QUATRIÈME PARTIE. -^ DE L'ESCLAVAGE
Autre DÉMONSTR. Celui qui vit selon la raison, désire pour autrui ce qu'il désire pour lui-môme (par la Propos. XXXVI f^ part, 4). En conséquence, de cela seul qu'il voit une personne faire du bien à autrui, son propre effort pour faire aussi du bien en est favorisé ; il éprouve donc un sentiment de joie (par la Propos. XI, part, 3) lorsqu'il [d/après Vhypothèsé) est accompagné de l'idée de la personne qui fait du bien à autrui. Ainsi donc (par la Déf. XIX des pass.) il a du penchant pour elle. C. Q. F. D.
ScHOL. L'indignation, telle que nous l'avons définie (voy. la Déf. XX des pass, ) , est nécessairement mauvaise ( par la Propos. XLV, part, i): mais il faut remarquer que lorsque le sou* verain, animé du désir de maintenir la paix dans l'État, punit un citoyen qui a commis une injustice à Tégard d'autrui, je ne dis point qu'il s'indigne contre lui ; car ce n'est point ici la haine qui pousse le souverain à,perdre un citoyen ; c'est l'amour de l'État qui le décide à le punir.
Propos. LU. La paix intérieure peut provenir de la raison, et c^tte paix née de la raison est la plus haute otî «7 nous soit donné d'atteindre.
Démonstr. La paix intérieure, c'est la joie qui naît pour l'homme (le la contemplation de soi-même et de sa puissance d'agir (par la Déf. XXV des pctës.). Or, la véritable puissance d'agir de l'homme ou sa vertu, c'est la raison elle-même (par la Propos. III , part. 3) que rhomme contemple clairement et distinctement ( par les Propos. XL et XLIII^ part. 2); d'où il suit que la paix intérieure naît de la raison. De plus, l'homme, quand il se contemple soimême, ne perçoit d'une façon claire et distincte, c'est-à-dire adéquate , rien autre chose que ce qui suit de sa puissance d'agir [par la Déf. II ^ part. 3), en d'autres termes (par la Propos. III, part. 3), de sa puissance de comprendre*, et, par conséquent, le plus haut degré de la paix intérieure ne peut naître que de- cette seule contemplation. C. Q. F. D.
ScHOL. La paix intérieure est réellement l'objet le plus élevé de nos espérances; car personne (comme on Va démontré dans la Propos. XXV) ne s'eflForce de conserver son être pour une autre fin que soi-même ; et comme cette paix intérieure est entretenue et fortifiée en nous par les louanges (en vertu du Coroll. de la
Propos. LUI. part. 3 ) et (roublée au contraire par le blâme d*aiitrui (en vertu du Coroll. de la Propos. LV, part. 3), on s'explique ainsi que la gloire soit le principal mobile de nos actions, et que la vie avec Topprobre nous devienne presque insupportable.
Propos. LUI. L'humilité n'est point une vertu; en d'autres termes, elle ne provient point de la raison.
DÉMONSTR. L'humilité, c'est la tristesse qui naît pour Thomme du spectacle de son impuissance (par la Déf* XXVI des pass.). Or l'homme, en tant qu'il a de soi-même une connaissance raisonnable , comprend par cela môme son essence , c'est-à-dire ( par la Propos. VII, part. 3) sa puissance. Si donc l'homme, en se considérant lui-même, aperçoit en lui quelque impuissance, cela ne peut venir de ce qu'il se comprend lui-même, mais bien (oomim on Va démontré à la Propos. LV, part. 3) de ce que sa puissance d'action est empêchée de quelque manière. Suppose-t-o^ Que l'idée de cette impuissance vient de ce que l'homme conçoit une puissance plus grande que la sienne et dont la connaissance détermine sa puissance propre ; cela ne signifie pas autre chose alors , sinon que l'homme se comprend lui-même d'une façon distincte (en vertu de la Propos. XXVI, part. 4], parce que sa puissance d'agir vient à être favorisée. Ainsi donc l'humilité , je veux dire la tristesse qui nait pour Thomme de l'idée de son impuissance, ne provient pas de la vraie connaissance de soi-même ou de la raison ; ce n'est point une vertu, c'est une passion. G. Q. F. D.
Propos. LIV. Lerepentir n'est point une vertu, ou en d'autres termes, il ne provient point de la raison ; au contraire, celui qui se repent d'une action est deuœ fois misérable ou impuissant.
DÉMONSTR. La première partie de cette proposition se prouve comme la proposition précédente. La seconde résulte évidemment de la seule définition du repentir (voyez la Déf. XXVII des pass.\ car fàme, livrée à cette passion, se laisse vaincre et par un désir dépravé et par la tristesse.
Sc:hol. Les hommes ne dirigeant que rarement leur vie d'apns la raison , il arrive que ces deux passions de lliumilité et du repentir, comme aussi l'espérance et la crainte qui en dérivent, sont plus utiles que nm'sibles ; et puisque enfin les hommes doivent pécher, il vaut encore mieux qu'ils pèchent de celte manière. Car si les