CHAPITRE XXXIV
Des panégyriques depuî's la fin dû tègne àe Louis XIV jusqvlen 1748; éCun éloge Jwikbn âe§ qfficieti morts dans la guerre de 174**
JL* B8l»litt d« pftnëgjriqnêi demeura presque assoupi en France , depuis 17 15 jusqu'en 1744 > c'esl-^-dire , près de trente ans. Sous la régence 9 de nouvelles comliinaisons de fortune occupèrent tout. D'un bout du royaume à l'autre y l'esprit n'eut qu'une idée , et l'âme qu'un mouvement. On se disputait de l'or et du papier ; c'était une assea grande occupation que celle de s'enridiir , de i^appautrir , de s'ennoblir » d'acbeter , de vendre , d'écbanger , de «Jculer y de prévoir ^^ de ruiner ses créanciers ou ses amis. On vit paraître beaucoup d'édits, quelques cbansons, et point de panégyriques. Ajoutes qu'U y a des caractères de princes qui , même avec des talens et des vertus, déconcertent pour ainsi dire l'éloge. On louait sous Louis XTV y on plaisantait sous le régent. La nation , gaie et légère , préférait alors un bon mot à cent panégyriques. D'ailleurs, le régent avait le secret des bommes et des cours. Son esprit l'avait mis dans la confidence de tout, Q connais» •ait les petits ressorts des grandes cboses , et il avait le malbenr de ne pouvoir être dupe de rien s un pbilosopbe derrière les coulisses rit presque toujours des battemens de mains du parterre.
Le cardinal Dubois, qui ne dut son élévation qu'à la bîsarreriè des circonstances , qui ne mit pas même la décence à-la place des mceurs , et qui eût avili les premières places , si jamais la puissance cbea les bommes pouvait l'être, ne se respecta point asset pour se faire respecter. Malgré son pouvoir , il ne trouva point die panégyristes; il n'en désira pas même. Quand le faux etttbousiàsme des éloges ne l'eût point ennuyé , cet enthousiasme l'eât fait rire , il se connaissait. Il eut ce mépris de l'opinion publique , qui est le dernier vice dans un partici^ier et le dernier crime dans nn homme puissant.
Après lui , on ne travailla pas davantage dans lé même genre, mais pour d'antres rais<»ns. Le cardinal de Fleuri fut modeste et simple; il eut i'ambitiott de l'économie et de la paii, deul cboses qui font le bonheur des Etats, mais qui n'ébranlent point les imaginations. Il ne cherchait point k éblouir les hommes pour les subjuguer; il n'abusait point pour se faire craindre : d'ailleurs, il n'était plus dans l'âge où les passions inquiètes et ardentes veu' lent occuper fortement les âmes. Il gouverna sans bruit, ne
remoa rien ; et content d'être absolu , ne chercha ni le faste dn ponroir, ni le Faste des éloges : tout fut calme comme lui.
Yers 1744 9 les esprits changèrent. Il s'ouvrit une grande scëne en Europe ; les dépouilles de la maison d'Autriche à partager y la France et l'Espagne unies contre l'Angleterre , la Hollande , la Sardaigne et l'Empire , une guerre importante, un jeune roi qui se montra à la tête de ses armées , les présages de l'espérance , les ▼œux des courtisans , enfin l'éclat des conquétef et des victoires , et le caractère général de la nation , k qui il est bien plus aisé de ne pas sortir du repos que de s'arrêter dans son mouvement, tout donna aux esprits nne sorte d'activité qu'ils n'avaient point eut peut-être depuis Louis XIY. La* maladie du roi et sa coavales^ cence achevèrent d'enflammer le zèle t on vit renaître les éloges en foule. Tous les talens s'ékercèrent ; la poésie rentra dans son ancienne fonction , celle de louer. L'ode ranima son enthousiasme presque éteint ; on fut pathétique ou plaisant dans des épttres ; oïL tâcha de mettre de la grandeur sans ettnui dans des poèmes. On prononça avec pompe des discours éloquens, ou qui devaient l'être-; chaque jour voyait naître et mourir des éloges nouvéaui , en prose, ep vers, gais , sérieux, harmonieux et brillans , ou durs et sans couleur , tons sûrs d'être lus un jour , et malheureusement la {dnpart presque aussi sûrs d'être oubliés le lendemain. Dans cette foule , il j eut pointant des ouvrages qui furent distingués et qui le méritèrent. Il y efr eut, quoiqu'en petit nombre, oii lé génie seconda le aèle. Je n'en citerai que deux , que le nom seul de leur auteur suffirait pour rendre célèbres ; l'un est le panégy* riqne de Louis XY , et l'autre l'éloge funèbre des officiers morts dans la guerre de 1741- L'auteur de Mahomet et de Zaïre > lé chantre de Henri lY , l'historien de Gharies XII et de Louis XTV , vonlut , dans ces deux ouvrages , célébrer des événemeiis qui intéressaient la France et l'Europe , et honorer tour à tour le prince et les sujets.
Le panégyrique du roi est fondé sur les faits qui se sont pàsiét depuis 1744 jusqu'en 1746; et cette époque, comme on sait, fnt celle de nos rictoires ; ce qu'il n'est pas inutile de rémarquer ^ c'est que Fauteur se cacha pour louer son prince , comme l'envie se cache pour calomnier ; mais les grands peintres n'ont pas besoin de mettre leurs noms à leurs tableaux ; celui«>ci fut reconnu k wà coloris facile et brillant , à certains traits qui peignent les nation» et les hommes , et surtout au caractère de phiioeophie et dlm-» inanité répandu dans tout le cours de l'ouvrage.
On peut remarquer une diffii^rence singulière entre ce pauégy» rique et celui de Louis XIV par Pélisson. Pélisson est presque toujours orateur , et Ton voit qu'il veut l'être. Le panégyriéte dé
Louis XY ne Test jamais ; il semble éviter l'éloquence cmnnie l'autre parait la chercher. Son style , toujours élégant et noble , s'élève au-dessus du style ordinaire de l'histoire ; mais il ne se permet nulle part ces mouvemens y ces tours périodiques et hai^ monieux , qui semblent donner plus d'appareil aux idées et un air plus imposant au discours. Peut-être cette différence est-elle seulement l'ouvrage du goût ; sans doute le panégyriste a pensé que toute espèce d'éloquence a un peu de faste y et que lorsque les événemens ont de la grandeur , le ton doit être simple ; peut-être aussi cette différence tient-elle à celle des siècles. Tout peuj^e qui commence à avoir des orateurs , se passionne pour un art qu'il ne connaissait point encore. Ainsi , sous Ijouis XIY on mettait un grand prix à l'éloquence; harangue, compliment, sermon , tout ce qui appartenait ou semblait appartenir au style et aux formes oratoires , fixait l'attention. Patru , qu'on ne lit plus , avait .alors des admirateurs; c'était la première curiosité d'un peuple étonné de ses richesses , et qui en jouit avec l'empressement que donne une fortune nouvelle: il y* a d'ailleurs, comme nous avons vu dans chaque époque , un certain niveau que prennent . les esprits , les Âmes , les mœurs , la langue , le style xyiéme : tout tend vers ce niveau et s'en rapproche. Sous un règne ou tout avait une certaine pompe, oii le souverain en imposait par la dignité , oii l'admiration publique , sentiment presque habituel , devait élever les expressions comme les idées , il semble que la manière oratoire devait être plus à la mode qu'un style moins soutenu , et par conséquent moins rapproché de la dignité du maître. Placez deux orateurs, l'un k la cour d'un roi de Perse, l'autre à celle d'un roi de Sparte , il faudra que leur style soit différent. Peu à peu les imaginations en France se calmèrent , la direction des esprits changea , et la réflexion qui médite prit la place de l'enthousiasme qui. sent. Alors s'élevèrent deux écrivains d'un ordre distingué , mais nés tous deux avec cette justesse qui analyse et qui raisonne , bien plus qu'avec la chaleur qui fait les orateurs et les poètes. Fontenelle et La Mothe^ en donnant le ton à notre littérature , firent comme tous les législateurs ; ils donnèrent des lois d'après leur caractère. Ainsi , presque partout ils substituèrent la finesse à la grandeur , et des beautés sages et tranquilles aux beautés d'imagination et de mouvement. Alors OD s'éloigna plus que jamais du ton de l'éloquence; d'autres causes qui agissaient en même temps , déVelo{^rent ches la nation l'esprit philosophique , qui devint peu à peu l'esprit général. Cet esprit , qui discute toujours avant de juger , et qui sans cesse sur ses gardes, parce qu'il craint la surprise du sentiment, ^t la loi aux orateurs même. Datm la première époque , l'élo-
SUR LES ÉLOGES. Mt
^uence sVtait quelquefois glissée dans des genres qui n'étaient J)as faits pour elle ; dans la seconde , elle craignit' presque de se montrer dans les genres qui seniblaient être le plus de son ressort;
Les grands' hommes même obéissent jusqu'à un certain pointa leur siècle ; mais en lui cédant , ils le dirigent ; et mêlant leur génie au goût dominant , ils le réforment. Le panégyrique de Louis XV, comme nous l'avons dit , offre donc peu de ces beautés qu'on a coutume de chercher dans les orateurs ; mais elles sont remplacées par d'autres ; on y trouve une sorte d'éloquence aussi persuasive et plus douce , l'éloquence des faits présentés avec au^ tant de simplilé que de noblesse, et les réflexions d'un philosophe toujours jointes à la sensibilité d'un citoyen.
L'éloge funèbre des officiers est d'un genre différent : le style en est plus oratoire, et la philosophie plus forte. L'idée seule 'de célébrer tous les citoyens morts pour la patrie , est une idée grande et noble, et malheureusement neuve parmi nous. « Pour^ M quoi, dit Tprateur, nous renfermer dans l'usage de ne célébrer » après leur mort que ceux qui , ayant été donnés en spectacle au M monde, par leur élévation , ont été fatigués d'encens pendant M leur vie?.. Ne rendra-t-on jamais qu'à la dignité ces devoirs M si intéressans et si chers quand ils sont rendus à la personne, \) si vains quand ils ne sout qu'une partie nécessaire d'une pompe *n funèbre? Du moins , s'il fa fit célébrer toujours ceux qui ont été » grands, réveillons quelquefois la cendre de ceux qui ont été » utiles. »
Il s'élève ensuite avec une éloquence pleine de Vigueur contre
le fléau de la guerre, « contre cette rage destructive qui change,
» dit-il, en bêtes féroces des hommes nés pour vivre en frères ;
» contré ces déprédations atroces ; contre ces cruautés qui font de
» la terre un séjour de brigandage , un horrible et vaste tombeau.
» La violation des traités les plus solennels, la bassesse des fraudes
w qui précèdent l'horreur des guerres, la hardiesse des calom-
n nies qui remplissent les déclarations , l'infamie des rapines ,
w punies par le dernier supplice dans les particuliers , et louées
» dans les chefs des nations , le viol , le larcin , le saccagement ,
» les banqueroutes et la misère de mille commerçans ruinés,
M leurs familles errantes qui mendient vainement leur pain à la
» porte des publicains enrichis par ces dévastations même : voilà ,
» dit l'orateur , une faible partie des crimes que la guerre en-
'» traîne après elle, et tous ces crimes sont commis sans remords....
M Des bords du Pô jusqu'à ceux du Danube , on bénit de tous
» cotés , au nom du même Dieu , ces drapeaux sous lesquels
• » marchent des' millions de meurtriers mercenaires. » L'orateur
peint cette multitude féroce dont on se sert pour changer là
destinée des empires ; it fait Toir le soldat arrachê'^e #e9 campagnes I les quittant par mi esprit de débauche et de rapme.9 chan« géant de maîtres , s'exposent à un supplice iniSIme pour un léger intérêt , combattant quelquefois contre sa patrie , répandant sans remords le sang de ses concitoyens , et sur le champ de carnage attendant avec avidité le moment oii il pourra de ses mains san« glantes arracher aux mourans quelques malheureuses dépouilles qui lui sont bientôt enlevées par d'autres mains. À ce tableau il oppose celui de Tofficier français i « Idolâtre de son honneur et » de celui de son^ouverain ; bravant de sang froid la mort , avec » toutes les raisons d'aimer la vie ; quittant gaiement les délices » de la société pour des fatigues qui font frémir là nature ; hu«> » main t généreux , compatissant, tandis que la barbarie étincelle » de rage autour de lui ; né pour les douceurs de la société comme » pour les dangers de la guerre ; aussi poli que fier; omé souvent « par la ci4ture des lettres , et plus encpre par les grâcet de l'es- H prit, n
Il parcourt ensuite rapidement nos victoires, nos exploits et nos pertes ; il célèbre cette brave noblesse qui partout a versé son Sftng pour l'Etat (i). Il peint de la manière la plus touchante la douleur des pères, des fils, des épouses et des mères ; mais en même temps il s'élève avec indignation contre la frivolité barbare de ce^ Sybarites , qui , incapables d'être émus par tout ce x^i attendrit les âmes nobles et sensibles , avides de la misérable gloire que donne un bon mot, ingrats avec légèreté , au milieu des fessas et des fêtes, prodiguent une raillerie insultante à ceux qui ont combattu et sont morts pour eux. Il invite nos guerriers « â » ne pas prendre dans l'oisiveté voluptueuse des villes , cette bail bitude cruelle et trop commune de répandre un air de dérision M sur ce qu'il y a de plus glorieux dans la vie et de plus afTreux «dans la mort. Ahf dit l'orateur, voudraient-ils s'aviHr ainsi » eux-mêmes et flétrir ce qu'ils ont tant d'intérêt d'honorer? »
Enfin , cet ouvrage éloquent est terminé par un morceau plein de la sensibilité la plus tendre sur la mort de M. de Y^uvenargues , capitaine au régiment dn roi , et auteur de l'excellent livre de
(i) Cest Jà qu'on troaTe 1« mbC d^un jcanc Brieniw qui , ayant l« bras fraç$Màé fiu combat d'ExUet , monte encore à retcalade en disant : Jl m'wn reste encore un autre pdur mon roi et mu patrie i celui de M. de Lqttf nx qui, Uessé de deux coups , a0àibli et perdant son sang, s'écria : // ne s'agit pas du conserver sa vie, il faut en rendre les restes utiles; celui du marquis de Be^uv^an, qni , perc^ d'un coup mortel , et entouré de soldats qui se diepntaient l'honneor de le porter, leur disait d'une Toix expirante : Mes amis, allez oà vous êtes méeetsaires ; allez combattre , et laissee-'moi wumrir^ Il laiidrait , s'éorie l'orateur , il ûmdr^ii iVfe stupide peer ne pu «dnwnr, et bsrbare pow n^tre pas
«wtçRdr».
Y Introduction à h connaissance de Vosgrit humain. Ce livm, ou les idées morales sont souvent profondes, ou l'expression est quelquefois né^igée, mais vigoureuse , oh l'on voit partout une Ame pleine d'humanité jointe à un caractère plein de forée, peut k plusieurs égards être comparé à nos meilleurs livres de morale. Il a une plus grande étendue dtidées que La Rocbefoui^uld. Il n'% point le tour original, fort et rapide de La Bruyère, mais il peint souvent par de grands t|-ai|s l'hoinme que La Brujëre n'a peint que par les ridicules et les faiblesse^. S'il n'af»pas l'éloquence et la sublimité de Pascal , il n'a pas non plus cette philosophie ardente et sombre qu'on lui a justenpent reprochée; celle de Yauvenarguee est plus douce ; elle tend la main à l'homme , le rassure et l'élève.. Ce philosophe sensible avait à peine tr'ente ans quand il mourut.
« Tu n'es plus, s'écrie l'orateur; tu n'es plus, 6 douce espé* » rance du reste de mes jours! O ami tendre! la retraite de » Prague , pendant trente lieues de glace , jeta dana ton sein les » semences de la mort , que mes tristes jeux ont vues depuis se » développer. Familiarisé avec le trépas, tu le sentis approcher » avec cette indifférence que les philosophes s'efforçaient jadis » ou d'acquérir , ou de montrer. Accablé de souffrances , privé » de la vue, perdant chaque jour une partie de toi-même, ce » n'était que par un excès de vertu que tu n'étais point msdf* » heureux ; et cette vertu ne te coûtait peint d'effort. Je t'eî » vu toujours le plus infortuné des hommes , et le plus tran<p- » quille. » £t après avoir parlé de son goAt, de se philos<^hie et de son éloquence , il ajoute : « Conunent avais^tu pris un » essor si haut dans le siècle des petitesses ? et comment la sim-» » plicité d'un enfant timide couvrait-elle cette profondeur et cette » force de génie? Je sentirai long^temps avec amertume le prix » de ton amitié. A peine en ai-^je goûté les chenues, wm pas de > cette amitié vaine qui naît dans les vains plaisirs, qui s'envole » avec eux, et dont 6n a toujours à se plaindre, mais de cette 9 amitié solide et courageuse, la plus rare des vertus. »
L'orateur nous apprend ensuite que c'est le dessein d'élever un. monument à la cendre de son ami , qui lui a fait entreprendre cet ouvrage; il finit par une réflexion triste mais vraie. « Mon » cœur rempli de toi , dit^il , a cherché cette consolation, sans » prévoir comment ce discours sera reçu par la malignité hunwnef » qui, à la vérité, épargne d'ordinaire les morts, mais qui » quelquefois aussi insulte à leurs cendres , quand e'esl un pné^ • texte de plus de déchirer les vivans. »
Cet éloge funèbre doit être mis au reng des engages éloquent de notre langue. Le commencement est d'une élévation tranquille et d'une majesté simple. La snite eft un lu^levge de raison tt de
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sensibilité , de douceur et de force ; c'est le sentiment qui sait ins'^ truire , c'est la philosophie qui sait parler à l'âme. Toute la fin respire le charme de l'amitié , et porte l'impression de cette mélancolie douce et tendre , qui quelquefois accompagne le génie , et qu'on retrouve en soi-même avec plaisir , soit dans ces momens ,
5ui ne sont que trop commups, oii Ton a à se plaindre de l'injustice es hommes ; soit lorsque blessée dans l'intérêt le plus cher, celui de l'amitié ou de l'amour, l'âme fuit dans la solitude pour aller rivre et converser avec elle-même ; soit quand la maladie et la langueur attaquant des organes faibles et délicats , mettent une -espèce de voile entre nous et la nature ; ou lorsqu'aprës avoir perdu des personnes que l'on aimait, plein de la tendre émotion |de sa douleur, on jette un regard languissant sur le monde, qui nous parait alors désert, parce que, pour l'âme sensible, il n'y a d'êtres vivans que ceux qui lui répondent. . En quittant cet éloge funèbre des officiers, fait par un homme célèbre ^ il est impossible de ne pas former un souhait avec l'orateur,; c'est que la coutume qui était autrefois établie à Athènes , le Mt aussi parmi nous. Puisque la guerre durera autant que les intérêts et les passions humaines; puisque les peuples seront toujours entre eux dans cet état sauvage de nature , oii la force ne reconnaît d'autre justice que le meurtre ^ il importe à tous les gouvememens d'honorer la valeur. Nous avons une école oii la jaune noblesse, destinée à la guerre*, est élevée. C'est dans cette maison que devrait être prononcé l'éloge des guerriers morts pour l'Etat. A la fin de chaque campagne, ou du moins de chaque guerre , on instituerait une fête publique pour célébrer la mémoire de ces braves citoyens. La salle , ou le temple destiné à cette fête, serait orné de trophées et de drapeaux enlevés sur l'ennemi. Les chefs de la noblesse, les chefs des armées , les officiers députés de tous les régimens, les soldats même qui auraient mérité cette distinction , y seraient invités. Et pourquoi le souverain lui-même , le souverain qui représente la patrie , et qui partage avec elle la reconnaissance du sang qu'on a versé pour elle, n'assistérait-il pas à cette cérémonie auguste? Nos rois ne dédaigneraient pas d'honorer dans le tombeau ceux qui , en mourant , n'ont voulu quelquefois d'autre récompense qu'un de leurs regards. Les honunes de lettres les plus distingués brigueraient à l'envi l'honneur de prononcer cet éloge funèbre. Chacun, k l'exemple de Périclès et de Platon , voudrait célébrer les défenseurs et les victimes honorables de l'Etat. On citerait les grandes actions ; on citerait cette foule de traits qui , dans le cours d'une campagne ou d'une guerre , échappent à des héros que souvent on ne connaissait point; car il est des hommes qui, simples et yen
remarqués dans Pusage ordinaire de la vie » déploient dans les grands dangers un grand caractère , ,et révèlent tout à coup le secret de leur âme. On immortaliserait des prodiges de valeur que souvent la jalousie étouffe , et que bientôt l'ingratitude oublie. t)n rendrait justice à des officiers obscurs , k qui il est plus aisé de sacrifier leur vie que d'obtenir la gloire. Souvent même l'orateur prononcerait deyant le souverain le nom de simples soldats ; il célébrerait en eux une sorte d'béroïsme inculte et sauvage , qui fait de grandes cboses avec naïveté , et qui étonne quelquefois les autres sans se connaître lui-même. Mais, si en rappelant le souvenir de ces batailles , monumens de deuil et de grandeur , si en retraçant les actions et la mort de tant de guerriers, ouNVOjrait nne larme s'écbapper de l'œil du souverain ; si Torateur , s'interrompant tout à coup , la faisait remarquer à la jeune noblesse qui l'écoute , croitH>n qu'un jour , dans les combats , elle n'eût pas sans cesse présent le spectacle qui l'eût frappée dans son enfance? On ose dire qu'une pareille institution serait utile à l'Etat et au prince. L'officier en deviendrait plus grand , le soldat même n'oserait plus se croire avili dans son obscurité ; il saurait que pour aspirer & la renommée , il suffit d'être brave, et qu'elle n'est plus, comme les bonneurs , le patrimoine exclusif de celui qui a de la fortune et des aïeux.