‹ Œuvres de SpinozaChapitre 60 sur 199 · TROISIÈME PARTIE. -^ DES PASSIONS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. -^ DES PASSIONS

empêché, que s'il ne Feût jamais aimé. Car Famour est un sentiment de joie {par le Schol. de la Propos. XIII, part, 3) que Thomme, autant qu'il est en lui, s'efforce de conserver [par la Propos. XXVIII, part. 3] ; et cela (parle Schol. déjà cité) en contemplant l'objet aimé comme présent, et lui procurant de la joie autant qu'il est possible (par la Propos. XXI, part. 3) ; et cet effort est d'autant plus grand (par la Propos, précéd.), ainsi que cet autre effort que nous faisons (voy. la Propos. XXXIII, part. 3) pour que l'objet aimé nous aime à son tour, que l'amour est plus grand lui-même. Or, tous ces efforts seront empêchés par la haine qui nous anime contre l'objet aimé (par le Coroll. de la Propos. XIII, et par la Propos. XXIII, part. 3); donc l'amant (par le Schol. de la Propos. XI, part. 3) sera par cette raison saisi de tristesse, et cette tristesse sera d'autant plus grande que plus grand était l'amour; en d'autres termes, outre la tristesse qui a produit notre haine pour l'objet aimé , il y en a une autre qui naît de l'amour qu'il nous a inspiré ; de telle façon que nous regarderons l'objet aimé avec une tristesse plus grande, ou, en d'autres termes (par le Schol. de la Propos. XIII, part: 3], que nous éprouverons pour lui plus de haine que si nous ne l'eussions jamais aimé ; et plus grand aura été notre amour, plus grande sera la haine. C. Q. F. D.

Propos. XXXiX. Celui qui a quelque objet en haine s'efforcera de lui faire du mal, à moins qu'il ne craigne de sa part un mal plus grand; et, au contraire, celui qui aime quelque objet s'efforcera de lui faire du bien, sous la même condition.

DÉMONSTR. Avoir un objet en haine, c'est (par le Schol. de la Propos. XI il, part. 3) se le représenter comme une cause de tristesse, et en conséquence (par la Propos. XXVIII, part. 3) celui qui a un objet en haine s'efforcera de l'écarter ou de le détruire. Mais s'il redoute pour soi quelque chose de plus triste, ou, ce qui est la même chose, un plus grand mal, et s'il croit pouvoir l'éviter en s'abstenant de faire à l'objet de sa haine le mal qu'il lui préparait, il désirera (par la même Propos. XXVIII, part. 3 ) s'en abstenir en effet; et cela (par la Propos. XXXVII, part. 3), d'un effort plus grand que celui qui le portait à faire du mal à ce qu'il déteste ; de façon que cet effort prévaudra, comme nous voulons le démontrer. La seconde partie de la démonstration procède

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