QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE
Quant à cette pensée du vulgaire, que la nature est quelquerois en défaut, qu'elle manque son ouvrage et produit des choses imparfaites , je la mets au nombre de ces chimères dont j'ai traité dans l'Appendice de la première partie. Ainsi donc la perfection et l'imperfection ne sont véritablement que des façons de penser, des notions que nous sommes accoutumés à nous faire en comparant les uns aux autres les individus d'une même espèce ou d'un même genre, et c'est pour cela que j'ai dit plus haut (Déf. VI, part, t) que réalité et perfection étaient pour moi la même choso. Nous sommes habitués en effet à rapporter tous les individus de la nature à un seul genre auquel on donne le nom de généralissime, savoir , la notion de l'être qui embrasse d'une manière absolue tous les individus de la nature. Quand donc nous rapportons les individus de la nature à ce genre unique , et qu'en lies comparant les uns aux autres nous reconnaissons que ceux-ci ont plus d'entité ou de réalité que ceux-là , nous disons qu'ils ont plus de per-^ fection; et quand nous attribuons à certains individus quelque chose qui implique une négation, comme une limite, un terme, une certaine impuissance, etc., nous les appelons imparfaits, par cett6 seule raison qu'ils n'affectent pas notre âme de la même manière que ceux que nous nommons parfaits ; et ce n'est point à dite pour cela qu'il leur manque «luelque chose qui soit compris dans leur nature, ou que la nature ait manqué son ouvrage. Rien en effet ne convient à la nature d'une chose que ce qui résulte nécessairement de. la nature de sa cause efficiente , et tout co qui résulte nécessairement de la nature d'une cause efficiente se produit nécessairement. \
Le bien et le mal ne marquent non plus rien de positif dans les choses considérées en elles-mêmes, et ne sont autre chose que des façons de penser, ou des notions que nous formons par la comparaison des choses. Une seule et même chose en effet peut en même temps être bonne ou mauvaise ou môme indifférente. La musique, par exemple, est bonne pour un mélancolique qui se lamente sur ses maux. Pour un sourd, elle n'est ni bonne ni mauvaise. Mais, bien qu'il en soit ainsi , ces mots de bien et de mal , nous devons les conserver. Désirant en effet nous former de l'homme une idée qui soit comme un modèle que nous puissions contempler,
q.ic celles de lieu, passé une certaine limite : en d'autres termes, de même que des objets éloignés de nous de plus de deux ceiil> pieds, c'est-à-dire dont la distance, par rapport au lieu où nous sommes, excède celle que nous nous représentons distinctement , nous semblent également éloignés, de façon que nous les imaginons d'ordinaire comme situés à la même place ; ainsi , quand nous venons à nous représenter des objets dont l'existence dans le temps est séparée du moment présent par un intervalle plus long que ceux que nous sommes habitués à imaginer, nous nous représentons tous ces objets comme également éloignés du présent et nous les rapportons en quelque sorte à un seul moment du teipps.
VU. La fm pour laquelle nous feisons une action, c'est pour moi l'appétit.
Vin. Vertu et puissance, à mes yeux, c'est tout un ; en d'autres termes (par la Propos* VU; part, 3), la vertu » c'est Tessenoe même ou la nature de l'homme, en tant qu'il a la puissance de faire certaines choses qui se peuvent concevoir par les seules lois de sa nature elle-même.
AXIOME
II n'existe dans la nature aucune chose pàrllculièfe qui n'âil audessus d'elle une autre chose plus puissante el plus forte. De sorte que, une chose particulière étâiil donnée, une autre plus puissante est. également donnée, laquelle peut détruire la première.
PROPOSITIONS
Propos. I. Rien de ce qu'une idée fausse contient de positif n'est détruit par la présence du vrai, en tant que vrai.
DÉMONSTR. L'erreur consiste dans la seule privation de connaissance qu'enveloppent les idées inadéquates (par la Propos. XXXV j part. 2] , et il n'y a rien de positif dans ces idées qui les fasse appeler fausses ( par la Propos. XXXIII, part. 2;. Tout au contraire, en tant qu'elles se rapportent à Dieu, elles sont vraies [par la Propos. XXXII, part. 2). Si donc ce qu'une idée fausse a de positif était détruit par la présence du vrai, en tant que vrai, il faudrait donc qu'une idée vraie se détruisît elle-même, ce qui est absurde (par la Propos. IV, part. 3). Donc, rien de ce qu'une idée fausse, etc. C. Q. F. D.
ScHOL. Cette proposition se conçoit plus clairement encore par le Coroll. II de la Propos. XVI, part. 2. Car une image, c'est une idée qui marque la constitution présente du corps humain bien plus que la nature des corps extérieurs ; et cela non pas d'une manière distincte, mais avec confusion. Voilà l'origine de l'erreur. Lorsque, par exemple, nous regardons le soleil, notre imagination nous dit qu'il est éloigné de nous de deux cents pieds environ; et celte (*rreur persiste en nous tant que nous ignorons la véritable distance de la terre au soleil. Cette distance connue détruit Terreur mais elle ne détruit pas l'image que se forment nos sens, c'est-à-<!irr cette idée du soleil qui n'en exprime la nature que relativement ;i rafTection de notre corps; de telle sorte que tout en connaissant fort bien la vraie dislance qui nous sépare du soleil, nous continuons à l'imaginer près de nous. Ce n'est pas en effet, ainsi que nous Tavons dit dans le Schol. de la Propos. XXXV, part. 2, parre