‹ Œuvres de Spinoza (volume 5)Chapitre 82 sur 109 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

IHTRODUCTION.

1. C'est ropinioacommme des philosophes que ks pas* dons dont la vie humaine est tourmentée sont des espèces le vices où nous tombons par notre faute, et voilà pour- |M>i on en rit, on en pleure, on les censure à Tenvi; |aelques-uns même affectent de les haïr, afin de paraître |ài8 saints que les autres. Aussi bien ils croient avoir bit une chose divine et atteint le comble de la sagesse, fuuad ils ont appris à célébrer en mille façons une préten* doe nature humaine qui n'existe nulle part et à dénigrer eelle qui existe réellement. Carilsvoieritleshommes, non tels qu'ils sont, mais tels qu'ils voudraient qu'ils fussent. D'où il est arrivé qu'au lieu d'une morale, le plus souvent ils ont fait une satire, et n'ont jamais conçu une politique 9û pût être réduite en pratique, mais plutôt une chimère ^ne à être appliquée au pays d'Utopie ou du temps ^ cet âge d'or pour qui l'art des politiques était assuré* *^nt très-superflu. On en est donc venu à croire qu'entre ^tes les sciences susceptibles d^'appUeation la politique ^ celle où la théorie diffère le plus de la pratique, et [Ue nulle sorte d'hommes n'est moins propre au gouverleiÉteiit de l'État que les théoriciens ou lés philosophes.

8. Tout au contraire, les politiques passent pour plus ^eupés à tendre aux hommes desem»bâches qu'à v^\ik^^ ieurs intérêts, et JenrprincipaUitreà'\iOTïa«^,^^'cC^^ 51s la sagesse, mais J'IiabUeté. Us ont aççTO kVècç^^ ^^"^ ks gu'iljram des vices tant qu'il y iLUta âyôaV^ososftft».

Or, tandis qu'ils s'efforcent de prévenir la malice humaine à Taide des moyens artificiels depuis longtemps indiqués par l'expérience et dont se servent d'ordinaire les hommes que la crainte gouverne plutôt que la raison, ils ont l'air de rompre en visière à la religion, surtout aux théologiens, lesquels s'imaginent que les souverains doivent traiter les affaires publiques selon les mêmes règles de piété qui obligent un particulier. Mais cela n'empêche pas que cette sorte d'écrivains n'aient mieux réussi que les philosophes à traiter les matières politiques, et la raison en est simple , c'est qu'ayant pris l'expérience pour guide, ils n'ont rien dit qui fût trop éloigné de la pratique.

3. Et certes, quant à moi, je suis très-convaincu qae l'expérience a déjà indiqué toutes fies formes d'État capables de faire vivre les hommes en bon accord et tous les moyens propres à diriger la multitude ou à la contenir en certaines limites ; aussi je ne regarde pas comme possible de trouver par la force dô la pensée une combinaison politique, j*entends quelque chose d'applicable, qui n'ait déjà été trouvée et expérimentée. Les hommes, en effet, sont ainsi organisés qu'ils ne peuvent vivre en dehors d'un certain droit commun; or la question des droits communs et des affaires publiques a été traitée par des hommes très-rusés, ou très-habiles, comme on voudra, mais à coup sûr très-pénétrants, et par conséquent il est à peine croyable qu'on puisse concevoir quelque combinaison vraiment pratique et utile qai n'ait pas été déjà suggérée par l'occasion ou le hasard, et qui soit restée inconnue à des hommes attentifs -aux affaires publiques et à leur propre sécurité.

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