La XLI* des Opp, potth
LETTRES DE SPINOZA , ele. 389
gimplement un axiome comme la seconde ; car je n'entends rien autre chose par un ôtre simple , sinon quMl n'est pas composé, soit de parties de nature différente, soit de parties analogues. Ici la démonstration est certainement universelle.
Vous avez parfaitement compris la troisième propriété (en ce sens, que, si TÈtre qui existe par soi est la pensée , il ne sera pas déterminé dans Tordre de la pensée; et, s'il est l'étendue, il ne le sera pas dans l'ordre de l'étendue, mais au contraire il devra toujours ôtre conçu comme indéterminé) ; vous avez, dis-je, entendu cela à merveille , ^t cependant vous refusez d'entendre la conclusion, laquelle repose sur ce principe : qu'il y a contradiction à ce qu'un être dont la définition enferme l'existence, ou, ce qui est la môme chose, l'afiBrme, soit conçu avec la négation de l'existence. Et, comme le déterminé ne marque rien de positif, mais seulement la privation de l'espèce d'existence qui est conçue comme déterminée, il s'ensuit que l'être dont la définition affirme l'existence ne se peut concevoir comme déterminé. Par exemple : si l'étendue enferme l'existence nécessaire, il sera aussi impossible de concevoir] l'étendue sans existence que l'étendue sans étendue. Or, s'il en est ainsi , il faut dire aussi qu'il sera impossible de concevoir rétendue comme déterminée ; car essayez de la concevoir de cette façon, vous serez obligé de la déterminer par sa propre nature, c'est-à-dire par l'étendue : d'où il suit que, cette étendue déterminée, vous devrez la concevoir avec la négation de l'existence, ce qui est manifestement contraire à l'hypothèse.
Par la quatrième propriété, j'ai voulu montrer seulement que l'être qui existe par soi ne peut être divisé ni en parties de même nature, ni en parties de nature différente, soit que celles-ci enveloppent, soit qu'elles n'enveloppent pas l'existence nécessaire. Dans le second cas, ai-je dit, cet être pourrait être détruit, la destruction n'étant que la résolution d'une chose en parties de telle nature qu'aucune n'exprime plus la nature du tout. Dans le premier cas, cette propriété de l'être par soi serait en contradiction avec les trois précédentes.
Dans ma cinquième remarque préliminaire, j'ai supposé seulement que la perfection consiste dans l'être, et l'imperfection dans la privation de l'être. Je dis jyrivaU'on ; car bien que l'étendue, par
390 LETTRES D£ SPINOZA, etc.
exemple, contienne en soi la négation de la pensée, ce n'est point en elle une imperfection : ce qui serait une imperfection véritable, ce serait qu'elle fât privée d'étendue (et elle en serait privée en effet, si elle était déterminée], ou bien de durée, de situation, etc.
Vous m'accordez le sixième point sans restriction, et cependant vous dites que la difficulté reste tout entière ; car pourquoi, ditesvous, n'y aurait-il pas plusieurs êtres de nature différente qui tous existeraient par eux-mêmes, par exemple l'étendue et la pensée ? Mais cela prouve seulement que vous prenez mon sixième principe dans un sens tout différent du mien. Je crois apercevoir en quel sens vous l'entendez ; mais pour ne pas perdre de temps, je vais expliquer mon propre sens. Je dis donc que si vous supposez qu'un être qui n'est parfait et indéterminé qu'en son genre existe par sa propre vertu , il faudra accorder aussi l'existence de Tètre absolument parfait et indéterminé que j'appelle Dieu. Par exemple: si nous posons que l'étendue ou la pensée (lesquelles peuvent être parfaites chacune en leur genre, c'est-à-dire dans un genre déterminé d'existence) existent par leur propre force intrinsèque, il faudra dire aussi que Dieu existe : Dieu , l'être absolument parfait, ou, si l'on veut, absolument indéterminé. Ici je voudrais qu'on remarquât la véritable force du mot imperfection, lequel signifie qu*il manque à un être quelque chose qui appartient cependant à sa nature. Par exemple, l'étendue ne peut être appelée imparfaite que relativement à la durée, à la situation, à la quantité, je veux dire, en tant qu'elle a une durée moindre que telle autre durée, qu^elle ne garde pas sa situation , qu'elle a une grandeur surpassée par une grandeur supérieure. Mais on ne pourra pas l'appeler imparfaite parce qu'elle ne pense pas , sa nature ne demandant rien de semblable et ne consistant que dans la seule extension, c" est-à-dire dans un genre déterminé d'existence. Or ce n'est que relativement à son genre d'existence qu'on la peut appeler déterminée ou indéterminée, parfaite ou imparfaite. — Maintenant, comme la nature de Dieu ne consiste pas dans un genre déterminé d'existence, maLi dans l'existence elle-même, qui est absolument indéterminée, sa nature demande tout ce qui exprime parfaitement Têtre , sans quoi elle serait déterminée et aurait du défaut. D'où il s'ensuit qu'il ne peut y avoir, qu'un seul être, savoir Dieu, qui existe par sa propre
LETTRES DE SPINOZA, etc. 391
vertu. Posons, en effet, pour prendre un exemple, que retendue enveloppe Texistence : il est dès lors nécessaire qu'elle soit éternelle et indéterminée , et qu'absolument parlant elle n'exprime aucune imperfection ; il faut au contraire qu'elle exprime la perfection. Mais s'il en est ainsi, elle appartient donc à la nature de Dieu, elle est donc quelque chose qui exprime la perfection de Dieu d'une certaine façon, Dieu étant l'être indéterminé et tout-puissant, non pas sous un point de vue particulier, mais absolument et dans l'essence. Or tout ce que noua disons là de l'étendue se doit affirmer de toute autre chose quelconque à laquelle nous supposerons l'existence par soi. Je conclus donc, comme dans ma précédente lettre, qu'il n'y a rien que Dieu seul qui subsiste par sa propre vertu . — Je crois que ces explications suffisent pour l'éclaircissement de ma précédente lettre ; c'est du reste , Monsieur, ce dont vousjugerez mieux que moi
LETTRE XXn «.
 MONSIEUR J. B
Monsieur et cher ami,
Il m'a été impossible jusqu'à ce moment de répondre à la dernière lettre que j'ai reçue de vous voici déjà long-temps ; des occupations diverses et mille soucis m'ont été toute liberté, et c'est à peine si je suis enfin parvenu à me débarrasser de ce fardeau. Mais puisque je commence enfin à respirer un peu, je ne puis tarder plus long-temps à m'acquitter envers vous, en vous remerciant de l'affection et de l'obligeance que vous me témoignez, et dont vous m'avez donné plusieurs fois, notamment dans votre lettre,
des marques si sensibles Je viens à votre question, que vous
posez de cette manière : Existe-t-il, peiU-il exister une méthode cafHible de nous conduire d*un pas ferme et sûr à la connaissance des objets les plus relevés; ou bien nos àmeslsont-elles, comme nus nos corps, livrées aux chances du hasard, et est-ce la fortune, pluUit que Vart, qui a la conduite de nos pensées ?
Il me paraît que j'aurai satisfait à cette question si je fais voir qu'il doit nécessairement y avoir une méthode par laquelle nous pouvons conduire et enchaîner nos perceptions claires et distinctes, et que l'entendement n'est pas, comme le corps, sujet aux chances du hasard. Or c'est ce qui résulte de ce seul point, savoir : qu'une