‹ Œuvres de SpinozaChapitre 50 sur 199 · TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS. tl · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS. tl

toutes les modifications qui servent à sa conservation, de telle sorte que l'homme est déterminé à les produire. De plus, entre Tappétit et le désir il n'y a aucune différence, si ce n'est que le désir se rapporte la plupart du temps à l'homme, en tant qu'il a conscience de son appétit ; et c'est pourquoi on le peut dé6nir de la sorte : Le désir, c'est Vappétit, avec conscience de lui-même. Il résulte de tout cela que ce qui fonde l'effort, le vouloir, l'appétit, le désir, ce n'est pas qu'on ait jugé qu'une chose est bonne; mais au contraire, on juge qu'une chose est bonne par cela même qu'on y tend par l'effort, le vouloir, l'appétit, le désir.

Propos. X. Une idée qui exclut l'existence de notre corps ne se peut rencontrer dans notre âme ; elle lui est contraire,

DÉMONSTR. Tout ce qui peut détruire notre corps ne se peut rencontrer en lui {par la Propos, F, part, 3) ; par conséquent l'idée d'une telle chose ne se peut non plus rencontrer en Dieu, en tant qu'il a l'idée de[notre corps {par le Coroll, de la Propos, IX y part, 2), ou en d'autres termes {par les Propos. XI et XIII ^ part, 2), l'idée de cette chose ne se peut rencontrer dans notre âme ; au contraire, puisque {par les Propos, XI et XIII, part. 2), ce qu'il y a de fondamental et de constitutif dans l'essence de l'âme, c'est l'idée du corps pris comme existant en acte, il s'ensuit que l'affirmation de l'existenee du corps est ce qu'il y a dans l'âme de fondamental et de principal {par la Propos. F//, part. 3), et par conséquent, une idée qui contient la négation de l'existence de notre corps est contraire à notre âme, etc. C. Q. F. D.

Propos. XI. Si quelque cîtose augmente ou diminue, favorise ou empêche la puissance d'agir de notre corps, Vidée de cette chose augmente ou diminue, favorise ou empêche la puissance de penser de notre âme,

DÉHONSTR. Cette proposition résulte évidemment de la Propos. VII, part. 2, et aussi de la Propos. XIY, même partie.

ScHOL. Nous voyons que l'âme peut souffrir un grand nombre de changements, et passer tour à tour d'une certaine perfection à une perfection plus grande ou plus petite ; et ce sont ces diverses passions qui nous expliquent ce que c est que joie et que tristesse. J'entendrai donc par joie dans toute la suite de ce traité, une pas^ sion par laquelle Vâme passe à une fterfection plus grande; par

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tristesse au contraire ^ une passion par laquelle Vàme passe à une iHoindre peffection, Ert outre, V affection de la joie, quand on la rapporte à la fois au corps et d Vàme^ je la nomme chatouillement ou hilarité I et Vaffeetion dé la tristesse ^ douleur ou méltànôolie. Mais il faut remarquer que le chatouillement et Ib douleur se rap^ portent à Thomâie en tant qu'une de les parties est affectée plu9 vl*- Vement que les autres; lorsque au contraire toutes les parties sont également affectées, c'est Thilarité et la mélancolie. Quant à la nature du désir, je VA\ expliquée dans le Scholle de la Propos. IX < part. 3 ; et j'avertis qu'après ces trois passions^ la joie^ la tristesse et le désir^ je ne reconnais aucune autre passion primitive « et je me réserve de prouver par la suite que toutes les paësiona nàis^ âent de ces trois passions élémentaires* Mais avant d*aller plua loin, je dois eicpli(|uer ici avec plus de clarté la Propos. X, part. 3^ ftftn qu'on oomprdnne plus aisément comment une idée eat contraire à une autre idée.

Dans le dcholie de la Propos. XYII, part, i, on a Montré que l'idée qui constitue l'essence de l'âme enveloppe l'existenoe du Corpe, tant que le corps existe. De plus, des principes établis dans le corollaire de la Propos. VHÎ, part. % et dans le scholie de celte Propos., il résulte que l'existence présente dé notre âmd dépend de ce seul point, savoir » que Tàme enveloppe l'existence actuelle du corps. ËnSn^ nous avonè également montré que cette puissance de Pi\mo par laquelle elle imagine les chosee et se les rappelle, dépend en^ core de ce seul point (voy. les Propos, XVtlèt XVin,pari, î, a\)e6 le Seholie) que l'âme enveloppe l'existence actuelle du corps. Or il suit de tout cela qiie l'existence présente de l'âme et sa puissance d'imaginer sont détruites aussitôt que l'âme cesse d'affirmer l'existence présente du corps. Or la cause qui fait que l'ânie cesse d'af» firmer l'existence présente du corps , ce ne peut être l'âme ellemême [par la Propos. IV, part, 3), et ce ne peut être non plus la cessation de l'existence du corps. Car (par la Propos. VI ^ part, 3'> la cause qui fait que l'âme affirme l'existence du corps^ ce n'est pns que le corps commence actuellement d'exister ; et conséquemment, par la même raison^ l'âme ne cessera pas d'affirmer l'existence du corps par cela seul que le corps cessera d'exister actuellement; la véritable cause (par la Propos. VIII, part, t)^ c'est une idée qui exclut

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