TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS. 15Ô
vient de ce que Thomme se contemple lui-même et sa puissance d'agir.
XXVI. L'humilité est un sentiment de tristesse qui provient de ce que l'homme contemple son impuissance et sa faiblesse.
ExpLîc. La paioB intérieure s'oppose à Vhumilité, en tant qu*on la définit un sentiment de joie né de la contemplation de notre puissance d'agir; mais en tant qu'on la définit d*une autre manière y savoir ^ un sentiment de joie accompagné de Vidée d'une action que nous croyons avoir faite par une libre décision de Vâme, elle s'oppose alors au repentir que nous définissons de la sorte :
XXVII. Le repentir est un sentiment de tristesse accompagné de l'idée d'une action que nous croyons avoir accomplie par une libre décision de l'âme.
ExpLiG. Nous avons montré les causes de ces deux dernières pas-sions dans le Schol. de la Propos. LI, part. 3, et les Propos, LUI, LÏV, LVf part. 3, et le Schol. de cette dernière. Quant à la liberté des décisions de l'âme, voyez le SchoL de la Propos. XXXV^ part. 2. Mais il faut en outre remarquer ici qu'il n'est nullement surpre-^ nant que la tristesse accompagne tous les actes qu'an a coutume d'appeler mauvais, et la joie tous ceux qu'on nomme bons. On conçoit en effet par ce qui précède que tout cela dépend surtout de Véduoation. Les parents, en blâmant certaines actions et répriman-dont souvent leurs enfants pour les avoir commises, et au contraire en louant et en conseillant d'autres actions, ont si bim fait que la tristesse accompagne toujours celle»-là et la joie toujours celles-ci. L'ecDpérienoe confirme cette explication. La coutume et la religion ne sont pas les mêmes pour tous les Jiommes : ce qui est sacré pour les uns est profane pour les autres, et les choses honnêtes chez un peuple sont honteuses ehe% un autre peuple. Chacun se repent donc ou se glorifie d'une aotion suivant l'éducation qu'il a reçue.
XXVni. L'orgueil consiste à penser de soi, par amour de soi^ même, plus de bien qu'il ne faut.
ExpLic. L'orgueil diffère donc de Vestime, l'estime se rapportant à une personne étrangère, et l'orgueil à la personne même qui pense de soi pltis de bim qu'il ne faut. Du reste, de même que l'estime est un effet ou une propriété de l'amour qu'on a pour autrui, l'orgueil est un effet de l'amour qu'on a pour soi-même. On peut donc défi-
XIX. L'inclination est un sentiment d'amour pour une personne qui fait du bien à une autre.
XX. L'indignation est un sentiment de haine pour une personne qui fait du mal à une autre.
ËxPLic. Je sais que l'usage donne à ces mots un autre sens. Mais mon dessein est d'expliquer, non la signification des mots, fnais la nature des choses , et il me suffit de désigner les passions de Vâtm par des noms qui ne s'écartent pas complètement de la signification que leur a donnée l'usage; que le lecteur en soit averti une fois pour toutes. Quant aux deux passions dont je viens de parler^ j'en explique la cause dans le Coroll. I de la Propos. XX VU et le Schol. de la Propos. XXII, part. 3.
XXL L'estime consiste à penser d'une personne plus de bien qu'il ne faut, à cause de l'amour qu'on a pour elle.
XXIL Le mépris consiste à penser d'une personne moins de bien qu'il ne faut, à cause de la baine qu'on a pour elle.
ËxpLic. L'estime est donc un effet ou une propriété de V amour, et le mépris a le même rapport avec la haine. On peut donc définir Veslime : L'estime , c'est l'amour en tant qu'il dispose l'bomme à penser de l'objet aimé plus de bien qu'il ne faut ; et le mépris, au contraire^ c'est la haine en tant qu'elle dispose l'homme à penser de l'objet haï moins de bien qu'il ne faut. {Voy. sur tout cela le Schol. de la Propos, XXVI, part. 3.)
XXIII. L'envie, c'est la haine, en tant qu'elle dispose l'homme à s'attrister du bonheur d'autrui, et au contraire à se réjouir de son malheur.
ExpLic. A l'envie on oppose communément la miséricorde , ^quelle peut donc se définir ainsi, en dépit de la signification du mot :
XXÏV. La miséricorde, c'est l'amour en tant qu'il dispose l'homme ù se réjouir du bien d'autrui et à s'attrister de son malheur.
£xi>Lic. Voyez sur l'envie le Schol. de la Propos. XXIV et le Schol. de la Propos. XXXII, part. 3. Les diverses affections de joie et de tristesse que je viens de définir sont toutes accompagnées de l'idée d'une chose extérieure , comme cause immédiate ou oreidentelle. Je passe maintenant à des affections accompagnées de l'idée d'une chose intérieure comme cause.