RETRANCHÉS
que le roi avait permis. Le cardinal lui-même est à Lyon pendant qu'on j instruit le procès; on lui rend compte de tout; chaque jour il fait venir les jugés, et de tout le poids de sa puissance sollicite le meurtre. Le chancelier hésite et le combat ; le cardinal répond : // faui que de Thon meure. On emploie toute l'adresse de l'art pour que l'innocent n'échappe point : un des juges est contraire à l'arrêt de mort , on le fait opiner le dernier. Enfin', l'arrêt se prononce. Le chancelier , sur le bureau même , écrit au cardinal. Il manquait un bourreau, le chancelier l'achète et le paie de son argent. Il refond ensuite et change tous les actes de la procédure. C'est ainsi qu'un cardinal , qu'un ministre et qu'un prêtre faisait obâei;ver les lois, dans les jugemens. On assure que le même homme fit deibander au pape , sons le nom du roi , un bref pour faire mourir qui il voudrait dans^ les prisons , sans charge de conscience et sans forme de procè« ; comme s'il y avait une puissance qui pût affranchir des lois de la nature et de l'humanité ; domme si un bref pouvait autoriser des assassinats.
Celui qui se jouait ainsi des lois ne devait point avoir plus de respect pour leurs ministres. H destitua arbitrairement des magistrats ; il écrasa les parlemens ; il interdit des cours souveraines. En i63i , il envoie au parlement un arrêt du conseil , qui déclare tous les amis du frère du roi coupables de lèse-majesté. Les voix s'y partagent. Le parlement est mandé; on déchire sa procédure, et trois des principaux membres sont exilés. En i636, il crée, pour avoir de l'argent , vingt-quatre charges nouvelles : le parlement se plaint; le cardinal fait emprisonner cinq magistrats. Ainsi , partout il déployait avec une inflexible hauteur les armes du despotisme ; c'est ainsi qu'il vint à bout de tout abaisser.
Potir voir maintenant s'il travailla pour l'Etat ou pour luimême , il suffit de remarquer qu'il était roi sous le nom de ministre ; que , secrétaire d'état en 1624 y ^^ ^^^^ de tous les conseils en 1689 , il se fit donner pour le siège de la Rochelle les patentes de général; que , dans la guerre d'Italie , il était généraitssàne , et faisait marcher deux maréchaux de France sous ses ordres ; qu'il était amiral , sous le titre de surintendant-général de la naiFÎga^n et du commerce ; qu'il avait pris pour lui le gouvernement de Bretagne et tous les plus riches bénéfices du royaume ; que, tandis qu'il faisait abattre dans les provinces toutes les petites forteresses des petits seigneurs , et qu'il ôtait aux calvinistes leurs places de sûreté , il s'assurait pour lui de ces mêmes places; qu'il possédait Saumur, Angers^ Honfleur, le Havre, Oléron et l'ile de Rl|é , usurpant pour lui tout ce qu'il ôtait aux autres ; qh'il disposait en maitre de toutes les finances de l'Etat ; qu'il avait toujours en réserve chez lui trois millions de notre