‹ Œuvres de SpinozaChapitre 89 sur 199 · QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE

disposent rimagination d'une personne et affectent son corps de telle façon que ce corps revête une autre nature contraire à celle qu'il avait d'abord, et dont Tidée ne peut exister dans Tàme [par la Propos, X, part, 3). Mais que l'homme fasse effort par la nécessité de sa nature pour ne pas exister ou pour changer d'essence, cela est aussi impossible que la formation d'une chose qui viendrait de rien ; et il suffit d'une médiocre attention pour s'en convaincre.

Propos. XXI. Nul ne peut désirer d'être heureux, de bien agir et de bien vivre, qui ne désire en même temps d'être , d*agir et de vivre, c'est-à-dire d'exister actuellement.

DÉMONSTR. La démonstration de cette proposition, ou pour mieux dire la chose elle-même est de soi évidente; et elle résulte aussi de la Déf. du désir. En effet [par la Déf. I des pass.), le désir de bien vivre ou de vivre heureux , de bien agir, etc. , c'est l'essence même de l'homme, c'est-à-dire (par la Propos. VII, part. 3) l'effort par lequel chacun tend à conserver son être. Donc nul ne peut désirer, etc. C. Q. F. D.

Propos. XXII. On ne peut concevoir aucufie vertu antérieure à celle qui vient d'être définie [savoir, V effort de chacun pour se conserver soi-même).

DÉMONSTR. L'effort d'un être pour se conserver, c'est son essence même (par la Propos. VII, part. 3). Si donc il pouvait y avoir une vertu antérieure à celle-là , il faudrait concevoir l'essence de cet être comme antérieure à soi-même (par la Déf. VIII, part. 4), ce qui est évidemment absurde. Donc nulle verlu, etc. C. Q. F. D.

CoROLL. L'effort d'un être pour se conserver est le premier et unique fondement de la vertu. Car aucun autre principe n'est antérieur à celui-là (par la Propos, précéd.), et sans lui (par la Propos. XXI, part, i) aucune vertu ne se peut concevoir.

Propos. XXIII. Qaand l'homme est déterminé à faire quelque action parce qu'il a des idées inadéquates , on ne peut dire d'une manière absolue qu'il agisse par vertu. Cela ne se peut dire qu'en tant que V homme est déterminé par des idées claires.

DÉMONSTR. En tant qu'il est déterminé à l'action parce qu'il a des idées inadéquates, l'homme pâtit (par la Propos. I, part, 3), c'est-à-dire (par les Déf. I et II ^ part. 3) fait quelque chose qui ne se peut concevoir par sa seule essence, en d'autres termes (par la

Déf. VI H, part, i], qui ne suit pad de sa propre vertu. Ao contraire, en tant qu*il est déterminé à quelque action parce qu*il a des idées claires, l'homme agit (par la Propos. I, part, 3), c'està^ire [par la Déf, II, part. 3 ) fait quelque chose qui se conçoit par sa seule essence , en d'autres termes (par la Déf. VIII, part. 4). qui résuite d'une façon adéquate de sa propre vertu. C. Q. F. D.

Propos. XXIV. Agir absolument par vertu, ce n'est autre chose que suivre la raison dans nos actions, dans notre vie, dans la oonservation de notre être (trois choses qui n'en font qu'une), et tout cela d'après lu règle de l'intérêt propre de chacun.

DÉMONSTR. Agir absolument par vertu , ce n'est autre, chose (par la Déf. VIII, part, i) qu'agir d'après les propres lois de sa nature. Or nous n'agissons de cette sorte qu'en tant que nous avons des idées claires (par la Propos. III, part. 3). Donc, agir absolument par vertu , ce n'est autre chose pour nous que suivre la raison dans nos actions, dans notre vie, dans la conservation de noire être, et tout cela (par le Coroll. de la Propos. XXII, part, i] d'après la règle de Fintérèt propre de chacun. C. Q. F. D.

Propos. XXV. Personne ne s'efforce de conserver son être à cauv d'une autre chose que soi-^méme.

DéMONSTR. L'eflbrt par lequel chaque chose tend à persévérer dans son être est déterminé par la seule essence de cette même chose (en vertu de la Propos. VII, part. 3), et résulte nécessairement de cette seule essence une fois donnée, et non de Teseenre d'une autre chose (par la Propos. VI, part. 3).

Cette proposition résulte évidemment aussi du CoroU. de la Propos. XXU, part. i. Car si un homme s'efforçait de conaener son ôtre à cause d'une autre chose que soi-môme , cette chose serait évidemment le premier fondement de la vertu , ce qui est absurde [par le précéd. Coroll). Donc personne ne s'efforce, etc.

Propos. XXVI. Nous ne tendons , par la raison, à rien autre chose qu'à comprendre; et l'âme, en tant qu'elle se sert de la rotJOfi. ne juge utile pour elle que ce qui la conduit à comprendre.

DKMoitsTR. L'effort d'un être pour se consen'er n'est rien autre chose que son essence (par la Propos. VII, part. .3) , cet être, par cela seul qu'il existe de telle fàcon, étant conçu comme doué d'une

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