‹ Œuvres de SpinozaChapitre 98 sur 199 · QUATB1ÉM£ PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE · texte numérisé non relu

QUATB1ÉM£ PARTIE. — DE L'ESCLAVAGE

bles de ia tristesse. Car, d'abord, la crainte est une sorte de tristesse [par la Déf. XIII despass.), et l'espérance (voyez VExpl. des Déf. XII et XIII des pass.) est toujours accompagnée de crainte ; d'où il suit {par la Propos, XLI, part, i) que ces passions ne peuvent jamais être bonnes par elles-mêmes , mais seulement en tant qu'elles sont capables d'empêcher les excès de la joie (par la Propos. XLIII, pari. 4). C. Q. F. D.

ScHOL. Joignez à cela que ces passions marquent un défaut de connaissance et l'impuissance de l'âme ; et c'est pourquoi la sécurité, le désespoir, le contentement et le remords sont aussi des signes d'impuissance. Car bien que la sécurité et le contentement soient des passions nées de la joie, elles supposent une tristesse antérieure , savoir, celle qui accompagne toujours l'espérance et la crainte. De là vient que plus nous faisons effort pour vivre sous le conduite de la raison , plus aussi nous diminuons notre dépendance à regard de Tespérance et de la crainte , plus nous arrivons à commander à la fortune, et à diriger nos actions suivant une ligne régulière et raisonnable.

Propos. XLVIIT. Les passions de lestime et du mépris sontlou-jours mauvaises.

DÉMONSTR. Car ces passions (par les Déf. XXI et XXII des pass. ) sont contraires à la raison et, partant, mauvaises (par les Propos. XXVI et XXVII, part. 4). C. Q. F. D.

Propos. XLIX. Vestime rend aisément orgueilleux l'homme qui m est V objet.

DÉMONSTR. Si nous voyons que, par amour pour nous, on pense de nous plus de bien qu'il ne faut, nous sommes aisément disposés à nous en glorifier ( par le Schol. de la Propos. XLI, part. 3), c'està-dire à en éprouver de la joie ( par la Déf. XXIX des pass.) ; et ce bien qu'on dit de nous, nous le croirons aisément (par la Propos. XXV, part. 3) : d'où il arrivera que, par amour poumons, nous penserons de nous plus de bien qu'il ne faut, en d'autres termes (par la Déf. XXVII des pass.) que nous deviendrons aisément orgueilleux, C. Q. F. D.

Propos. L. La pitié est, de soi, mauvaise et inutile dans une âme qui vit selon la raison.

En effet, la pitié est une sorte de tristesse (par la Déf. XVIIl

des pa98.), et partant elle est, de soi, mauvaise {ftar la Pro^ pos, XLI, part. 4). Quant au bien qui en résulte, je veux dire celui que nous faisons en nous efforçant de délivrer de sa misère Fobjet de notre pitié (parle Coroll, Hlde la Propos, XXVJI,part.^), la raison seule nous porte à désirer de l'accomplir {par la Pro^ pas, XXXVII, part. 4), et ce n'est môme que par la raison (par la Propos. XXVII j part. 4) que nous pouvons faire le bien, en sachant certainement que nous faisons le bien ; d'où il suit que la pitié est, de soi, mauvaise et inutile dans une âme qui vit selon la raison.

CoROLL. Il résulte aussi de là que celui qui vit selon la raison, s'efforce, autant qu'il est en lui, de ne pas être touché par la pitié.

ScHOL. Celui qui a bien compris que toutes choses résultent de la nécessité de la nature divine, et se font suivant les lois et ]ei règles étemelles de la nature, ne rencontrera jamais rien qui soit digne de haine, de moquerie ou de mépris ; et personne ne lui inspirera jamais de pitié; il s'efforcera toujours au contraire, autant que le comporte l'humaine vertu, de bien agir et, comme on dit, de se tenir en joie. J'ajoute que l'homme qui est aisément touché de pitié et remué par la misère ou les larmes d'autrui, agit souvent de telle sorte qu'il en éprouve ensuite du regret ; ce qui s'explique, soit parce que nous ne faisons jamais le bien avec certitude quand c'est la passion qui nous conduit, soit encore parce que nous sommes aisément trompés par de fausses larmes. Il est expressément entendu que je parle ici de l'homme qui vit selon la raison. Car si un homme n'est jamais conduit, ni par la raison, ni par la pitié, a venir au secours d'autrui, il mérite assurément le nom d'inhumain, puisqu'il ne garde plus avec l'homme aucune ressemblance ( par la Propos. XXVII, part. 3).

Propos. LI. Un penchant favorable pour une personne n'est pas contraire à la raison; il peut s'accorder avec elle et en provenir.

DÉMONSTR. Un penchant favorable, en effet, c'est Tansour qu*on a pour une personne qui fait du bien à autrui ( par la Déf. XIX des pass.), et, par conséquent, il se peut rapporter à Tàme, en tant que l'âme agit (par la Propos. LIX, part. 3), c'est-à-dire (en vertu de la Projyos. III, part. 3) en tant qu'elle comprend, d'où il suit que celte incliniition est d'accord avec la raison, etc. C. Q. F. D.

Page 1