DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME
peu importe, enveloppera Tessence éternelle et infinie de Dieu. Par conséquent ce qui donne la connaissance de l'infinie et éternelle essence de Dieu est commun à toutes choses, et se trouve également dans la partie et dans le tout : d'où il suit ( par la Propos, XXXVIII, part. 2), que cette connaissance est adéquate. C. Q. F. D.
Propos. XLVII. Uàme humaine a une connaissance adéquate de rinfinie et étemelle essence de Dieu.
DÉMONSTR. L'âme humaine a des idées {par la Propos. XXII, part. 2), par lesquelles [en vertu de la Propos. XXIII, part. 2), elle se connaît elle-même ainsi que son corps {par la Propos. XIX, part, 2), et les corps extérieurs {par le Coroll. de la Propos. XVI et par la Propos, XVII, part. 2) , le tout comme existant en acte. Donc ( par les Propos. XL V et XL VI, part. 2), elle a une connaissance adéquate de l'infinie et éternelle essence de Dieu.
ScHOL. Nous voyons par là que l'essence infinie de Dieu et son éternité sont choses connues de tous les hommes. Or, comme toutes choses sont en Dieu et se conçoivent par Dieu, il s'ensuit que nous pouvons de cette connaissance en déduire beaucoup d'autres qui sont adéquates de leur nature, et former ainsi ce troisième genre de connaissance dont nous avons parlé {dans le Schol. II de la Propos. XL, part, 2) et dont nous aurons à montrer dans la partie cinquième la supériorité et l'utilité. Mais comme tous les hommes n'ont pas une connaissance également claire de Dieu et des notions communes, il arrive qu'ils ne peuvent imaginer Dieu comme ils font les corps, et qu'ils ont uni le nom de Dieu aux images des choses que leurs yeux ont coutume de voir; et c'est là une chose que les hommes ne peuvent guère éviter, parce qu'ils sont continuellement affectés par les corps extérieurs. Du reste , la plupart des erreurs viennent de ce que nous n'appliquons pas convenablement les noms des choses. Si quelqu'un dit, par exemple, que les lignes menées du centre d'un cercle à sa circonférence sont inégales, il est certain qu'il entend autre chose que ce que font les mathématiciens. De même, celui qui se trompe dans un calcul a dans l'esprit d'autres nombres que sur le papier. Si donc vous ne faites. attention qu'à ce qui se passe dans son esprit, assurément il ne se trompe pas ; et néanmoins il semble se tromper parce que nous croyons
qu'il a daos^ Pesprit les mêmes nopibres qui sont sur te papier. Sans cela nous ne penserions pas qu'il fût dan^ Terreur, comme je n'ai pas cru dans Terreur un homme que j'ai entendu crier tout à l'heure : Ma maison s'est envolée dans la pouh de mon voisin; par la raison que sa pensée véritable me paraissait fissez claire. Et de là viepnent la plupart des controverses, je veux 4ire c|e ce que les hommes n'expliquent pas bien leur pensée et interprètent ma) celle d'autrui au plus fort de leurs querelles ; ou bien ils ont les noé^nes sentiments, ou, s'ils en ont de différents, les erreurs et les absurdités qu'ils s'imputent les uns aux autres n'existent pas.
Propos. XLVIII. Il n*y a point dans l'âme de volonté absolue ou libre; mais Vûme est déterminée à vouloir ceci ou cela par une cause, qui elle-même est déterminée par une autre, et celk-ci encore par une autre , et ait^si à l'infini.
DÉMONSTR. L'âme est un certain mode déterminé de la pensée (par la Propos, XI, part. 2) , et en conséquence elle ne peut être {parle Coroll. II de la Propos. XVII, part. 1) une cause libre, ou en d'autres termes posséder la faculté absolue de vouloir ou de ne pas vouloir ; mais elle est déterminée à vouloir ceci ou cela par une cause qui elle-même est déterminée par une autre, et celle-ci encore par une autre, etc. C. Q. F. D.
ScHOL. On démontrerait de la même manière qu'il n*y a dans Tâme humaine aucune faculté absolue de comprendre , dé désirer, d'aimer^ etc. D'où il suit que ces facultés et toutes celles du même genre, ou bien, sont purement fictives, ou ne représentent autre chose que des êtres métaphysiques ou universels que nous avons Thabitude de former à l'aide des choses particulières. Ainsi donc, l'entendement et la volonté ont avec telle ou telle idée , telle ou telle volition , le même rapport que la pierréité avec telle ou telle pierre, l'homme avec Pierre ou Paul. Maintenant, pourquoi le> homipes sont-ils jaloux d'être libres ? ("'est ce que nous avons expliqué dans Tappendice de la première partie. Mais, avant d'aller piu> loin^ il faut noter ici (}ue par volonté j'enteqds la faculté d'affirmer ou de nier, et non le désir; j'entends, dis-je, la faculté par laauelle Tâme affirme ou nie ce qui est vrai ou ce qui est faux, et non celle de ressentir le désir ou Taversion. Or comme nous avons démontra que ces facultés sont des notions universelles qui ne se distinguent