DEUXIÈME PARTIE. — DE L'AME
corps (bieB entendu toujours, l'un après l'autre). Que si l'on soutient qu'il y a une infinité de choses que nous ne pouvons percevoir, je dirai à mon tour que nous ne pouvoirs atteindre ces mêmes choses par aucune pensée, et oonséqiteounent par aucun acte de volonté. Mais, dit-on, si Dieu voulait faire que nous en eussions la percep^ tion, il devrait nous donner une plus grande faculté de percevoir, çt non pas une plus grande faculté de vouloir que celle q«'il nous a donnée.; ce qui revient à dire que si Dieu voulait i»)us faire con* naître une infinité d'êtres que nous ne connaissons pas ^tctueUevient, il serait nécessaire qu'il nous donnât un entendement phM grand, mais non pas une idée de l'être plus géncnale, pour embrasser oette infinité d'êtres^ car nous avons montré que la volonté est un être universel ou une idée par laquelle nous expliquons toutes les volitions particuliépes, c'est-à-dire «e qui leur est commun. Or, nos contradicteurs se persuadant que cette idée universelle, commuse à toutes les volitions, est une faculté, il n'est point surprenant qu^ls soutiennent que celte faculté s'étend à l'infmi au delà des Unités de Tentendement, puisque l'universel se dit également 4'<un seul individu , de plusieurs, d'une infinité.
Ma réponse à la seconde objection , c'est que je nie qtie aous ayons le libre pouvoir de suspendre notre jugement» Quand nous disons en effet qu'une personne suspend son jugement , nous ne disons rien autre chose sinon qu'elle ne perçoit pas d'une façon adéquate l'otjet de son intuition. La su^ension du jugement, c'est donc réellement un acte de perception et non àe libre volonté. Pour éclaircir ce point , concevez un enfant qui se représente un cheval et ne perçoit rien de plus. Cet acte d'imagination envelop* pant l'existence du cheval [par le CoroU. de la Propos. XVIU part, 2], et l'enfant ne percevant rien qui marque la non-existence de ce cheval , il apercevra nécessaiBcment tee cheval comme pré*sent , et ne pour>ra concevoir aucun doute sur sa réelle existence-, bien qu'il n'en soit pas certain.
Il nous arrive chaque Jour quelque chose d'analogue 4ans les songes , et je ne crois pas que personne se puisse persuader .qu'il possède, tandis qu'il rêve., le libre pouvoir de su^endre son jugement sur les (^Q\» de ses songes, et tde faire qu'il «le rêve point en efi'et ce qu'il rêve qu'il voit; «t, toutefois, pendant les songes^ -an
suspend quelquefois son jugement, par exemple quand il arrive de rêver qu'on rêve. Ainsi donc j'accorde que personne ne se trompe en tant qu'il perçoit, c'est-à-dire que les représentations de l'âme, considérées en elles-mêmes, n^enveloppent aucune erreur (voir le Schol, de la Propos. XVII, part. 2) ; mais je nie qu'il soit possible dé percevoir sans affirmer. Percevoir un cheval ailé, qu'est-ce autre chose en effet qu'affirmer de ce cheval qu'il a des ailes'f Car enfin si l'àme ne percevait rien de plus que ce cheval ailé, elle le verrait comme présent, sans avoir aucune raison de douter de son existence , ni aucune puissance de refuser son assentiment; et les choses ne peuvent se passer autrement, à moins que cette représentation d'un cheval ailé ne soit associée à une idée qui exprime qu'un tel cheval n'existe pas; en d'autres termes, à moiD> que l'âme ne comprenne que l'idée qu'elle se forme d'un cheval ailé est une idée inadéquate; et alors elle devra nécessairement nier l'existence de ce cheval ailé , ou la mettre en doute.
Par les réflexions qu'on vient de lire je crois avoir répondu d'avance à la troisième objection. Qu'est-ce en eCTet que la volonté? Quelque chose d'universel qui convient en effet à toutes les idée< particulières et ne représente rien de plus que ce qui leur est commun, savoir l'affirmation, d'où il résulte que l'essence adéquate de la volonté, ainsi considérée d'une manière abstraite, doit se retrouver dans chaque idée particulière et s'y retrouver toujours la même, mais cela n'est vrai que sous ce point de vue , et cela cesse d'être vrai quand on considère la volonté comme constituant Tessence de telle ou telle idée ; car alors les affirmations particulières diffèrent Tune de l'autre tout autant que les idées : par exemple , Taffirmation enveloppée dans l'idée du cercle diffère de celle qui est enveloppée dans Tidée du triangle , exactement comme ces deux idées diffèrent entre elles. Enfin, je nie absolument que nous ayons besoin d'une puissance de penser égale , pour affirmer que ce qui est vrai est vrai, et pour affirmer que ce qui est faux est vrai ; car ces deux affirmations, si vous les rapportez à l'âme , ont le même rapport l'une avec l'autre que l'être avec le non-être, puisque ce qui constitue l'essence de l'erreur dans les idées n'est rien de posi* Wî [voyez la Propos. XXXV, part, i, avec son SchoL^ et le Schol. de la Propos XLVII, part. 2). Et c'est bien ici le lieu de remarquer