‹ Œuvres de SpinozaChapitre 110 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE. Î · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE. Î

tiitvânt les commandements de la raison , non par crainte ou par aversion , mais par des sentiments où domine la joie.

Chap. XXVI. Excepté l'homme, nous ne connaissons dans la na^ ture aucun être particulier dont Tâme nous puisse rendre heureux, et avec lequel Tamitié nous puisse unir, ou tout autre lien de môme espèce. Par conséquent la loi de notre intérêt ne nous ordonne point de conserver quelque ôtre que ce soit, excepté l'homme ; elle nous dit au contraire de conserver ou de détruire les autres êtres à notre gré, selon Tusage que nous en voulons faire, et en général, de les approprier de toutes façons à notre service.

Chap. XXVII. L'utilité que nous tirons des choses extérieures consiste surtout, sans parler de l'expérience et des connaissances que nous peut donner l'observation de leur nature et de leurs transformations, dans la conservation de notre corps ; et par con* séquent, les choses les plus utiles sont celles qui peuvent alimenter et nourrir notre corps, de façon à ce que toutes ses parties s'ac-> quittent parfaitement de leurs fonctions. Car plus le corps est propre à être affecté de plusieurs façons et à affecter de plusieurs façons à son tour les corps extérieurs, plus l'âme est propre à la pensée (voyez les Propos, XXXVIII et XXXIX, part, 4). Mais il est peu de choses dans la nature qui aient ce caractère d'utilité , et c'est à cause de cela qu'il est nécessaire pour nourrir le corps de se servir d'un grand nombre d'aliments de diverse nature. Ajoutez à cela que le corps humain est composé de plusieurs parties de nature différente , lesquelles ont continuellement besoin d'aliments divers afin que le corps humain soit également propre à toutes les fonctions qui peuvent résulter de sa nature, et par suite, afin que Tâme soit aussi également propre à concevoir un grand nombre de choses.

Chap. XXVIU. Pour sufRre à ces besoins, les forces humaines seraient trop bornées si les hommes ne s'aidaient mutuellement. Mais l'argent étant devenu le moyen de se procurer toutes choses, c'est l'image de l'argent qui occupe avant tout l'âme du vulgaire, et il ne peut se représenter aucun événement heureux sans y joindre l'idée de l'argent comme cause de toute espèce de bonheur.

Chap. XXIX. Du reste, je n'entends pas attribuer cette habitude vicieuse à c«ux qui recherchent l'argent par indigence ou

pour les besoins de la vie, mais seulement à ces hommes babilei dans l'art du lucre qui ne songent qu'à faire un magnifique éta« lage de leurs richesses, ûr, ces mêmes hommes, s'ils ont quelque soin de leur corps, ce n'est guère que par habitude ; et encore ne le font-ils qu'avec parcimonie , convaincus que tout ce qu'ils emploient à la conservation de leur corps est autant de perdu sur leurs biens. Mais pour ceux qui connaissent le véritable usage de l'argent et règlent sur leurs besoins la mesure de leurs richesaes, ils savent vivre de peu et vivre contents.

Chap. XXX.' Puisqu'il est certain que toutes les choses qui aident les parties de notre corps à s'acquitter de leurs fonctions sont de bonnes choses, et que la joie consiste en ce que la puissance de l'homme, en tant que l'homme se compose d'une âme et d'un corps, est favorisée ou augmentée, il s'ensuit que tout ce qui produit en nous la joie est bon. Cependant l'action des êtres de la nature n'a point pour fin de nous donner de la joie, et leur puissance d'agir ne se règle point sur notre utilité : comme en outre la joie se rapporte le plus souvent d'une manière particulière à une partie déterminée de notre corps, il en résulte que si ]a raison et la pru» dence n'interviennent pas , les sentiments de joie tombent dans l'excès , et il en est de môme du désir que ces sentiments font naître. Ajoutez à cela que le premier bien pour nos passions c'est le bien du moment, et que notre âme ne peut être touchée d'une impression égale par la prévision de Tavenir (voye% le Schol, de la Propos. XLIVy et le Schol. de la Propos LX, part. 3).

Chap. XXXI. La superstition semble au contraire ériger en bien tout ce qui cause la tristesse , et en mal tout ce qui cause la joie. Mais comme nous l'avons déjà dit (Schol. de la Propos. XLV, part. 4) , il n'y a que l'envieux qui puisse se réjouir de mon im<puissance et du mal que je souffre. A mesure, en effet, que nous éprouvons une joie plus grande, nous passons à une plus grande perfection, et par conséquent nous participons davantage de la nature divme ; la joie ne peut donc jamais être mauvais, tant qu elle est réglée par la loi de notre utilité véritable. Ainsi celui qui ne sait obéir qu'à la crainte, et ne fait le bien que pour éviter le mal, n'est pas conduit par la raison.

Chap. XXXIL Mais la puissance humaine est très-ltmitée, ei ta

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