LETTRE XXXVI
A MONSIEUR B. DE SPINOZA
Monsieur ,
Soyez assez bon pour m'indiquer, je vous prie » comment on peut, dans vos principes, expliquer a priori la variété des choses par le concept de l'étendue. Vous rappelez dans votre lettre > le sentiment de Descartes, qui ne pouvait, disait-il , expliquer la va-» riété par retendue qu'en l'y supposant produite par l'activité motrice de Dieu. Il me paraît donc que Descartes ne déduit pas, comme vous le dites, l'existence des corps du concept d'une matière en repos , à moins que vous comptiez pour rien la supposition d*^n Dieu moteur. J'ajoute que vous ne montrez pas comment l'existence des corps doit résulter a priori de l'existence de Dieu , difficulté capitale et que Descartes croyait au-dessus de la portée de l'esprit humain. Je sais fort bien que vous avez sur cette matière d'autres pensées que Descartes, et c'est pourquoi je vous supplie de me faire part de vos lumières, à moins que vous n^ayez quelque bonne raison qui vous ait détourné jusqu'à ce jour de faire connaître le fond de vos sentiments. Du moins, si vous jugez, comme j'en suis convaincu, qu'avec moi cette réserve cesse d'être nécessaire, veuillez me donner quelque indication dont je puisse profiter. En tout cas, soit