TROISIÈME PARTIE. ^ DES PASSIONS. 1S
imagine qu'il eât haï par elle, il éprouve une tristesse accompagnée de ridée de la personne qui le hait; en d'autres termes (par le même Scholiê déjà cité) il. la hait à son tour.
ScHOL. Que s'il vient à imaginer qu'il ait donné à celui qui le hait un juste sujet de haine, il éprouvera de la honte [par la Propm, XXX et son SohoL). Mais cela arrive rarement [par la Propos. XXV^ part. 3). J'ajoutequecette haine réciproque peut aussi venir de ce que la haine est suivie (par la Propos, XXXIX, part. 3) d'un effort pour faire du mal à celui qui en est l'objet. D'où il résulte que celui qui se croit haï par un autre se le représente comme une cause de mal ou de tristesse, et partant est saisi d'un sentiment de tristesse ou de crainte accompagné de l'idée de celui qui le hait; en d'autres termes, il le hait à son tour, ainsi qu'on l'a dé-^ montré plus haut.
GoROLL. I. Celui qui se représente l'objet aimé comme ayant pour lui de la haine est combattu entre la haine et l'amour. Car en tant quMl croit que l'objet aimé a pour lui de la haine, il est déter^ miné à le haïr à son tour (par la Propos, préûédente). Mais (par hypothèse) il aime cependant celui qui le hait^ Il est donc combattu entre la haine et l'amour.
CoRoLL. II. Celui qui imagine qu'une personne pour laquelle il n'a encore ressenti aucune espèce de passion a été poussée par la liaine à lui causer un certain mal ^ s'efforcera incontinent de lui causer ce même mal.
DéMoiHSTR. En effet, celui qui imagine qu'une certaine personne a pour lui de la haine la haïra à son tour (par la Propos, précéd.)^ et s'efforcera (par la Propos. XXVI , part. 3) de se rappeler et de tourner contre cette personne (par la Propos. XXXIX^ part. 3 ) tout ce qui peut lui être une cause de tristesse. Or (par hypothèse)^ ce qu'elle imagine tout d'abord, c'est le mal qu'on a voulu lui faire ; ce sera donc ce môme mal qu'elle s'efforcera de rendre à qui le lui destinait. C. Q. F. D.
Sghol. L'effort que nous faisons pour causer du mal à l'objet de notre haine se nomme colère ; celui que nous faisons pour rendre le mal qu'on nous a causé, c'est la vengeance.
Propos. XLI. Celui qui imagine qu'il est aimé d'une certaine personne j et croit ne lui avoir donné aucun sujet d'amour (ce qui
peut arriver, en vertu du Goroll. de la Propos. XV et de la Propos. XVI, part. 3), aimera à son tour cette personne.
Cette proposition se démontre par la nxôme voie que la précédente. (Voyez aitssi le SchoL de celle-ci,)
ScHOL. Que si celui dont nous parlons croit avoir donné à la personne qui l'aime un juste sujet d'amour, il se glorifiera (par la Propos. XXX et son Schol.j part, 3); et c'est là ce qui arrive le plus fréquemment (par la Propos. XXV, part. 3), le cas contraire élani calui où l'on se croit l'objet de la haine d'autrui (voy. le Schol. dr la précédente Propos.). Or, cet amour réciproque et l'effort qui en est la suite (par la Propos. XXXIX, part. 3) pour faire du bien à qui nous aime et veut ainsi nous faire du bien , se nomme recooDai*^ sance ou gratitude ; d'où Ton voit que les hommes sont beaucoup plus disposés à se venger d'autrul qu'à lui faire du bien.
CoROLL. II. Celui qui croit être aimé d'une personne qu'il déteste sera combattu entre la haine et l'amour. Cela se démooire par la môme voie que le premier CoroU. de la Propos, précédentp.
ScHOL. Si la haine domine, il s'efforcera de faire du mal à l'objei dont il est aimé; et c'est là la passion qu'on nomme cruauté, surtout quand on croit que celui qui aime n'a donné à l'autre aucun des sujets ordinaires de haine.
Propos. XLII. Celui qui a fait du bien à autrui, soit par amour, soit par l'espoir de la gloire qu'il en pourra tirer , sera attristé s son bienfait est reçu avec ingratitude.
DÉMOMSTR. Celui qui aime un de ses semblables fait effort, autant qu'il est en lui, pour en être aimé à son tour (par la Propos. XXXI II, part. 3). Celui donc qui fait du bien à une personne agit de b sorte par le désir qui l'anime d'en être aimé, c'est-à-dire (en vertu de la Propos. XXXIV, part. 3) par un espoir de gloire ou de joKf (en vertu du Schol. de la Propos. XXX. part. 3] ; et par oousc* quent (en vertu de la Propos. XII, part. 3), il fait effort, autant qu il est en lui , pour se représenter celte cause de gloire comm<r existant actuellement. Or (par hypothèse) , ce qu'il se représentf exclut précisément cette cause. Par cela même il sera donc auh>ttf (par la Propos. XIX, part. 3). C. Q- F. D.
pROPOii. XLIII. La haine s'augmente quand elle est rMproqw elle peut être détruite par l'amour.