‹ Œuvres de SpinozaChapitre 72 sur 199 · TROISIÈME PARTIE. — D£S PASSIONS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — D£S PASSIONS

qui en exclue V existence; et par suite (par la Propos. XX, part. 3), il éprouve de la joie : d'où il s'ensuit que par cet endroit il a de Vespérance,

XIV. La sécurité est un sentiment de joie qui" provient de l'idée d'une chose future ou passée sur laquelle toute cause d'incertitude est disparue.

XV. Le désespoir est un sentiment de tristesse qui provient de ridée d'une chose future ou passée sur laquelle toute cause d'incertitude est disparue.

ExPLic. La sécurité naît donc de l'espérance, et le désespoir de la crainte , dès que nous n*avons plus de cause d'incertitude sur Vobjet désiré ou redouté ; et cela arrive quand l'imagination nous fait regarder une chose passée ou future comme présente, ou bien nous représente d'autres objets qui eoccluent l'existence de ceux qui nous causaient de l'incertitude. En effet, bien que nous ne puissions jamais ( par le Coroll. de la Propos. XXXI, part. 2 ) être certains de l'avenir touchant les choses particulières, il peut arriver toutesfois que nous n'en doutions nullement ; car autre chose est ( nous l'avons montré au Schol. de la Propos. XLIX, part. 2) ne pas douter d'une chose et en avoir là certitude ; et il peut arriver, en conséquence, que nous éprouvions à imaginer une chose passée ou future le même sentiment de joie ou de tristesse que nous fait ressentir une chose présente, comme nous V avons démontré dans la Propos. XVIII, part. 3, à laquelle on peut recourir ainsi qu'à son Scholie.

XVI. Le contentement est un sentiment de joie accompagné de ridée d'une chose passée qui est arrivée contre notre espérance.

XVII. Le remords est un sentiment de tristesse accompagné de l'idée d'une chose passée qui est arrivée contre notre espérance.

XVIII. La commisération est un sentiment de tristesse accompagné de l'idée d'un mal qui est survenu à un être que l'imagination nous représente comme semblable à nous. [Voy. le SchoL de la Propos. XXII et le Schol. de la Propos. XXVII, part. 3.)

ExPLic. Entre la commisération et la miséricorde, il ne semble pas qu'il y ait de différence, si ce n'est toutefois que la commisération marque plutôt le sentiment lui-même, et la miséricorde sd manifestation extérieure.

XIX. L'inclination est un senUment d'aniour pour une personne qui fait du bien à une autre.

XX. L'indignation est un sentiment de baine pour une personne qui fait du mal à une autre.

ËxpLic. Je sais que V usage donne à ces mots un autre sens. Mais mon dessein est d'expliquer, non la signification des mots, fnais la nature des choses , et il me suffit de désigner les passions de lame par des noms qui ne s'écartent pas complètement de la signification que leur a donnée l'usage; que le lecteur en soit averti une fois pour toutes. Quant aux deux passions dont je viens de parler^ yen explique la cause dans le Coroll. I de la Propos. XXVII et le Schol. de la Propos. XXII, part. 3.

XXI. L'estime consiste à penser d'une personne plus de bien qu'il ne faut, à cause de l'amour qu'on a pour elle.

XXII. Le mépris consiste à penser d'une personne moins de bien qu'il ne faut, à cause de la baine qu'on a pour elle.

ExPLic. L estime est donc un effet ou une propriété de l'amour, et le mépris a le même rapport avec la haine. On peut donc définir ïesiime : L'estime , c'est l'amour en tant qu'il dispose l'bomme à penser de l'objet aimé plus de bien qu'il ne faut; et le mépris, au contraire, c'est la baine en tant qu'elle dispose l'homme à penser de l'objet haï moins de bien qu'il ne faut. [Voy. sur tout cela le Schol. de la Propos. XXVI, part. 3.)

XXIII. L'envie, c'est la haine, en tant qu'elle dispose l'homme à s'attrister du bonheur d'autrui, et au contraire à se réjouir de son malheur.

ExpLic. A r envie on oppose communément la miséricorde , laquelle peut donc se définir ainsi, en dépit de la signification du mot ;

XXÎV. La miséricorde, c'est l'amour en tant qu'il dispose l'homme à se réjouir du bien d'autrui et à s'attrister de son malheur.

ExPLic. Voyez sur Venvie le Schol. de la Propos. XXIV et le Schol. de la Propos. XXXI l, part. 3. Les diverses affections de joie et de tristesse que je viens de définir sont toutes accompagnées de Vidée d'une chose extérieure , comme cause immédiate ou accidentelle. Je passe maintenant à des affections accompagnées de Vidée d'une chose intérieure comme cause.

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