Aitf., Propos. XII et Xm
LETTRES DE SPINOZA , etc. 387
les perfections existe pourtant par sa nature, nous devons supposer aussi l'existence de l'Être qui comprend en soi toutes les perfections; car si l'être doué d'une moindre puissance en a pourtant assez pour exister et se suffire , à combien plus forte raison faut-il admettre l'existence de celui qui a une puissance plus grande *■ !
Ces principes posés, pour en venir à notre sujet, je dis que Tètre dont l'existence appartient à sa nature ne peut être qu'unique, et qu'il est nécessairement celui qui possède en soi toutes les perfections, c'est-à-dire l'être que j'appelle Dieu. Car si vous supposez un être à la nature duquel appartient l'existence, cet être ne doit renfermer en soi aucune imperfection ; il doit au contraire exprimer toute perfection (par notre cinquième principe) : d'où il suit que la nature de cet être appartient à Dieu (dont nous devons admettre l'existence par le sixième principe), puisque nous disons que cet être possède en soi toutes les perfections et est exempt de toute imperfection. De plus, cet être ne peut exister hors de Dieu ; car autrement une seule et même nature, laquelle enveloppe l'existence nécessaire, serait double; ce qui est absurde, parla démonstration précédente. Donc il n'y a rien que Dieu seul qui enveloppe l'existence nécessaire. C. Q. F. D.
Voilà, Monsieur, ce qui m'est venu à l'esprit en ce moment pour établir la démonstration que vous désirez. Je souhaite au moins qu'il vous soit démontré que je suis , etc.
Woorborg, 10 avril 1666.
1. Voyez V Ethique, part. 1, Propos. XI, troiiième Démonitration , avec aon Scholie.
LETTRE XXP.
A MONSIEUR
Monsieur ,
Il m*a été impossible, à cause de divers empêchements qui me sont survenus, de répondre plus promptement à votre lettre du 49 mai. Je vois bien que votre esprit est encore en suspens sur la démonstration que je vous ai mandée (sans doute à causo de l'obscurité que vous y rencontrez encore). Je vais donc essayer de réclaircir.
J*ai d'abord énuméré quatre propriétés que doit posséder l'être qui existe par sa propre vertu et qui se suffit à soi-même. Ces quatre propriétés et celles qui s'y rattachent, je les ai réduites à une seule dans ma cinquième remarque préliminaire. Ensuite, pour déduire de la seule supposition accordée tout ce qui était nécessaire à ma démonstration , j'ai prouvé par cette supposition même l'existence de Dieu ; enfin j'ai tiré de tout cela la conclusion cherchée , sans rien supposer de plus que le sens ordinaire des termes.
Voilà en peu de mots quel a été l'ordre et l'objet de ma démonstration. Je vais en reprendre maintenant toutes les parties une à une, en commençant par les quatre propriétés nécessaires que j'attribue à l'être qui existe par soi-même:
Vous ne trouvez aucune difficulté à la première, qui est toul