la conçoit dét^P minée par la nature îiumaine, tout cela résulte, ïm\ que nécessairementj de la puissance de Ftiouirae : d'ofl il suit qn'onpeut dire, en un sens excellent, que l'élaUissèment des lois de cette espèce dépend du bon plaisir des hommes. Elles dépendent en effet de leur puissance, à^ ee point que la nature humaine, ea tant qu'elle perçoB les choses comme vraies ou fausses, se peut comprendr très-clairement, abstraction faite de ces lois, taiidi^ qu'elle est înintelligible sans ces autres lois nêcessaîrcff que nous avons définies plus baut, â" Ma seconde raison, c'est que nous devons définir et expliquer les cbos^^spar

I leurs causes prochaines. Or, la considéradon du fafom en général et de renchaînement des causes ne peutiiOQs

[servir de rien pour former et lier nos pensées touchant les choses pailiculières, J*fi joute qne nous ignorruîis complètement la coordination véritable et le réel encbalnement des choses; et parconséquent il vaut mieux pouf l'usage de la vie, et il est même indispensable de coasi* dérer les cbosess non comme nécessaires, mais cominç possibles. Je n'en dirai pas davantage sur la loi prh<! ; d'une manière absolue.

Mais comme ce mot de loi semble avoir été appliqué aux choses naturelles par extension, et qu*oii n^ntcnd communément par loi rien autre chose qu'un eommaa-j dément que les hommes peuvent accomplir ou négligeit j parce qu'il se borne à retenir la puissance humaioe ^^ des limites qu*elle peut franchir, et n'impose Heu qui] surpasse les forces de Thomme, il semble nécessaire d« définir la loi dans un sens plus particulier: une règle de 1 conduite que l'homme simpose et impose à autrui pouf j une certaine fin. Toutefois, comme la véritable fia toïj lois n*est aperçue d'ordinaire que par un petit nomhr»*,] laplupart des hommes étant incapables de la comprendïtl

' et de régler leur vie suivant la raison, voici le parti qu'Oût]

pns les législateurs afin d'obliger également tous lr»| ammes d i*obéissanee; \\s U^ix Qut i^ïo^osé une m

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ate différente de celle qui résulte nécessairement de la iture des lois, promettant à ceux qui les observeraient s biens les plus chers au vulgaire, et menaçant ceux li oseraient les violer des châtiments les plus redoutés ;

de telle sorte ils ont entrepris de maîtriser le vuldre comme on fait un cheval à l'aide du frein. De là ent qu'on s'est accoutumé à appeler proprement loi le règle de conduite imposée par certains hommes à ms les autres, et à dire que ceux qui obéissent aux lois ivent sous leur empire et dans une sorte d'esclavage, [ais la vérité est que celui-là seul qui ne rend à chacun ya droit que par crainte de la potence, obéit à une auto- Ité étrangère et sous la contrainte du mal qu'il redoute ; 3 nom de juste n'est pas fait pour lui. Au contraire, elui qui rend à chacun son droit parce qu'il connaît la éritable raison des lois et leur nécessité, celui-là agit l'une àme ferme, non par une volonté étrangère, mais ^sa volonté propre, et il mérite véritablement le nom l'honmie juste. C'est là sans doute ce que Paul a voulu L0Q8 apprendre quand il a dit que ceux qui vivaient sous a loi ne pouvaient être justifiés par la loi ^. La justice en iffet, selon la définition qu'on en donne communément, ifmsiste dans une volonté ferme et durable de rendre à iliacnn ce qui lui est dû. C'est pourquoi Salomon a dit Proverbes, chap. xxi, vers. 12) que l'exécution de la justice 4t la joie du juste et la terreur du méchant.

La loi n'étant donc autre chose qu'une règle de conloite que les hommes s'imposent à eux-mêmes ou im* losent aux autres pour une certaine fin, il parait convclable de distinguer deux sortes de lois, l'humaine et la livine. J'entends par loi humaine une règle de conduite lui sert à la sûreté de la vie et ne regarde que l'État ; 'appelle loi divine celle qui n'a de rapport qu'au souvc« "ain bien, c'est-à-dire à la vraie connaissance et à l'amour le Dieu. Ce qui fait que je donne à cette dernière loi le

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