S. Paul, BpUft aux Bom
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ai défigurées qu'elles soient en mille manières. Toutefois, ceux qui pensent que le Traité théologico-politique veut établir que Dieu et la nature sont une seule et môme chose (ils entendent par nature une certaine masse ou la matière corporelle) , ceux-là sont dans une erreur complète'. J'arrive à Tarticle des miracles. Je suis per* suadé que c'est la seule sagesse de la doctrine qui fonde la certitude de la révélation divine, et non point les miracles, qui ne reposent que sur l'ignorance , comme je l'ai longuement fait voir dans le chapitre VI sur les miracles. J'ajoute ici que je reconnais entre la religion et la superstition cette différence principale , que celle-ci a pour fondement l'ignorance, et celle-là la sagesse ; et voilà pourquoi les chrétiens se font distinguer de ceux qui ne le sont pas, non point par la bonne foi, la charité et les autres dons du Saint- Esprit , mais seulement par une certaine opinion qu'ils professent. En effet , c'est par les seuls miracles, c'est-à-<lire par l'ignorance, source de toute malice, qu'ils défendent leur religion, comme tous les autres ; et de là vient qu'ils tournent leur foi, quoique véritable , en superstition. Les souverains permettront -ils jamais qu'on apporte un remède à ce mal? C'est ce dont je doute fort.
Enfin, pour vous montrer 'ouvertement ma pensée sur le troisième point, je dis qu'il n'est pas absolument nécessaire pour le salut de connaître le Christ selon la chair ; mais il en est tout autrement si on parle de ce Fils de Dieu , c'est-à-dire de cette étemelle Sagesse de Dieu qui s'est manifestée en toutes choses, et principalement dans l'âme humaine, et, plus encore que partout ailleurs, dans Jésus-Christ. Sans cette Sagesse , nul ne peut parvenir à l'état de béatitude , puisque c'est elle seule qui nous enseigne ce que c'est que le vrai et le faux , le bien et le mal. Et comme cette Sagesse , ainsi que je viens de le dire , s'est surtout manifestée par Jésus-Christ , ses disciples ont pu la prêcher, telle qu'elle leur a été révélée par lui, et ils ont montré qu'ils pouvaient se glorifier d'être animés de l'esprit du Christ plus que tous les autres hommes. Quant à ce qu'ajoutent certaines Églises, que Dieu a révêtu la nature humaine, j'ai expressément averti que je ne
1. Voyez Ethique, part. 1, Scbol. de la Propos. XV; — et sur la distinction de la nature naturanie et de la nature nalurée, ibid., Schol. de la Pfopos. XXIX.
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savais point ce qu'elles veulent dire ; et, pour parier franchement, j'avouerai qu'elles me semblent parler un langage aussi absurde que celui qui dirait qu'un cercle a revêtu la nature du carré. Je pense que ces explications suffisent pour éclaircir mon sentiment sur les trois points que vous avez marqués. Plairont-elles aux chrétiens de votre connaissance, c'est ce que vous pouvez savoir mieux que moi. Adieu.