‹ Œuvres de SpinozaChapitre 46 sur 199 · POSTULATS · texte numérisé non relu

POSTULATS

I. I^ corps humain peut ôtre affecté de plusieurs modifications, par lesquelles sa puissance d*agir est augmentée ou diminuée, et aussi d'autres modifications qui ne rendent sa puissance d'agir ni plus grande, ni plus petite.

Ce Postulat ou Axiome est fondé sur le Post, I et les Lem. V et VI, qu*on peut voir afyrès la Propos, XIII y part. 2.

II. Le corps humain peut souffrir plusieurs changements et retenir néanmoins les impressions ou traces des choses (voir à ce Rujet le Post, V, Part. 2), et par suite leurs images (pour la définition desquelles y voyez le Schol. de la Propos, XVII, part, 2).

PROPOSITIONS

Proposition I. Notre âme fait certaines actions et souffre cer^ laines passions ; savoir : en tant qu'elle a des idées adéquates , elle fait certaines actions; et en tant qu'elle a des idées inadéquateii, elle souffre certaines passions.

DÉMONSTRATION. Lcs idées d'une âme quelconque sont, les unes adéquates, les autres mutilées et confuses [par le Schol. de la Propos, XL, part. 2). Or, les idées qui sont adéquates dans uno certaine âme, sont adéquates en Dieu, en tant quMl constitue l'essence de cette âme [par le Coroll. de la Propos. XI, part. 2) ; ot quant à celles qui, dans l'âme, sont inadéquates, elles sont, comme les autres, adéquates en Dieu [par le même Coroll.), non pas, il est vrai, entant seulement qu'il contient Tessence de cette âfne, mais en tant qu'il contient aussi en même temps les autres âmes de l'univer^i.

Maintenant, une idée quelconque étant donnée, quelque effet doit nécessairement s'ensuivre [par la Propos. XXXVI, part. 4) ; et cet effet, Dieu en est la cause adéquate (voyez la Déf. I, part. 3) , non pas en tant qu'infini, mais en tant qu'affecté de l'jdée donnco {voyez la Propos. IX, part. 2). Or, ce même effet dont Dieu est la cause , en tant qu'affecté d'une idée qui est adéquate en une certaine âme, cette âme en est aussi cause adéquate [par le Coroll. de la Propos. XI, part. 2). Donc notre âme, en tant qu'elle a dos idées adéquates, doit [par la Déf. II, part. 3) nécessairement opérer quelque action. Et c'est là le premier point qu'il fallait démontrer. De plus, tout effet qui suit nécessairement d'une idée qui est adéquate en Dieu, en tant qu'il contient en soi non pas seulement l'âme d'un seul homme , mais avec elle en même temps les autres âmes de l'univers; tout effet de cette espèce, dis-je, l'âme de cet homme n'en est pas la cause adéquate [par le même Coroll, de la

lOA ÉTHIQUE.

Propos, XI j part. 2) , mais seulement la cause partielle; et en conséquence (par la Déf. II, part. 3) , l'âme, en tant qu'elle a des idées inadéquates,. est nécessairement affectée de quelque passion. C'est le second point que notJs vouKon» établir. Donc enfin , etc. C. Q. F. D.

Corollaire. Il suit de là que l'âme est sujette à d'autant plus de passions qu'elle a plus d'idées inadéquates ; et au contraire, qu'elle produit d'autant plus d'actions qu'elle a plus d'idées adéquates.

Propos. II. Ni le corps ne peut déterminer Vûmê à la pensée, ni l'âme le corps au mouvement et au repos, ou à quoi que ce puisse être.

Dëmonstr. Tous les modes de la pensée ont pour cause Dieu, en tant que chose pensante , et non en tant qu'il se développe par un autre attribut {par la Propos. 17, part. ^] ; par conséquent, ce qui détermine l'âme à la pensée, c'est un mode de la pensée, et non un mode de l'étendue; en d'autres termes [par la Déf. /. part. 2], ce n'est pas le corps. Voilà le premier point. De plus, le mouvement et le repos du corps doivent provenir d'un autre corps qui lui-même est déterminé par un autre corps au mouvement ei au repos ; et, en un mot, tout ce qui se produit dans un corps a dû provenir de Dieu, en tant qu'affecté d'un certain mode de retendue, et non d'un certain mode de la pensée (en vertu de ht même Propos. 17, part. 2) ; en d'autres termes, tout cela ne peut provenir de l'âme, qui [par la Propos. XI, part. 2] est un mode de la pensée. Voilà le second point. Donc, ni le corps, etc. C. Q. F. D.

SciioLiE. Cela se conçoit plus clairement encore par ce qui a été dit dans la ^cholie de la Propos. Vtl, part. 2 , savoir, que Tâme et le corps sont une seule et môme chose ^ qui est conçue tantôt sous l'attribut de la pensée , tantôt sous celui de l'étendue. D'où il arrive que l'ordre, ('enchaînement des choses est parfaitement uo, soit ({ue l'on considère la nature sous tel attribut ou sous tel autre, et partant , que l'ordre des actions et des passions de notre corps et l'ordre des actions et des passions de l'âme sont simultanés de leur nature. C'est ce qui résulte aussi d'une façon évidente de la démonstration de la Propos. VII , part. 2.

Mais, quelle que soit la force de ces preuves, et bien qu'il oe reste véritablement aucune raison de douter encore, j'ai peine à croire que les hommes puissent être amenés à peser avec calme

Page 1