‹ Œuvres de SpinozaChapitre 88 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE. m · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE. m

de la vertu, c'est cet effort même que fait l'homme pour conserver soo être, et que le bonheur consiste à pouvoir le conserver en effet ; secondement, que la vertu doit être désirée pour elle-même, et non pour autre chose, car il n'en est pas de préférable pour nous, ou de plus utile ; troisièmement , enfin , que ceux qui se donnent ù eux-mêmes la mort sont des impuissants, vaincus par des causes extérieures en désaccord avec leur nature. Il résulte, en outre, du Postulat IV de la part* 2, qu'il nous est à jamais impossible de faire que nous n'ayons besoin d'aucune chose extérieure pour con« server notre être, et que nous puissions vivre sans aucun commerce avec les objets étrangers. Si môme nous regardons attentivement notre âme, nous verrons que notre entendement serait moins pai^ fait si l'âme était isolée et no comprenait rien que soi-même. Il y a donc hors de nous beaucoup de choses qui nous sont utiles, et par conséquent désirables. Entre c«s choses, on n'en peut concevoir de meilleures que celles qui ont de la convenance avec notre na-« ture. Car si deux individus de ihéme nature viennent à se joindre, ils composont par leur union un individu deux fois plus puissant que chacun d'eux en particulier : c'est pourquoi rien n'est plus utile a riiomme que l'homme lui-même. Les hommes ne peuvent rien souhaiter de mieux, pour la conservation de leur être, que cet amour de tous en toutes choses, qui fait que toutes les âmes et tous les corps no forment, pour ainsi dire, qu'une seule âme et un seul corps; de telle façon que tous s'efforcent, autant qu'il est en eux, de conserver leur propre être ot, en même temps, de chercher ce qui peut être utile à tous ; d'où il suit que les hommes que la raison gouverne, c'est-à-dire les hommes qui cherchent ce qui leur est utile, selon les conseils de la raison, ne désirent rien pour euxmêmes qu'ils ne désirent également pour tous les autres, et sont, par conséquent, des hommes justes, probes et honnêtes. Voilà les commandements de la raison que je m'étais proposé de faire connaître ici en peu de mots, avant de les exposer d'une manière plus étendue. Mon dessein était en cela de me concilier l'attention de ceux qui pensent que ce principe, chacun est tenu de chercher ce qui lui est utile, est un principe d^impiété, et non la base de la piété et de la vertu. Maintenant que j'ai rapidement montré que la chose n'e«t point comme ces personnes le supposent, je vais

exposer ma doctrine suivant la même méthode que j*ai pratiquée jusqu'à ce moment.

Propos. XIX. Chacun désire ou repousse nécessairemerU, d'aprtu les lois de sa nature, ce qu*il juge bon ou mauvais.

DÉMONSTR. La connaissance de ce qui est bon ou mauvais, c't^t la passion môme de la joie ou de la tristesse, en tant que nous en avons conscience (par la Propos. VlIIy pari. 4); et conséquemment [par la Propos. XXVJJIy part. 3), chacun désire nécessairement ce qu'il juge bon , et repousse au contraire ce qu'il jujîe mauvais. Or, ce désir ou appétit, ce n'est autre chose que l'essenre même de l'homme ou sa nature (par la Déf, de Vappétit, qu'tm trouvera dans le Schol. de la Propos. IX, part. 3, et dans la Déf. f dn pass.). Donc chacun, par les seules lois de sa nature, désire ou repoussé, etc. C. Q. F. D.

Propos. XX. Plus chacun s'efforce et plus il est capable de chercher ce qui lui est utile y c^est-à^ire de conserver son être, plus il a de vertu; au contraire, en tant qu'il néglige de conserver ce qui lui est utile, c'est-à'-dire son être, il marque son impuissance.

DÉMONSTR. La vertu ^ c'est la puissance de l'homme elle-m^me, laquelle (en vertu de la Déf. VIII , part. 4) se définit par la seule essence de l'homme, c'est-à-dire (en vertu de la Propos. VII, pari. 3 par ce seul effort qui fait l'homme pour persévérer dans son être. Plus, par conséquent, chacun s'efforce, et plus il est capable de conserver son être, plus il a de vertu , et par une suite nécessaire [en vertu des Propos. IV et VI, part. 3), en tant qu'il néglige de conserver son être, il marque son impuissance. C. Q. F. D.

Schol. Personne ne cesse donc de désirer ce qui lui est utile , et ne néglige la conservation de son être que vaincu par les causes extérieures qui sont contraires à sa nature. Personne n'est donc déterminé par la nécessité de sa nature, mais seulement par les causes extérieures, à se priver d'aliments, ou à se donner lui-même la mort. Ainsi, celui qui tire par hasard son épée et à qui un autre saisit la main en le forçant de se frapper lui-même au cœur, celui-là se tue parce qu'il y est contraint par une cauM étrangère. Il en est de même d'un homme que l'ordre d'un tyran force à s'ouvrir les veines, comme Sénèque, afin d'éviter un mal piiK grand. Enfin , il |)eut arriver que de*; causes exlérieuref( radiées

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