‹ Œuvres de SpinozaChapitre 86 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE

mal, et partant ( par la Propos. VU, part, 4] ils peuvent étouffer ou empêcher ce désir. C. Q. F. D.

Propos. XVL Le désir qui provient de la connaissance du bien et du mal, en tant que cette connaissance regarde l'avenir, peut facilement être étouffé ou empêché par le désir des choses présentes qui ont pour nous de la douceur.

DÉMONSTR. Notre passion pour une chose que nous imaginons comme future est plus faible que pour une chose présente [par le CorolL de la Propos, IX, part. i). Or, le désir qui provient de la connaissance vraie du bien et du mal, quoique cette connaissance porte sur des choses présentes qui nous sont agréables , peut être chassé ou empêché par quelque désir téméraire [en vertu de la Propos. précéd.,dont la démonstration est universelle). Donc, le désir qui naît de cette même connaissance, en tant qu'elle regarde Tuvenir, peut aisément être étouffé ou empêché, etc. C. Q. F. D.

Propos. XVIL Le désir qui provient de la connaissance vraie du bien et du mal, en tant qu'elle porte sur des choses contingentes, peut pins facilement encore être empêché par le désir des choses présenter.

Dkmonstr. Cette proposition se démontre de la même manière que la Propos, précédente, par leCoroll. de la Propos. XII, part. i.

ScHOL. Je crois avoir expliqué par ce qui précède pourquoi les hommes sont plus touchés par l'opinion que par la raison, pourquoi la connaissance vraie du bien et du mal ébranle notre àme, et pourquoi enfin elle cède souvent à toute espèce de passion mauvaise. C'est ce qui fait dire au poète : Je vois le meilleur, je lapprouve, et je fais le pire. Et la même pensée semble animer l'Ecclésiaste quand il dit : Qui augmente sa science , augmente ses dou^ leurs. Je ne prétends point conclure de là qu'il soit préférable d'ignorer que de savoir, ni que l'homme intelligent et l'homme stupide soient également capables de modérer leurs passions. Je veux seulement faire comprendre qu'il est nécessaire de connaître l'impuissance de notre nature aussi bien que sa puissance, desavoir ce que la raison peut faire pour modérer les passions, et ce qu'elle ne peut pas faire. Qt, dans cette quatrième partie, je ne traite que de l'impuissance de Thomme, voulant traiter ailleurs de la puissance de l'homme sur ses passions.

Ig0 ÉTHIQUE.

Pbopos. XVIII. Le désir qui provient de la joie est plw fort, toutes choses égales d'ailleurs , que le désir qui provient de /a tristesse,

DÉMONSTB. Le désir eât Tessence même de l'homme (par la Déf. I des pass,)^ c'est-à-dire (en vertu de la Propos. VII, part, 3) Teffort par lequel l'homme tend à persévérer dans son être. C'est pourquoi le désir qui provient de la joie est favorisé ou augmenté par cette passion même [en vertu de la Déf. de la joie, qu'on peut voir dans le Schol. de la Propos. XI ^ part. 3). Au contraire, le désir qui nait de la tristesse est diminué ou empêché par cette passion même [en vertu du même SchoL)\ et par conséquent la force du désir qui nait de la joie doit être mesurée tout ensemble par la puissance de l'homme et par celle de la cause extérieure dont il est affecté; au lieu que la force du désir qui nait de la tristesse doit l'être seulement par la puissance de l'homme; d'où il suit que celui-là est plus fort que celui-ci. C. Q. F. D.

ScHOL. Par ce petit nombre de propositions qu'on vient de lire, j'ai expliqué les causes de l'impuissance et de Tinconstance humaines , et je crois avoir fait comprendre pourquoi les hommes n'observent pas les préceptes de la raison. Il me reste à montrer la nature de ces préceptes, et à exposer quelles sont les passions qui sont conformes aux règles de la raison , et celles qui leur sont contraires. Mais avant de faire cette exposition avec la prolixité de la méthode géométrique, je dirai d'abord très-brièvement en quoi consistent les commandements de la raison ; de cette façon, chacun comprendra ensuite plus aisément quelle est ma doctrine. La raison ne demande rien de coniraire à la nature; elle aussi demande à chaque homme de s'aimer soi-même , de chercher ce qui lui est utile véritablement , de désirer tout ce qui le conduit réellement à une perfection plus grande, enfin, de faire effort pour conserver son être autant qu'il est en lui. Et ce que je dis là est aussi nécessairement vrai qu'il est vrai que le tout est plus grand que sa partie [voyez Propos. IV, part. 3). Maintenant, la vertu ne consistant pour chacun en autre chose [parla Déf. VIII, part. 4) qu'à vivre selon les lois de sa nature propre, et personne ne s'efforçant de se conserver ( par la Propos. VII, part. 3 ) que d'après les lois de sa nature, il suit de là : premièrement, que le fondement

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