‹ Œuvres de SpinozaChapitre 116 sur 199 · CINQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE. — DE LA LIBERTÉ

plie qu$ de Tinconstance des femmes , de leurs trahisons et de tous les défauts qu'on ne cesse de leur imputer; mais revient-il chez sa maîtresse et en est-il bien reçu , tout cela est oublié. Ainsi donc celui qui veut régler ses passions et ses appétits par le seul amour de la liberté, s'efforcera autant qu'il est en loi de oonnattre les vertus et les causes qui les produisent, et de remplir son âme de la joie que cette connaissance y fait nattre; il évitera au contraire de se donner le spectacle des vices des hommes, de médire de rhumanilé et de se réjouir d'une fausse apparence de liberté. Et quiconque observera avec soin cette règle (ce qui du reste n*est point difficile) et s'exercera à la pratiquer, parviendra en très-peu de temps à diriger la plupart de ses actions suivant les lois de la raison.

Propos. XI. A mesure qu'une image se rapporte à un plus grand twmbre de choses, elle revient plus fréquemment à V esprit r en d^mjH très termes, elle se réveille plus souvent dans F âme et V occupe da^ vantage.

DÉMONSTR. A mesure, en effet, qu'une image ou qu'une passion a rapport à plus d'objets, il y a plus de causes capables de Tex-^ citer ou de l'entretenir; et toutes ces causes, l'âme {en vertu de (^hypothèse) les aperçoit par cela seul qu'elle est affectée de cette passion ; d'où il suit que cette passion devra être plus fréquente ; en d'autres termes , elle se réveillera plus souvent dans l'âme et Toccupera davantage (par la Propos. VHI, part. 5). C. Q. F. D.

Propos. XII. Nous unissons plus facilement les images des choses avec les images qui se rapportent aux objets que nous concevons clairement et distinctement qu'avec toute autre sorte d'images.

DÉMONSTR. Les objets que nous concevons clairement et distinctement, ce sont les propriétés générales des choses, ou ce qui se déduit de ces propriétés (i^oyez 2a Z>e/?n. de laraisondans leSdiol.II de la Propos. XL, part. 2) ; et conséquemment , ces objets se représentent à notre esprit plus souvent que les autres {par la Propos, précéd. ) ; d'où il suit que la perception simultanée de ces objets et du reste des choses devra s'opérer avec une facilité particulière, et par suite que les images des choses se joindront à ces objets plus aisément qu'à tous les autres (par la Propos. XVllI^ part.2). C. Q. F. D.

Pfiopos. XIII. A meêure qu'une image est jointe à un plus grand mymhre d'autres images , elle se réveille plus souvent dans notre âme.

DÉMONSTR. A mesure en effet qu'une image est jointe à un plus grand nombre d'images, il y a un plus grand nombre de causes capables de l'eiciter {par la Propos. XVIII, part. 2). C. Q. F. D.

Propos. XIV . L'âme peut faire que toutes les affections du corps^ c'est-à-^ire que toutes les images des clioses se rapportent à Vidée de Dieu,

Djëmonstr. Il n'est aucune affection du corps dont réme ne puisse se former un concept clair et distinct {par la Propos. IV, party 5), et en conséquence, l'âme peut faire [par la Propos. XV\ part, h ) que toutes ces affections se rapportent à l'idée de Dieu. C. Q. F. D.

Propos. XV. Celui qui comprend ses passion» et soi-^néme claire' ment et distinctement, aime Dieu, et il Vaime d'autant plus qu'il comprend ses passions et soi-même d'une façon plus claire et plus distincte.

DÉMONSTR. Celui qui comprend ses passions et soi-même d'une façon claire et distincte ressent de la joie [par la Propos. LUI, part. 3), et cette joie est accompagnée de l'idée de Dieu [par la Propos, précéd.) ; et en conséquence {par la Dé fin. Vides passions , il aime Dieu, et il l'aime d'autant plus {par la même raison) qu'il comprend mieux et ses passions et soi-même. C. Q. F. D.

Propos. XVI. Cet amour de Dieu doit occuper Vàme plus que toutlereste.

DÉMONSTR. Cet amour en effet est joint à toutes les affections du corps {par la Propos. XIV, part, 5), qui toutes servent à l'entretenir {par la Propos. XV, part. 5), et conséquemment [^r \a Propos. XI, part. 5) il doit occuper l'àme plus que tout le reste. C Q. F. D.

Propos. XVII. Dieu est exempt de toute passion, et il n'est sujet à aucune affection de joie ou de tristesse.

DÉMONSTR. Toutes les idées, en tant qu'elles se rapportent à Dieu, sont vraies {par la Propos. XXXII, part, i), c'est-à-dire {par la Défin. IV, part, i) adéquates, et conséquemment {par la Défin. génér. des Passions) Dieu est exempt de toute paâsion. De plus.

Page 1