‹ Œuvres de SpinozaChapitre 162 sur 199 · A MONSIEUR GUILLAUME DE BLYENBERGH · texte numérisé non relu

A MONSIEUR GUILLAUME DE BLYENBERGH

Monsieur et ami,

En lisant votre première lettre, je pensais que nos opinions étaient à peu près d'accord ; mais je vois bien par la seconde (qui m'a été remise le 21 de ce mois) qu'il en est tout autrement, et que nous avons des sentiments contraires, non-seulement sur certaines conséquences très-éloignées des premiers principes, mais sur ces premiers principes eux-mêmes ; et notre désaccord va même si loin, que je ne vois plus en quoi ce commerce de lettres peut servir à nous éclairer Tun l'autre. Je m'aperçois qu'aucune démonstration, si solide qu'elle soit selon les lois de la démonstration, n'a de force à vos yeux qu'à condition de s'accorder avec l'Écriture sainte, telle que vous l'entendez, vous ou d'autres théologiens de votre connaissance. Et sans doute, si vous pensez que Dieu nous parle un langage plus clair et plus efficace par l'Écriture sainte que par cette lumière naturelle de l'entendement qu'il a daigné nous accorder, et que sa divine sagesse nous conserve pure et toujours présente, vous avez alors de bonnes raisons pour accommoder votre esprit aux opinions que vous attribuez à l'Écriture sainte, et je déclare qu'à votre place je n'agirais pas autrement. Mais faisant profession de croire , sans restriction et sans détour,

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