TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS
nous inspirera également de l'envie, en tant qu'il est heureux par l'objet aimé (en vertu de la Propos. XXIII, part. 3). C. Q. F. D. SciioL. Cette hame pour l'objet aimé, jointe à Peuvie, se nomme jalousie, laquelle est donc la fluctuation mtérieure, née de Tamour et tout ensemble de la haine, accompagnés de Tidée de l'objet que nous envions. Cette même hajne pour l'objet aimé sera plus grande en raison de la joie que procurait au jaloux l'amour réciproque de l'objet aimé , et en raison aussi de la nature du senti** ment que le jaloux avait éprouvé jusqu'alors pour son rival. En effet , s'il avait pour lui de la haine , il en concevra aussi pour l'objet aimé , par cela seul qu'il procure de la joie à celui qu'il hait (par la Propos. XXIV, part. 3), et par cela aussi qu'il est forcé de joindre l'image de l'objet aimé à l'image de celui qu'il hait ( par le Coroll. de la Propos. XV, part. 3) . C'est ce qui se rencontre le plus souvent dans l'amour qu'inspirent les femmes; car celui qui se représente que la femme qu'il aime se prostitue à un autre, est saisi de tristesse perce que son appétit trouve un obstacle; mais parce qu'il est forcé de joindre à l'image de l'objet aimé celle des parties honteuses et des excréments de son rival , il conçoit de l'aversion pour l'objet aimé ; joignez à cela que le jaloux n'est pas reçu de l'objet aimé du même visage que d'habitude, nouvelle cause de tristesse pour Tamant , comme je le montrerai tout à l'heure.
Propos. XXXVI. Celui qui se souvient d'un objet qui une fois l'a charmé^ désire le posséder encore et avec les mêmes circonstances, DÉMONSTR. Tout ce qu'un homme voit en même temps qu'un objet qui l'a charmé est pour lui accidentellement une cause de joie (par la Propos: XV, part. 3), et par conséquent (en vertu de la Propos. XXVIII, part, 3) il désirera posséder tout cela en même temps que l'objet qui l'a charmé ; en d'autres termes, il désirera posséder cet objet avec les mêmes circonstances où il en a joui pour la première fois. C. Q. F. D.
CoROLi,. Si donc l'amant s'aperçoit de l'absence d'une de ces circonstances, il en sera attristé.
DÉtioNSTR. En effet, en tant qu'il reconnaît le défaut de quelque circonstance, il imagine quelque chose qui exclut l'existence de l'objet qui l'a charmé; et comme l'amour lui fait désirer cet objet
OU cette circonstance (par la Propos, précéd.), en tant qu'il imagine qu'elle lui manque, il est attristé (par la Propos. XIX, part, 3). C. Q. F. D.
ScHOL. Cette tristesse, en tant qu'elle se rapportée l'absence de ce que nous aimons, se nomme regret.
Propos. XXXVII. La désir qui naît de la tristesse ou de la joie, de la haine ou de Vamour, est d'autant plus grand que la passitm qui.Vinspire est plus grande.
DÉMONSTR. La tristesse diminue ou empêche (par le Schol. dt la Propos. XI j part. 3) la puissance d'action de l'homme, c'està-dire (par la Propos. VII, part. 3) l'effort de l'homme pour persévérer dans son être; et en conséquence (par la Propos, \\ part. 3) elle est contraire à cet effort; et dès lors, tout l'effort d'un homme saisi de tristesse, c'est d'écarter de soi cette pas^on. Or (par la Déf. de la tristesse) , plus la tristesse est grande , pluf est grande aussi nécessairement la partie de la puissance d'action de l'homme à laquelle elle est opposée. Donc , plus la tristesse est grande, plus grande sera la puissance d'action déployée par l'homme pour écarter de soi cette passion; c'est-à-dire (par U Schol. de la Propos. IX, part. 3], plus grand sera le désir ou l'appétit qui le poussera à éloigner la tristesse. De plus , comme ia joie (par le même Schol. de la Propos. XI, part. 3) augmente ou favorise la puissance d'action de l'homme, on démontrerait aisément par la même voie qu'un homme saisi de joie ne désire rieo autre chose que de la conserver, et cela d'un désir d'autant plu? grand que la joie qui l'anime est plus grande. Enfin , comme b haine et l'amour sont des passions liées à la joie et à la tristesse, il s'ensuit par la même démonstration que l'effort, l'appélit ou le désir qui natt de la haine ou de l'amour croit en raison de cette haine et de cet amour mêmes. C. Q. F. D.
Propos. XXXVIII. Celui qui commence de prendre en haine Vobjet aiméf de façon que son amour en soit bientôt complètement éteint, s'il vient à avoir contre lui un motif de haine, il resseniirn une haine plus grande que s'il ne l'eût jamais aimé; et, plus grand a été l'amour, plus grande sera la haine.
DÉHONSTR. Dans l'àme de celui qui prend en haine l'objet jusqu'alors aimé , il y a plus d'appétits dont le développement, e^