DEUXIÈME PARTIE. -^ DE L'AME. SI
CoROLL. Il suit de là que Tâme est pro|Nre à percevoir d'une manière adéquate un plus grand nombre de choses, suivant que son corps a plus de points communs avec les corps extérieurs.
Propos. XL. Toutes les idées qui dans Vàme résultent d'idées adéquates sont adéquates eltes-mémes.
DÉMONSTR. Cela est évident, car, dire que dans Tâme humaine une idée découle d'autres idées, ce n'est pas dire autre chose {par le Coroll. de la Propos. XI, part. 2) sinon que dans Tentendement divin lui-même il y a une idée dont Dieu est la cause, non pas en tant qu'infini, ni en tant qu'il est affecté de l'idée de plusieurs choses particulières; mais en tant seulement qu'il constitue l'es-» sence de l'âme humaine.
ScHOL. I. Je viens d'expliquer la cause de ces notions qu'on nomme communes, et qui sont les bases du raisonnement. Mais il y a d'autres causes de certains axiomes ou notions, qu'il serait dans notre sujet d'expliquer ici par la méthode que nous suivons; car on verrait par là quelles sont parmi toutes ces notions celles qui ont vraiment une utilité supérieure, et celles qui ne sont presque d'aucun usage. On verrait aussi quelles sont celles qui sont communes à tous, et celles qui ne sont claires et distinctes que pour Jes esprits dégagés de la maladie des préjugés, celles enfin qui sont, mal fondées. En outre, on apercevrait l'origine de ces notions qu'on nomme secondes, et par suite les axiomes, qui reposent sur elles, et plusieurs autres choses qui me sont venues en la pensée par la méditation de celles-ci. — Mais ayant destiné à un autre traité tout cet ordre de considérations, et craignant d'ailleurs de tomber dans une prolixité excessive, j'ai pris le parti de m'abstenir ici de toucher à cette matière.
Toutefois, comme je ne voudrais rien omettre en ce livre qu'il fût nécessaire de savoir, je dirai en peu de mots quelle est l'origine de ces termes qu'on appelle transcendeniaux, comme être, chose, quelque chose. Ces termes viennent de ce que le corps humain, à cause de sa nature limitée, n'est capable de former à la fois, d'une manière distincte, qu'un nombre déterminé d'images (j'at expliqué ce que c'est qu'une image dam le Schol. de la Propos. XVII, part. %). De telle façon que si ce nombre est dépassé, les images commencent de se confondre; et s'il est dépassé
plus encore, oes images se mêlent les unes avec les autres dans une confusion universelle. Or, on sait parfaitement {par le CoroU. de la Propos. XVII et la Propos. XVII l^ part. 2) que rftme humaine est capable d'imaginer à la fois d*une manière distincte un nombre de corps d'autant plus grand qu'il se peut former dans le corps humain plus d^images. Ainsi , dès que les images sont livrées dans le corps à une entière confusion , l'âme n'imagine plus le» corps que d'une manière confuse et sans aucune distinction , et les comprend toutes comme dans un seul attribut, l'attribut être, chose, etc. Ces notions, du reste, peuvent être aussi expliquées par les divers degrés de force que reçoivent les images , et au» par d'autres causes analogues qu'il n'est pas besoin d'expliquer irt. puisqu*ii suffit pour le but que nous poursuivons d'en considérer une seule, et que toutes reviennent à ceci, savoir, que les termes dont nous parlons ne désignent rien autre chose que les idées à leur plus haut degré de confusion.
C'est par des causes semblables que se sont formées les notions qu'on nomme universelle; par exemple, l'homme, le cheval, le chien, etc. Ainsi, il se produit à la fois dans le corps humain tant d'images d'hommes, que notre force imaginative, sans être épuisée entièrement, est pourtant affaiblie à ce point que l'âme humaine ne peut plus imaginer le nombre précis de ces images, ni les petites différences, de couleur, de grandeur, etc., qui distinguent chacune d'elles. Cela seul est distinctement imaginé qui est commun à toutes les images, en tant que le corps humain est affecté par elles; et il en est ainsi parce que ce dont le corps humain a été le plus affecté , c'est précisément ce qui est commun à toutes les images : et c'est cela qu'on exprime par le mot homme, et qu'on affirme de tous les individus humains en nombre infini ; le nombre détermim'' des images échappant à l'imagination, comme nous l'avons déjn expRqaé. — Maintenant, il fiaut remarquer que ces notions ne sobI pas f6rmées de la même façon par tout le monde ; elles varient pour rhaam, suivant ce qui dans les images a le plus souvent affecté son corps, et suivant ce que Tâme imagine ou rappelle avec plus de facilité. Par exemple , ceux qui ont souvent contemplé avec admiration la stature de l'homme, entendent sous le nom d'homme un animal à stature droite-, ceux qui ont été frappés d'un autre carac-