QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE. ti
son existence présente; d*uu autre côté, en tant que nous imogî* nons ce même objet comme possible dans Tavenir, nous imaginons certaines choses qui posent son existence (par la Déf, IV, part, 4] ,. c^est-à'-dire (par la Propos» XV [II, part, 3) qui alimente dans notre âme Tespérance ou la crainte; d'où il suit que notre passion pour un objet possible est plus forte. C. Q. F. D.
CoROLL. Notre passion pour une chose que nous savons ne pas exister présentement, et que nous imaginons comme contingente, est beaucoup plus faible que si nous imaginions la chose comme nous étant présente.
DéMONSTR. Notre passion pour un objet que nous imaginons comme présent est plus forte que si nous l'imaginions comme futur (par te Coroll. de la Propos, IX, part, 4) , et elle est d'autant plu^ énergique que nous imaginons Tintervalle qui la sépare du présent comme plus petit (par la Propos, X, part, 4). Par conséquent, notre passion pour une chose que nous imaginons dans un avenir lointain est beaucoup plus faible que si nous Timaginions dans le présent, et cependant (par la Propos, précéd.) elle est plus forte que si nous rimaginions comme contingente ; dé telle façon que notre passion pqur une chose contingente est beaucoup plus faible que si nous rimaginions comme nous étant présente. C. Q. F. D.
Propos. XIII. Notre poAsion pour un objet contingent que nous savons ne pas exister présentement est plus faible, toutes ckoms égales d'ailleurs, que notre passion pour un objet passé.
DÉMONSTR. En tant que nous imaginons une chose comme contingente, nous ne sommes affectés de Timage d'aucune autre chose qui pose l'existence de celle-là (par la Déf, III, part, 4); au contraire (par hypothèse) , nous imaginons certaines choses qui excluent Texistence de la chose contingente dont il s'agit. Mais en tant que nous imaginons un objet en relation avec le passé , par là même nous devons imaginer quelque chose qui rappelle cet objet à notre mémoire, c'est-à-dire qui suscite Timage de cet objet (voyez la Propos, XVIII, part. 2 , et son Schol.) et nous le ftisse contempler comme présent (par le CorolL de la Propos. XVII, part. 2). Ainsi donc (par la Propos, IX, part, 4) , notre passion pour un objet contingent que nous savons ne pas exister présentement est plus
faible, toutes choses égales d'ailleurs, que notre passion pour un objet passé. C. Q. F. D. '
Propos. XIV. La vraie connaissance du bien et du mal, en tant que vraie, ne peut empêcher aucune passion; elle ne le peut qum tant qu'on la considère comme une passion,
DÉMONSTR. Une passion, c*est (d*'après la liéf, gén. des pass.) une idée par laquelle Tâme affirme que son corps a une force d'exister plus grande ou plus petite qu'auparavant, et conséquemment (par la Propos. I, part. 4) rien de positif ne peut être détruit en elle par la présence du vrai ; d'où il suit que la vraie connaissance du bien et du mal, en tant que vraie, ne peut empêcher aucune passion. Mais en tant que cette connaissance est une passion [voyez la Propos. VllI, part. 4), si elle est plus forte qu'une passion contraire, elle pourra l'empêcher, et ne le pourra d'ailleurs qu'à ce seul titre [par la Propos. Vil, part. 4). C. Q. F. D.
Propos. XY . Le désir qui naît de la connaissance vraie du bien et du mal peut être détruit ou empêché par beaucoup d'autres dhin qui naissent des passions dont notre âme est agitée en sens divers.
DÉMONSTR. De la connaissance vraie du bien et du mal , en tant qu'elle est une passion [par la Propos. VIII, part. 4),* provient nécessairement un désir ( par la Déf. I des passions) , lequel est d'autant plus fort que la passion d'où il provient est elle-même plus forte [par la Propos. XXXVII, part. 3) ; mais comme ce désir ( par hypothèse) naît de ce que nous avons une connaissance vraie, il s'ensuit qu'il est en nous , en tant que nous agissons ( par la Propos. III, part. 3), «t partant qu'il doit être conçu par notre seule assence [en vertu de la Déf. II, part. 3), et que sa force et son accroissement doivent se mesurer par la seule puissance de Thomme [Propos. VII, p. 3). Or, les désirs qui naissent des passions qui a^ tent notre âme en sens divers sont d'autant plus forts que ces passions ont plus d'énergie, et par conséquent leur force et leur accroissement ( en vertu de la Propos. V, part. 4) doivent se mesurer par la puissance des causes extérieures, laquelle^ si on la compare à la nôtre, la surpasse indéfiniment [par la Propos. III, part. 4) ; et ainsi donc les désirs qui naissent de passions semblables peuvent Mtp plus forts que celui qui nait de la connaissance vraie du bien et du