‹ Œuvres de SpinozaChapitre 75 sur 199 · TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS

vient de ce que Thomme se contemple lui-môme et sa puissance d'agir.

XXVI. L'humilité est un sentiment de tristesse qui provient de ce que l'homme contemple son impuissance et sa faiblesse.

ExpLic. La paix intérieure s'oppose à Vhumilité, en tant qu*(m la définit un sentiment de joie né de la contemplation de notre puissance d'agir; mais en tant qu'on la définit d'une autre manière, savoir, un sentiment de joie accompagné de Vidée d'une action que nous croyons avoir faite par une libre décision de Vâme, elle s'oppose alors au repentir que nous définissons de la sorte :

XXVII. Le repentir est un sentiment de tristesse accompagné de ridée d'une action que nous croyons avoir accomplie par une libre décision de l'âme.

ExpLic. Nous avons montré les causes de ces deux dernières passions dans le Schol, de la Propos. LI, part. 3, et les Propos, LUI, LIV, L V, part. 3, et le Schol. de cette dernière. Quant à la liberté des décisions de l'âme, voyez le SchoL de la Propos, XXXV, part. 2. Mais il faut en outre remarquer ici qu'il n'est nullement surpre-nant que la tristesse accompagrie tous les actes qu'an a coutume d'appeler mauvais, et la joie tous ceux qu'on nomme bons. On conçoit en effet par ce qui précède que tout cela dépend surtout de l'éducation. Les parents, en blâmant certaines actions et répriman-dont souvent leurs enfants pour les avoir commises, et au contraire en louant et en conseillant d'autres actions, ont si bien fait que la tristesse accompagne toujours celles-là et la joie toujours celles-ci. L'expérience confirme cette explication, La coutume et la religion ne sont pas les mêmes pour tous les Jummes : ce qui est sacré pour les uns est profane potM' les autres, et les choses honnêtes chez un peuple sont honteuses chez un autre peuple. Chacun se repent donc ou se glorifie d'une action suivant l'éducation qu'il a reçue,

XXVIII. L'orgueil consiste à penser de soi, par amour de soimême, plus de bien qu'il ne faut.

ExPLiG. L'orgueil diffère donc de V estime, V estime se rapportant à une personne étrangère, et l'orgueil à la personne même qui pense de soi plus de bien qu'il ne faut. Du reste, de même que l'estime est un effet ou une propriété de l'amour qu'on a pour autrui, l'orgueil est un effet de Vamour qu'on a pour soi-même. On peut donc défi-

nir r orgueil : l'amour de soi-même ou la paix intérieure, en tant qu'elle dispose Thomme à penser de soi plus de bien qu'il ne faut (voyez le Schol. de la Propos, XXVI, part. 3). Cette passion n'a pas de contraire; car personne, par haine de soi, ne pense de soi moins de bien quil ne faut. Bien plus, il n* arrive à personne , en pensant quelle ne peut faire telle ou telle chose , de penser de soi moins de bien quil ne faut. Car toutes les fois que r homme s'imagine qu'il est incapable de faire une chose, il est né^ cessaire qu'il se l imagine, et cela même le dispose de telle façon qu'il est effectivement incapable de la chose qu'il imagine. Et en effet, tant qu'il s'imagine qu'il ne peut faire une certaine chose, H n'est point déterminé à agir, et conséquemment il est impossible qu'il fasse la chose en question. Et toutefois , si nous considérons les choses qui dépendent uniquement de l'opinion, il nous sera possible de concevoir comment il arrive qu'un homme pense de soi moins de bien quil ne faut. Un homme, en effet, qui contemple avec tristesse sa propre -impuissance, peut s'imaginer qu'il est l'objet du mépris universel, tandis que personne ne songe à le mépriser. — Un autre sera disposé à penser de soi moins de bien qu'il ne faut, s'il vient à nier présentement de soi-même quelque chose qui a en même temps une relation avec un avenir incertain, par exemple, s'il considère qu'il lui est impossible de rien concevoir avec certitude, de former d'autres désirs et' d'accomplir d'autres actes que d^ actes et des 'désirs mauvais et honteux, etc. Enfin, tums pouvons dire qu'un homme pense de soi moins de bien qu'il ne faut qtàand nous le voyons par une fausse honte ne pas oser de certaines choses que ses égaux n'hésitent pas à entreprendre. Nous pouvons donc opposer à l'orgueil la passion que je viens de décrire, et à laquelle je donnerai le nom d'abjection ; car, comme l'orgueil naft de la paix intérieure, de l'humilité nait l'abjection, et je la définis en conséquence *

XXIX. L'abjection consiste à penser de soi moins de bien qu'il ne faut sous l'impression de la tristesse.

ExPLic. Nous opposons d'ordinaire l'humilité à Vorgueil ; cest qu'alors nous avons plus d'égard aux effets de ces deux passions qu'à letir nature. Nous appelons orgueilleux, en effet, celui qui se glorifie à r excès (voir le Schol. de la Propos. XXX, part. 3), qui ne parlf

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