TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS
DÉMONSTR. Celui qui se représente l'objet de sa haine comme le haïssant à son tour, en conçoit par cela seul une nouvelle haine (parla Propos, XL, part. 3), la première continuant de subsister (par hypothèse). Mais s'il se représente au contraire l'objet de sa haine comme ressentant pour lui de l'amour, il se regardera luimême avec joie ( par la Propos. XXX , part. 3) et s'efforcera de plaire à Tautre (par la Propos, XXIX, part. 3), ce qui revient à dire (par la Propos. XL, part. 3) qu'il s'efforcera de ne pas le prendre en haine, et de ne lui causer aucune tristesse; or, cet effort sera plus grand ou plus petit en raison du sentiment dont il provient; et conséquemment, s'il est plus grand que l'effort qui naît de la haine , et tend à causer de la tristesse à Tobjet détesté (par la Propos. XXV f, part, 3), il prévaudra, et détruira la haine dans l'âme qui la ressentait. C. Q. F. D.
Propos. XLIV. La haine qui est œmplétement vaincue par Vamour devient de famour ; et cet amour est plus grand que s'il n'eût pas été précédé par la liaine.
DÉMONSTR. Elle procède de la même manière que celle de la Propos. XXXVIII, part. 3. Celui en effet qui commence à aimer l'objet qu'il haïssait , c'est-à-dire l'objet qu'il apercevait habituellement avec tristesse, se réjouit, par cela seul qu'il aime; et, à cette joie que l'amour enveloppe (voyez la Déf. de l'amour dans le SchoL de la Propos. XIII, part. 3), s'en joint une autre; celle qui résulte de ce que l'effort pour écarter la tristesse , effort que la haine enveloppe toujours (comme on la montré dans la Propos. XXX VU , part. 3), vient à être favorisé ; l'idée de celui que Ton haïssait se joignant en même temps à notre joie, comme cause de cette joie môme. C. Q. F. D.
ScHouE. Quoique les choses se passent de cette façon, personne cependant ne s'efforcera de prendre un objet en haine, c'est-à-dire d'éprouver de la tristesse, pour jouir ensuite d'une joie plus grande; personne, en d'autres termes, ne désirera qu'on lui cause un dommage, dans l'espoir d'en être dédommagé ; ni d'être malade, dans Vespoir de la guérison. Car chacun s'efforce toujours, autant qu'il est en Jui, de conserver son être et d'écarter de lui la tristesse. Que si Ton pouvait concevoir le contraire, je veux dire qu'un homme vînt à désirer de prendre un objet en haine, afin de l'aimer ensuite
davantage , il s'ensuivrait qu'il désirerait donc toujours de le haïr; car plus la haine serait grande, plus grand serait ratnour ; et par conséquent il désirerait toujours que la haine devint de plufc en plus grande: et, à ce compté » un homme s'efforcerait d'être de ptosen plus malade, afin de jouir ensuite d'une joie plus grande à son ré> tablissement, et en conséquence, il s'efifbrcefâii toujout^ d*être ma* lade, ce qui est absurde [par la Propos, Vl, part» 3).
Paoi>ôS. XLV. Nous réàsBHtitonB de lu haine pour un dé nos gemblables^ s'il m a lui-^^ênïê pour un cmtre que nous aimong,
DÂMONSTA. L'objet qu'on âlme, en efibt, hait à son tour celui qui le hait [m tiertu de la Propos. XL, part. 3); et par conséquent Tamant, en songeant qu'une personne a de tn haine pour l'objet aimé, imaginera par cela même l'objet aimé comme sâlfei de hdiné, et pa^ tant, de tristesse (par le Schol dé là Ptopos, Xtîî, pan. 3):
ramaht sera donc attristé [pur ta Ptopoê. XXl, pm, â), 6tt« représentera en môme temps l'idée de t;èlbi qui hait l'objet aimé.
comme étant la cause de sa propre tristëiilë, 6é qui revient à dire [par le 8ohol. de kt Propos. XUt, pd^t â ) qti'il ie h^ra. C. Q. F. D.
PaopdS; XLVL 9i nous mon» été dfféctés d'une imprêêêion df tristesse ou de joie pur une personne d'une dutfe classe oii d*UHê oU' tr» nation que lu nôtre, et si Vidée de œtiê personne^ eou» h nom oomfnun de sb classé oîàdesa nation, accompagné notre îrieteseé m notre joie comme étant la cause méMe qui la produit, nooe ép9mh vPtorn de la haine ou de VarnoUf non^seûlement pour cettépcfêonne. mais encore pow toutes Celles dé sacloése ou de sa nation,
DâMO!fita. La démonstration de cette proposition suit évidem» ment de la Proposa XVI, part. 3.
Propos. XLVII. La joie qui provient de ce que nOuê itnaginom que lobjêt détesté est détruit ou altéré de quelque façon^ n'eêt jamat^ mns mélange de tristesse»
DéMo?fSTa. Cela est évident, pnr là Propos. XXVlI, part. 3, car en tant que nous imaginons qu'un objet qui nous est semblable m dans la tristesse, nous sommes ftOus^nômeS contristés.
8cH0L. Cette proposition se peiit aussi démontrer par le Goroil. de la Propos. XVII, part. 2. Chaque fbis en effet que noua doo« souvenons d'une choM, quoiqu'elle n'existe pas actuellement, nous la considérons comme présenté, et le corps est ftffMé de la ttiéme
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façon que si elle était préâetite en efflsl. G'e§t pôUi^quôi, latit qtill garde mémoire d'une chose qu'il hait, rhomalë eêt déterminé ft la cofilidéfer avec trlgtéâiê ; et Tlmage de 16 ehose coriUnUdnt de sabsliièr^ cette déiermififiidod ei^t étnpéchéè mais tidti détruite par le souvenir dea autrêê ohôseâ qui évoluent rexistetioê de célle^iô ( or, eh tefit qu'elle eut empêehèe, l'homme ne réjouit; et de là viet)t que la Joie qui noua eat causée pat* le malheur d*uh objet déteaté ae répète auaai éouvehl que fïoUs noua souvenoua de iuL Car, comme on l'a déjà dit, lorsque l'image de rebjel détesté v ient à être e^^citée^ comme elle enetiveloppe rexiatehde, elle détermine l'homme â coaaidérer cet objet avec la même Iristeiae qu'il avait eoutume de reaaemir quand elle ejiiâtait réellement. Mais comme il arrive auaai que l'homme joint à l'image de l'objet détesté d'autres ima» ges qui excluent l'eitiatenoe de celle»là ^ cette détermination à la tristesse eat empêchée eu même instant ^ es Thonime se réjouit ^ et cela autant de fbla que le phénomène reperdit. On peut expliquer de la même manière pourquoi lea hommes le réjouiasent chaque foia qu'ils le rappellent les mau je passéa , et pourquoi aussi ils ai«
ment à raconter les périls dont ils sOnt délivrée* Car dèl qu^ils se repréaentent quelque péril , ils rapér^oivent aussitôt comme un péril à venir, et sont ainsi déterminés à le redouter ; mais cette détermination venant â être empêchée par l'idée de la délivrance, qu'ils ont jointe à celle du péni quand ils en ont été déliViél, la sécurité arrive à sa suite, et ils ëOnt de nouveaux réjouis.
Pftot>oB. XLVIIL L'atnour et Ut haine qmj'ûi pour Pierre, par eaèémpki diBpâraitrgnt , si à h iriitêsse qui enveioppe Oelto /tains et à la joie qui enveloppe tet amour m joint Vidée d*uns eame anàtre que Pierre; et cette haine ou cet amour doivent diminuer en tant qUe j'ittiaginê quePierren'a pas ëiéseul came demàtrietesseoudernajoiê,
DéMONsta. Gela résulte évidemment de la seule définition de l'amour et de ia haine (voyez h Sehol de la Ptopos. XÏIt^ partt 9). Car la joie ou la tristesae ne deviennent amour ou haine à l'égard dé Pierre» qu'à dette oondition que Pierre soit conaidéré comme cause de eette tristesse oU de cette joie. Par conséquent, êtes cette con*dition^ ou totalement ou en partie, et la passion dont Pierre était l'objet disparait ou est diminuée par cela même. G. Q. F. D;
Propos. XLIX. Vn» même éau»e doit tiotM faite éprtmmr pmr
un être que nous croyons libre plus df amour ou plus de haine que pour un être nécessité.
DÉMONSTR. Un être que nous croyons libre doit être perçu par soi et indépendamment de toute autre chose (en vertu de la Déf. 7, part, 4). Si donc nous imaginons qu'un tel être nous est une cause de joie ou de tristesse, par cela même (en vertu du SchoL de la Propos, XIII, part, 3), nous l'aimerons ou nous le haïrons, et cela (m vertu de la Propos, précéd.), du plus grand amour ou de la plus grande haine qui puisse provenir de l'impression reçue. Si au contraire nous imaginons l'être qui est la cause de cette impression comme nécessité, alors (par la Déf, VII, part, \) nous croirons qu'il n'en est pas tout seul la cause , mais avec lui beaucoup d'autres êtres, et conséquemment (par la Propos, préced,) nous éprouverons pour lui moins de haine ou d'amour. C. Q. F. D.
ScHOL. Il suit de là que les hommes, dans la persuasion où ils sont de leur liberté, doivent ressentir les uns pour les autres plus d'amour et plus de haine que pour les autres êtres. Joignez à cela la communication des affections, dont il est parlé Propos. XXVII, XXXIV, XL et XLIII, part. 3.
Propos. L. Une chose quelconque peut être, par accident, une cause d* espérance et de crainte.
DÉMONSTR. Cette Proposition se démontre par la môme voie que la Propos. XV, part. 3, à laquelle nous renvoyons, ainsi qu'au Schol. de la Propos. XVllI, part. 3.
* ScHOL. Les choses qui sont, par accident, des causes d'espérance ou de crainte, on les nomme bons ou mauvais présages. Ces présages, en tant qu'ils sont pour nous des causes d'espérance ou de crainte, le sont en même temps de joie ou de tristesse (par les Déf. de Vespérance et de la crainte, quon trouve au SchoL II de la Propos. XVIII, part. 3), et en conséquence (par le CorolL de la Propos, XV, part. 3) nous avons pour eux de l'amour et de la haine, et nous faisons effort (par la Propos, XXVII I, part. 3 soit pour les employer comme moyens d'atteindre l'objet de no$ espérances, soit pour les écarter comme des obstacles et des causes de crainte. En outre, il suit de la Propos. XXV, part. 3, que la constitution naturelle de l'homme est telle qu'il croit facilement ce qu'il espère et difficilement ce qu'il appréhende, et que nos senti*