DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME
combien il est aisé de se tromper , quand on confond les universaux avec les choses particulières, les êtres de raison et les choses abstraites avec les réalités.
Enfin, quant à la quatrième objection, j*ai à dire que j*accorde parfaitement qu'un homme , placé dans cet équilibre absolu qu'on suppose ( c'est-à-dire qui n'ayant d'autre appétit que la faim et la soif ne perçoit que deux objets, la nourriture et la boisson, également éloignés de lui), j'accorde, dis-je, que cet homme périra de faim et de soif. On me demandera sans doute quel cas il faut faire d'un tel homme et si ce n'est pas plutôt un âne qu'un homme. Je répondrai que je ne sais pas non plus, et véritablement je ne le sais pas, quel cas il faut faire d'un homme qui se pend , d'un enfant, d'un idiot, d'un fou, etc.
Il ne me reste plus qu'à montrer combien la connaissance de cette théorie de l'âme humaine doit être utile pour la pratique de la vie. Il suffit pour cela des quelques observations que voici : 4® Suivant cette théorie, nous n'agissons que par la volonté de Dieu, nous participons de la nature divine, et cette participation est d'au'tant plus grande que nos actions sont plus parfaites et que nous cornprenons Dieu davantage ; or, une telle doctrine, outre qu'elle porte . dans l'esprit une tranquillité parfaite, a cet avantage encore qu'elle nous apprend en quoi consiste notre souveraine félicité, savoir, dans la connaissance de Dieu, laquelle ne nous porte à accomplir d'autres actions que celles que nous conseillent l'amour et la piété. Par où il est aisé de comprendre combien s'abusent sur le véritable prix de la vertu, ceux qui ne voyant en elle que le plus haut degré de l'esclavage, attendent de Dieu de grandes récompenses pour salaire de leurs actions les plus excellentes ; comme si la vertu et l'esclavage en Dieu n'étaient pas la félicité même et la souveraine liberté. 2° Notre système enseigne aussi comment il faut se comporter à l'é'* gard des choses de la fortune, je veux dire de celles qui ne sont pas en notre pouvoir; en d'autres termes, qui ne résultent pas de notre nature; il nous apprend à attendre et à supporter d'une âme égale l'une et l'autre fortune : toutes choses en effet résultent de l'éternel décret de Dieu avec une absolue nécessité, comme il résulte de l'essence d'un triangle que ces trois angles soient égaux en somme à deux droits. 3® Un autre point de vue sous lequel notre système est IL 9
encore utile a la vie sociale, c'est qu'il appreud à être exem^ de haine et de mépris, à s'avoir pour personne ni moquerie, ni eDvie, si colère. Il apprend aussi à chacun à se cootenler de ce qu'il a, et à v«nir au secours des autres ; r>on par une vaine pijlié de feauBe,par préférence, par superstition, mais par Tordre seul de la raison, et en gardant l'exacte mesure (jue le temps et la chose même prescrivent. i^ Voici enfin un dernier avantage de notre système , et qui se rapporte à la société politique ; nous faisons profession de croire que l'obyet du gouvernement n'est pas de rendre les citoyens esclaves, mais de leur faire accomplir librement les actions qui sont les meilleures.
Je ne pousserai pas plus loin ce que j'avais dessein d'exposer dans ce scholie, et je termine ici ma seconde partie. Jex^rois y avoir expliqué avec assez d'étendue et, ajutant que la difficulté de la matière le comporte) avec assez de clarté» la nature de 1 ame humaine et ses propriétés : je crois y avoir donné des principes d'où Ton peut tirer un i^rand nombre de belles conséquences, utiles à la vie, uéce3smt& à la science, et c'est ce qMi sera établi, du moins en jiartie, parla suite de ce traité*
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