‹ Œuvres de SpinozaChapitre 159 sur 199 · La XXXI* des Opp. ^wtA · texte numérisé non relu

La XXXI* des Opp. ^wtA

2. Ce GoiIlaïuBe de Biyniber^ ^tait «m marclMBd de Dotdrecht qoi ae mâait d« th«^!ope. VoT«s Colèrus. TiV éf Spùucm, p. 33, et 39 de Botre éditicm ; — Brar^ ker. ilist. crir pkiLv., t, IV, paît. 2 ; — De Moir, AdmA, md Tract., p. 19. — tX

a. Ce tFaitê est le Rnmi. Beat. PK«o>. pkiit*, D M p«lâé ca 1663, âTvc le»

LETTRES. D£ SPINOZA, etc. 3dô

et a tontes les sciences la métaphysique , ou du moins la partie principale de la métaphysique, et qui met tout le bonheur de sa vie à consacrer à cette étude les heures de ses loisirs. Personne , j'en suis certain, n*est au&i&t heureux que vous; personne n'a poussé aussi loin ses recherches, et^n'a conquis la perfection où je vois, par. votre livre, que vous êtes arrivé. Pour vous dire un dernier mot de moi, je suis un homme qu'il ne tiendra qu'à vous de mieux connaître, si vous voulez l'attacher à vous par le hen le plus fort, en éclairant sa pensée, et en perçant, pour ainsi dire, le nuage qui l'obscurcit.

Je reviens à votre traité. En même temps que j'y ai trouvé le plus souvent une nourriture qui flattait agréablement mon palais , j'y ai rencontré aussi quelques mets d'une digestion plus difficile. Je ne sais s'il convient à un inconnu de vous apporter ainsi ses objections, et si une telle importunité trouvera grâce à vos yeux; c'est ce qui fait que je commence par vous écrire, et par vous demander, dans le cas où les veillées d'hiver vous laisseraient quelque loisir et où vous seriez disposé à répondre aux difficultés que me laisse votre livre , si vous me permettez de vous exposer mes scrupules. Bien entendu que cela ne mettra pas obstacle à une occupation plus importante, et ne vous gênera en aucune façon ; car ce que j'ai à cœur par-dessus tout, c'est de vous voir exécuter votre promesse, et développer plus au long votre doctrine. J'aurais eu l'honneur de vous saluer moi-même , et de vous exposer de vive voix ce que je vous écris; mais l'ignorance où je suis de votre adresse, une maladie qui se gagne, et les devoirs que j'ai à remplir, m'en ont empêché, et m'ont fait différer ma visite.

Pour que cette lettre ne soit pas entièrement vide, et dans l'espérance que je ne vous déplairai pas, je vous soumettrai une observation. Vous dites en divers endroits des Principes et des Pensées métaphysiques, soit en votre nom ou comme interprète de M. Descartes, que créer et conserver sont une même chose (ce qui est, en effet, si évident, pour peu qu'on y réfléchisse, que c'est une notion élémentaire), que Dieu ne crée pas seulement les substances, mais même le mouvement dans les substances; c'est-à-dire que, par une création continuelle, il conserve non-seulement les substances dans leur état naturel , mais leur mouvement même et l'effort qu'elles produi-

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sent. Dieu, par exemple, ne fait pas seulement, par sa volonté immédiate et par son opération (quel que soit le nom que vous choisissiez], que rame dure et persévère dans son état; mais il est cause que son opération détermine de telle façon le mouvement de rame. En un mot, de même que c'est par la continuelle création de Dieu que les choses durent, de même l'effort et le mouvement des choses arrivent dans les choses par la même cause; et, hors de Dieu, il n'existe point de cause de mouvement. Il s'ensuit que Dieu n'est pas seulement cause de la substance de l'Ame, mais de tous les efforts ou mouvements de l'âme, que nous appelons volonté; vous le dites voufr-méme à plusieurs reprises : or, de cette assertion, il résulte, ou qu'il n'y a aucun mal dans le mouvement ou la volonté de l'âme, ou que, ce mal. Dieu lui-même le produit immé^ diatement. Et remarquez bien que ce que nous appelons des maux est produit par l'âme , et par conséquent par le concours de Dieu et son action immédiate. Prenons un exemple. L'âme d'Adam veut manger du fruit défendu. Qu'arrive-t-il ? Suivant ce qui précède, non-seulement la volonté d'Adam veut par l'influence de Dieu, mais, comme nous allons le faire voir, c'est par l'influence de Dieu qu'elle veut précisément ce qu'elle veut : de sorte que, Dieu mouvant la volonté d'Adam, et dans le sens déterminé où elle se meut, il arrive de deux choses l'une : ou que l'acte défendu n'est pas un mal, ou que Dieu lui-même fait directement ce que nous appelons le mal. Ni vous ni M. Descartes n'échappez à cette objection en , disant que le mal est un non-être, et qu'il n y a pas de coopération de Dieu au non-être : car on demande d'où venait la volonté de manger, d'où venait la volonté des démons de s'égaler à Dieu. C'est une remarque très-juste que vous faites que la volonté n'est pas distincte de l'âme, qu'elle n'est autre chose que le mouvement ou l'effort de l'âme : donc, pour un mouvement autant que pour un autre, la volonté a toujours besoin du concours de Dieu ; et qu'estce que le concours de Dieu, d'après vos propres paroles? Rien autre chose que la détermination précise de l'acte par la volonté de Dieu. Il suit que Dieu concourt également à une mauvaise volonté, en tant que mauvaise ; et à une bonne, en tant que bonne ; c est-à-dire qu'il les détermine. Ainsi la volonté de Dieu, cause unique de toute substance et de tout effort, paraît être aussi la

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cause première d'une volonté mauvaise , en tant que mauvaise. Ajoutez qu'il ne se fait en nous aucune détermination de la volonté que Dieu ne Tait connue dès l'éternité : il ne peut l'ignorer sans être imparfait. S'il la connaît, comment la peut-il connaître, si ce n'est par ses propres décrets? Les décrets de Dieu sont donc causes de nos déterminations : et voilà encore qu'une volonté mauvaise n'est pas un mal, ou que Dieu est la cause immédiate et l'agent de ce mal. Notez bien qu'il n'y a pas de place ici pour la distinction des théologiens entre l'acte et le mal inhérent à l'acte * l'acte et le mode de l'acte étaient dans les décrets de Dieu ; c'est-àdire que Dieu n'a pas seulement décidé qu'Adam mangerait, mais bien qu'il mangerait nécessairement contre l'ordre de Dieu. De sorte qu'on retrouve partout cette double conséquence : ou ce n'est pas un mal de violer le précepte, ou, ce mal, c'est Dieu qui le fait. Voilà, Monsieur, ce qu'en ce moment je ne puis comprendre dans votre traité ; car ces deux alternatives m'effraient autant l'une que l'autre. Mais j'attends de votre habileté et de vos lumières la solution de mon doute, et j'espère être plus tard en état de montrer combien je vous aurai été redevable. Croyez bien au moins que je ne vous fais ces questions que par amour de la vérité ; je suis libre, sans profession, vivant d'un commerce honnête et donnant à ces études le reste de mon temps. Je vous supplie en toute humilité d'accueillir mes objections. Si vous daignez me répondre , ce que je désire avec ardeur, adressez votre lettre à , etc.

GUILL. DE BltENBBRQH.

Pordrecht, 12 décembre 1664.

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