‹ Œuvres de SpinozaChapitre 82 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE

que nous ignorons la vraie distance où nous sommes du soleil, que nous rimaginons près de nous; c'est parce que Tâme ne conçoit la grandeur du soleil qu'en tant que le corps en est affecté. Ainsi, quand les rayons du soleil, tombant sur la surface de l'eau se réfléchissent vers nos yeux , nous nous représentons le soleil comme s'il était dans Teau , bien que nous sachions le lieu véritable qu'il occupe. Et de même , toutes les autres images qui trompent notre âme, soit qu'elles marquent la constitution naturelle de notre corps, soit qu'elles indiquent l'augmentation ou la diminution de sa puissance d'agir, ne sont jamais contraires à la vérité, et ne s'évanouissent pas à sa présence. Du reste , s'il arrive quand nous sommes sous l'empire d'une fausse crainte que des nouvelles vraies que nous recevons la fassent évanouir ; il arrive aussi quand nous redoutons un mal qui doit certainement arriver, que de fausses nouvelles dissipent nos appréhensions. Et, par conséquent, ce n'est pas la présence du vrai , en tant que vrai , qui détruit les impressions de l'imagination ; ce sont des impressions plus fortes, qui, de leur nature , excluent l'existence des choses que l'imagination nous représentait , comme nous l'avons montré dans la Propos. XYTI , part. 2.

Propos. II. Nous pâtissons en tant seulement que nous sommes une partie de la nature , laquelle partie ne se peut concevoir indé-pendamment des autres.

DÉMONSTR. On dit que nous pâtissons, quand il survient en nous quelque chose dont nous ne sommes la cause que partiellement (par la Déf. II, part. 3); en d'autres termes (par la Déf, /, part, 3]^ quelque chose qui ne se peut déduire des seules lois de notre nature. Nous pâtissons donc en tant que nous sommes une partie de la nature, laquelle ne peut se concevoir indépendamment des autres.

Propos. III. La force, par laquelle l'homme persévère dans V existence, est limitée, et la puissance des causes extérieures la surpasse infiniment.

DÉMONSTR. Cela résulte évidemment de l'axiome qui précède. Car rhomme étant donné, quelque chose de plus puissant est aussi donné ; appelons-le A ; A lui-même étant donné, quelque chose de plus puissant, B. est aussi donné, et de même à Tinfini; consé-

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qtiommcnt, la pm^.sancc de Ttioinmc est limitée par la piiisstancc crime antre chose, et elle est infiniment surpassée par la puissance do» cau-ps extérieures. C. Q. F. D.

Pnopoë. IV. // est impossible que rhomme ne soit pas une partie de la nature , et qu'il ne puisse souffrir d'autres changements que ceux qui se peuvent concevoir par sa seule nature et dont il e$t la cause adéquate.

Dkmonstr. La puissance par laquelle les choses particulières, et parlant l'homme, conservent leur être, c'est la puissance même (le Dieu ou de la nature [par le Coroll. de la Propos. XXfy, part. 2), non pas en tant qu'infinie, mais en lant qu'elle se peut expliquer par l'essence actuelle de l'homme (en vertu de la Pro^ pos. VU, part. 3). Ainsi donc, la puissance de l'homme, en tant qu'on l'explique par son essence actuelle, est une partie de la puissance infinie, c'est-à-dire [par la Propos. XXXIV, part, h ' de l'essence de Dieu ou de la nature. Voilà le premier point. Kn second lieu , si l'homme ne pouvait souffrir d'autres changements que ceux qui se peuvent concevoir par la nature même de l'homme, il s'ensuivrait [par les Propos: IV et VI, part. 3) qu'il ne pourrait périr et qu'il devrait exister toujours; et cela devrait résulter d*uno cause soit finie, soit Infinie, c'est à savoir, ou bien de la seule puissance de l'homme qui serait capable d'écarter de soi tous le» chnngemenls dont le principe est dans les causes extérieure!», ou bien de la puissance infinie de la nature , qui dirigerait de telle ra(;on toutes les choses particulières que l'homme ne pourrait souffrir d'autres changements que ceux qui servent à sa conservation. Or, la première supposition est absurde [par la Propos, préeéd., dont la démonstration est universelle et se jteut appliquer à tnutes hs choses particulières) ; si donc l'homme ne pouvait souffrir d'autre* changements que ceux qui se peuvent concevoir par sa seule nature, et s'il était conséquemment nécessaire [comme on vient de le faire voir) qu'il existât toujours, cela devrait résulter de la puissance infinie do Dieu; et par suite [en vertu de la Propos. XVI, part. 4^, de la nécessité de la nature divine, en tant qu'elle est affectée de l'idée d'tm certain homme, devrait se déduire l'ordre de toute la nature, en tant qu'elle est conçue sous les attributs de l'étendue K du la |)ensée; d'où il s'ensuivrait (par la Propos. XXI, part, i

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