‹ Œuvres de SpinozaChapitre 33 sur 199 · DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME

humaine, sous ce point de vue, ne se connaît pas elle-même. Maintenant, les idées des affections du corps enveloppent la nature de ce même corps (par le Coroll. de la Propos. XVI, part. 2) ; en d'autres termes [parla Propos. XIII, part. 2), elles s'accordent avec la nature de Fâme ; par conséquent la connaissance de ces idées enveloppera nécessairement la connaissance de l'âme ; or [par la Propos. précéd.)f la connaissance de ces idées se trouve dans l'âme. C'est donc sous ce point de vue seulement que Tâme humaine se connaît elle-même. C. 0- F- D.

Propos. XXIV. L'âme humaine n'enveloppe pas la connaissance adéquate des parties qui composent le corps humain, ' Les parties qui composent le corps humain ne se rapportent point à son essence , si ce n'est en tant qu'elles se communiquent leurs mouvements suivant un certain rapport [voyez la Déf. après le Coroll. du Lem. III), et non pas en tant qu'on les considère comme des individus, sans regard au corps humain. Les parties du corps humain, en effet [par le Post. /], sont des individus trèscomposés, dont les parties [par le Lem. IV) peuvent être séparées du corps humain , sans que sa nature et sa forme en soient altérées, et communiquer leurs mouvements à d'autres corps suivant des rapports différents [voir VAx. II après le Lem. III) ; en conséquence [par la Propos. III, part. 2), l'idée ou connaissance de chaque partie du corps humain se trouvera en Dieu [par la Propos. IX, part. 2), et elle s'y trouvera en tant que Dieu est affecté de l'idée d'une autre chose particulière, laquelle est, dans l'ordre de la nature, antérieure à cette partie [par la Propos. VII, part. 2). Il faut en dire autant de chaque partie de l'individu lui-même qui sert à composer le corps humain ; de façon que la connaissance de chacune des parties qui forment le corps humain se trouve en Dieu , en tant qu'il est affecté de plusieurs autres idées , et non pas en tant qu'il a l'idée du corps humain, c'est-à-dire [par la Propos. XIII, pari. 2) l'idée qui' constitue la nature de l'âme; par conséquent (en vertu du Coroll. de la Propos. XI, part. 2) l'âme humaine n'enveloppe pas une connaissance adéquate des parties qui composent le corps humain. C. Q. F. D.

Propos XXV. Vidée d'une affection quelconque du corps humain n* enveloppe pas la connaissance adéquate du corps extérieur. II. 7

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DÉMONSTR. Nous avoDs vu que l'idée d'une affection du coipsbomain n'enveloppe la nature d'un corps eitérieur qu'en tant que celui-ci détermine le corps humain d'une certaine façon (par la Prop. XVI, part. 2 ). Mais en tant que le corps extérieur est un individu, sans rapport au corps humain, l'idée de ce corps extérieur n'est en Dieu [par la Propos. IX, part. 2) qu'en tant que Dieu est atfecté de l'idée d'une autre chose particulière, laquelle ( par la Propos, Vil, part, 2 ) est antérieure de sa nature au corps dont nous parlons. Ainsi donc l'idée ou connaissance adéquate des corps extérieurs ne se trouve pas en Dieu, en tant qu'il a l'idée des affections du corps humain ; en d'autres termes, l'idée des affections du corps humain n'enveloppe pas la connaissance adéquate des corps extérieurs. C. Q. F. D.

Propos. XXVI. Lame humaine ne perçoit auown corps comme existant en acte, que par les idées des affections de son corps.

Si le corps humain n'est affecté d'aucune façon par un coq» ex* térieur, il en résulte (par la Propos. VII, part. 2 ] que l'idée do corps humain, c'est à dire l'âme humaine (par la Propos. XIII, part, i ] n'est affectée d'aucune façon de l'idée de l'existence de ce corps extérieur; en d'autres termes^ elle n'en perçoit d'aucune façon l'existence ; mais en tant que le corps humain est affecté par un corps extérieur d'une certaine façon , elle le perçoit ( par la Propos. XVI, part, 'i, et son Coroll.). C. Q. F. D.

CoROLL. L'âme humaine, en tant qu'elle imagine un corps extérieur, n'en a pas une connaissance adéquate.

DÉMONSTR. Quand l'âme humaine aperçoit les corps extérieure par les idées des affections de son propre corps, nous disons qu'elle imagine (voy. le Schol. de la Propos. XVII, part. 2) ; et elle ne peut (par la Propos, précédente) imaginer lescorps extérieurs, comme existant en acte, d'aucune autre façon. Par conséquent, l'âme humaine, en tant qu'elle imagine un corps extérieur, n'en a pag une connaissance adéquate.

Propos. XXVII. L'idée d'une affection quelconque du corps humain n'mvelopfpe point la connaissance adéquate du corps humain,

DÉMO.NSTR. Toute idée d'une affection quelconque du corps humain enveloppe la nature du corps humain, en tant seulement que

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le corps humain est affecté d'une modi6cation déterminée {voir la Propos. XVI, part ^). Mais Tidée du corps humain, en tant qu'individu, lequel peut être affecté de plusieurs autres manières , etc. [voy. la Dèm, de la Propos. XXV, part, 2).

Propos. XXVÏII. Les idées des affections du corps humain, en tant qu'elles se rapportent seulement à ^âmehumaine, ne sont point claires et distinctes, mais confuses,

DÉMONSTR. En effet, les idées des affections du corps humain en* veloppent la nature des corps extérieurs ainsi que celle du corps humain lui-même [par la Propos XVI, part, 2) ; et non-seulement du corps humain, mais aussi de ses parties : car les affections sont des modes par lesquels (en vertu du Post. III) les parties du corps humain sont affectées et partant le corps tout entier. Or ( par tes Propos. XXIVetXXV, part. 2) la connaissance adéquate des corps extérieurs, et celle des parties (}ui composent le corps humain , sont en Dieu, en tant qu'il est affecté, non pas de TAme humaine , mais d'autres idées. Par conséquent, les idées des affections du corps humain, en tant qu'elles se rapportent seulement à Tâme humaine, sont comme des conséquences séparées de leurs prémisses, c'est à dire évidemment des idées confuses.

Propos. XXIX. Aucune idée de l'idée d'une affection quelcorique ' du corps humain n'enveloppe une connaissance adéquate de Vâme humaine.

En effet, l'idée d'une affection du corps humain n'enveloppe point {par la Propos. XXVI f, part. 2) une ponnaissaïice adéquate de l'âme humaine ; en d'autres termes , elle n'en exprime pas la nature d'une façon adéquate; ou enfin, elle ne s'accorde pas d'une façon adéquate avec la nature de l'âme (par la Propos. XIIÏ, part. 2) . En conséquence { par VAx. VI, part. 1 ) J'idée de cet idée n'exprime pas non plus, d'une façon adéquate, la nature de Fâme humaine ; en d'autres termes, elle n'en enveloppe pas une connaissance adéquate. C. Q. F. D.

CoROLL. Il suit de là que l'âme humaine , toutes les fois qu'elle perçoit les choses dans Tordre commun de la nature , n'a point d'elle-même, ni de son corps, ni des corps extérieurs, une connaissance adéquate, mais seulement une connaissance confuse et mutilée. L'âme en effet ne se connaît qu'en tant qu'elle perçoit les

idées des affections du corps (par la Propos, XXIII, pari. 2 ). Elle De connaît son corps (par la Propos, XIX, part. 2) que par ce> mêmes idées des affections du corps, par lesquelles seules elle connaît aussi les corps extérieurs; par conséquent donc, en tant qu*elle a ces idées, elle n*a point une connaissance adéquate d'elle-même [par la Propos. XXIX, part. 2), ni de son corps (par la Propos. XXVII, part. 2), ni des corps extérieurs [par la Propos. XXV, part. 2), mais seulement une connaissance confuse et mutilée (par la Propos. XXVIII, part. 2 et son Schol). C. Q. F. D.

ScHOL. Je dis expressément que Fâme humaine n'a point une connaissance adéquate d'elle-même, ni de son corps, ni des corps extérieurs , mais seulement une connaissance confuse , toutes les fois qu'elle perçoit les choses dans Tordre commun de la nature : par où j'entends, toutes les fois qu'elle est déterminée extérieurement par le cours fortuit des choses à apercevoir ceci ou cela , et non pas toutes les fois qu'elle est déterminée intérieurement, c'est à dire par l'intuition simultanée de plusieurs choses, à comprendiv leurs convenances, leurs différences et leurs oppositions ; car chaque fois qu'elle est ainsi disposée intérieurement de telle et telle façon, elle aperçoit les choses clairement et distinctement, comme je le montrerai tout à l'heure.

^Bopos. XXX. Nous n'avons de la durée de notre corps qu'une connaissance fort inadéquate.

DéMONSTE. La durée de notre corps ne dépend pas de son essence (par VAx. I, part. 2), ni de la nature absolue de Dieu {par U Propos. XXI, part. 1) ; notre corps étant déterminé à exister et a agir d'tme certaine façon par des causes qui sont elles-mêmes déterminées par d'autres causes à exister et à agir d'une certain manière particulière, et celles-ci par d'autres encore , et aia<ia l'infini. La durée de notre corps dépend donc de l'ordre coDunuo de la nature, et de la constitution des choses. Or l'Idée ou connais' sance de la manière dont les choses sont constituées est en Diea. en tant qu'il a les idées de toutes ces choses, et non pas en tant quil a seulement l'idée du corps humain {jpar le Coroll. de la Propos. LX, part. 2) ; c'est pourquoi la connaissance de la durée de notre corps est en Dieu fort inadéquate, en tant qu'il constitue la nature d^ l'àme humaine , en d'autres termes ( par le Coroll. de la Propu^

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