TROISIÈME PARTIE. — DES PASSIONS
de soi que pour eoDalter sa vertu, et des autres que pour dire leurs vices ; qui veut être mis au-dessus de tous^ enfin 'qui prend la démarche et étale la magnificence des personnes placées fort au-dessus de lui. Nous appelons humble, au contraire, celui qui rougit souvent, qui convient de ses défauts et célèbre les vertus des autres, qui se met au-dessous de tout le monde, celui enfin dont la démarche est modeste et la mise sans aucun ornement. Du reste, ces deux passions de Vabjection et de V humilité sont extrêmement rares : car la nature hu^ maine, considérée en elle-même, fait effort, en tant quHl est en elle, contre de telles passions (voyez les Propos. XV et LIV, part. 3) ; et c'est pour cela que les hommes qui passent pour les plus humbles sont la plupart du temps les plus ambitieux et les plus envieux de tous,
XXX. La vanité est un sentiment de joie accompagné de l'idée d*une action que nous croyons l'objet des louanges d'autrui.
XXXI. La honte est un sentiment de tristesse accompagné de ridée d'une de nos actions que nous croyons l'objet du blâme d'autrui.
ExPLic. Voyez sur ces deux passions le Schol. de la Propos, XXX, part. 3. Mais je dois faire remarquer ici une différence entre la honte et la pudeur: car la honte est un sentiment de tristesse qui suit Vaction dont on a Iwntel La pudeur est cette crainte de la honte qui retient un homme et Vempêche de commettre une action Aonteuse, A la pu4eur on oppose d* ordinaire r impudence, qui n'est véritablement pas une passion, comme je le montrerai en son lieu ; mais, ainsi que j'en ai déjà prévenu le lecteur, les noms des passions marquent moins leur nature que leur usage.
fai épuisé la définition de toutes les passions qui naissent de la joie et de la tristesse. Je passe à celles que je rattache au désir.
XXXII. Le regret, c'est le désir ou l'appétit de la possession d'une chose , lequel est entretenu par le souvenir de cette chose et en même temps empêché par le souvenir de choses différentes qui excluent l'existence^ de celle-là.
ExpLic. Quand nous nous souvenons d'un certain objet, nous sommes disposés par cela même, comme je l'ai déjà dit plusieurs fois, à éprouvt^r en y pensant la même passion que s il était présent. Mais cette disposition, cet effort, est le plus souvent empêché pendant la
veille p(tr len images d'autres objets qui exclw^t Pexhteneê de celui-là. Lors donc que notts venons à nous rappeler un oftjet qvi nous a affectés d'une impression de tristesse, nous faisons effort par cela même pour éprouver , en le considérant ewnme préêmU , eetté même impression qu'il nous a causée. C'est poutquoi le regret n'est véritablement autre chose que cette tristesêe, qu'on peut opposer à la joie qui naU de l'absence d*une chose détestée (voyez sur celte joie le Scfaol. de la Propos. KLVII, part. 3). Mais comme le ntoi r^fret sembk se rapporter au désir ^ j'ai cru devoir Vy rattacher dans mes définitions.
XKXIII. L'émulation est le désir d'un certain objet, lequel se forme en nous quand nous imaginons ce même désir dans les autres.
ExpLic. Celui qui prend la fuite parce qu'il voit fuir les auhm, ou qui éprouve de la crainte parce qu'il est témoin de la crainte d'autrui ; celui qui en présence d'un homme dont la main êe krùle retire vivement sa main et la serre contre lui^némSi et éomu à son corps le même mouvement que si sa main brûlait en effet, on dira de lui qu'il imite les passions d'une autre personne, et nom qu'il en est l'émule. Ce n'est pas que l'on attribue rimiiation à une certaine cause et l'émulation à une cause différente : c'est sêulsmmt que Vusage a voulu qu'on réservât le nom d'émulation pour l« eat où nous imitons ce qui est réputé honnête t utile ou agréaUe, Du restêf voyez sur la cause de Vémuiation Ut Preposi XXVii, pmrL 3, avec son Schol. fai aussi eoDpUqué dans h Propos. XXXil, part. 3, et dans son Sehol., pourquoi Cenvie ss joint le plus souvent à erite passion.
XXXIV. La reconnaisBance ou gratitude est ce désir ou œ moa^ vement d'amour par lequel nous nous efforçons de faire du bien à celui qu'un même sentiment d'amour a porté à nous en faire. (Voy. la Propos. XXXIX et le Schol. de la Propos XU, part. 3.)
XXXV. La bienveillance est le désir de faire du bien à celui qui nous inspire de la pitié. (Voy. le Schol. de la Propos. XXVIi^ part. 3.)
XXXVI. La colère est le désir qui nous excite é faire du mal à celui que notis haïaaons. [Voy. le Sehol. de la Propos. XXXiX.)
XXXVII. La vengeance est ce désir qui nous excite par une haine réclpraque à ftiire du mal à celui qui nous a cauaé quelque