COMMENTAIRE SUR LE PREMIER ALCIBIADE
Initia pHiLosopHiiE ac THEOLOGiiE ex Plalonicis fontibus duclOy sivc Procli et Olympiodori in Plalonis Alcibiadcm commenlarii; ex codd, manuscr. nunc primum edidil. Fried. Creuzer. , Francofurti ad Mœnum; pars prima 18^, parssecunda 1821.
Quoiqu'on ait, dans ces derniers temps, attaqyé avec des raisons assez spécieuses l'authenticité du
(6) Voyez contre l'authenticité de VJkibiadej Boeckh , dans réditiofi de Bultmann, p. 310; Schleiermacfaer, PlaUm's fFerke Einleilung zu Aleibiades, U t"; A«t, PlaUm*$ Lebm imd Schrifitm, p. 435; et, en faveur de
premier Aleibiade (s), l'élole platonicienne a toujours regardé ce dialogue comme appartenant à Platon et
rauthcnticité de ce dialogue, Thierach, fFien-Jarbuecher, 18i8, vol. m, p. 50; Socher, Uper PlaUm^i Schrifflm, p. 112-118 ; et notre Argumeni de VAkUnade, trad. firançaise de Platon, t. v.
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comme un de ses meilleurs ouvrages, et même comme cdui qui sert d'introduction à tous les autres, et, pour ainsi dire , de degré pour arriver jusqu'au sanctuaire de sa philosophie. En effet, VAlcibiade traite de la nature humaine ; or , c'est avec nous-mêmes et les facultés dont nous sommes doués que nous étudions et connaissons toutes choses. S'ignorer soi-même, c'est ignorer le seul instrument dont on puisse se servir; c'est ignorer la mesure de ses forces, par conséquent se condamner à les employer aveuglément et s'exposer à mille aberrations. La connaissance de nous-mêmes est donc la condition de toute connaissance régulière. 11 y a plus : nous ne pouvons nous faire aucune idée ni de la cause première ni de la substance infinie, si nous ne nous faisons une idée claire de ce que c'est qu'une cause et une substance ; et cette idée, rien ne peut d'abord nous la donner que nous-mêmes. C'est en nous, c'est dans le sentiment de notre activité volontaire et libre, et dans le sentiment de l'existence une et permanente que cette activité constitue, que nous puisons les notions de substance et de cause qu'une induction sublime, fondée sur une observation d'autant plus sûre qu'elle nous est plus intime, transporte immédiatement et au monde extérieur dont elle nous révèle les forces limitées mais réelles, et à celui au delà duquel il n'y a plus rien à chercher en fait de cause et en fait de substance, et qui est l'existence et l'activité éternelle et absolue. Ainsi, soit quand on entre dans le fond des choses, soit quand on s'arrête à la question préliminaire de toute sage philosophie, celle de la méthode, on reconnaît que l'élude de la nature humaine est la préparation nécessaire à toute connaissance Intime, et que la psychologie sert de base à l'ontologie et à la théologie elle-même. Voilà ce qui peut expliquer comment M. Greuzer a donné à une édition de deux commentaires sur le premier Alcibiade le titre d' Initia philosophiœ ac iheologiœ.
Nous ne nous occuperons ici que de la première partie de cette édition, c'est-à-dire du commentaire de Proclus. Marsile Ficin avait traduit en partie ce commentaire (i) ; Bentley (i), Fabricius (z) et Gessner(4) en citent quelques passages. M. Greuzer en avait donné un fragment considérable à là suite de son édition du
(1) Venise, i497, 1»03, i516. Lugdani, IS^9. (s) Episl. ad MiU., p. 3, sq. Oxoo.— (s)Sext. Empiric, p. 397.
(4) Fragmenta Orph,, p. 407 ; éd. Hermano, p. 507.
(5) Heidelberg, 1814, p. 77-126.
(6) Paris, 6 vol., 1820-1827.
(7) N« 435, du xv« siècle; n» 307, du xvi« siècle ; «• 403, du XV* siècle. Hsrdt, dans son Catalogue des manuscrits grecs de la bibliotbèqne royale de Munich, t. iv, parle d'un manuscrit, n*> 98, qui n'y est plus.
(s) M. Creuzer ne donne sur ce manuscrit de Venise aucnn détail , ni le numéro , ni Fàge.
chapitre de Plotin sur la beamté (s). Enfin Tautenr de cet article le publia tout entier dans sa collection complète des œuvres inédites de Proclus d'après les manuscrits de la bibliothèque royale de Paris (e). Hais heureus^nent pour Proclus, presque simultanémeni l'édition de Francfort, en comblant les vœux des amis de la philosophie ancienne, exprimés par l'édkeiir français luHcnême, vint répandre sur les pages obscures du philosophe alexandrin toutes les lumières de Ténidition allemande et d'une expérience consommée. Un peu plus avancés dans la connaissance de la philosophie grecque que nous ne l'étions à cette époque, c'est aujourd'hui pour nous une récompense suffisante de nos premiers efforts, d'avoir pu nous rencontrer, à notre début, dans b même pensée et sur la: même route que M. Creuzer, et d'avoir fait nos pr^ mières armes avec un vétéran couvert de gloire. Et certes nous ne croyons pas faire ici un grand acte de modestie, en cédant l'honneur de cette première journée à un pareil adversaire, et en avouant loyalemenl que l'édition de Paris ne vaut pas celle que nous m* nonçons.
M. Creuzer a eu à sa disposition dix manuscrits, trois de la bibliothèque de Munich (7), un de Venise (s) , un de Hambourg (a), ttnduVatican(io),nndeLeyde(ii), avec trois fragments tirés d'un manuscrit de Darmstadi (ia)etdedeuxmanuscrits du Vatican (fs).Malhe»reusement tous ces manuscrits ensemble ne oomplèteni pas le commentaire de Proclus, qui, dans les plus étendus , ne va guère que jusqu'à la moitié de VAlcirbiade ( 1 4).De plus, tous ces manusorits sont défectueux ; tous sont remplis de lacunes , peu considérables , il est vrai , mais très-fréquentes , surtout sur la fin ; et ceux qui ont un peu moins de lacunes que les autres ont des leçons plus vicieuses. 11 semble donc que la raison et la nécessité demandaient que le texte fût constitué , non sur un seul manuscrit , mais sur la collation de tous , de sorte que les lacunes des uns étant comblées par les autres , et les mauvaises leçons de ceux-ci réparées par les meilleures de ceux-là , la totalité des manuscrits donnât ce qu'on aurait pu tirer du meilleur pris isolément , savoir le vrai texte , ou le texte probable de Proclus. En effet , telle doit être une édition
(9) N« G. 13, apporté à Hambourg par L. Holstenins, copié de sa main sur les mannscrits du cardinal Barberini, et collartionné sur un manuscrit de Peiresc.
(10) N* 1032. C'est le plus ancien de tous les manuscrits de Proclus sur VAlcibiade.
(11) N« 24, récent.
(ia) Du xiir ou XIV* siècle, dit M. Creuzer dans sa préparation au cbap. de Plotin sur la beauté, p. 138.
(is) Vaticano-Palatin, n*63.Vaiticano-Ottobonien, n«241 .
(14) OUtv upa tAv xocXfiy, xadévov xaXbTf y xoex^v, Mk rfiy e(l9Xf>Ay , KaOàvoTf aïaxpàv , êtyavBàif, Ou falftrat, Bekk. , p. 328.
PROCLUS
Yraiment critique ; et nous regrettong que M. Creuzer se soit contenté de publier les matériaux d'une édition définitive , au lieu de la faire lui-même, et que , pouyant tirer un excellent texte de tous ses manuscrits réunis et comparés , il se soit résigné à prendre pour base celui de Leyde , qui est très-défectueux , sauf à le rectifier dans les notes par les variantes des autres manuscrits. 11 en résulte qu'à moins de faire sur Fouvrage de M. Creuzer, sur son texte et sur ses notes , précisément le travail d'un homme qui voudrait luimême donner une édition nouvelle de ce commentaire de Proclus , on est réduit à un texte perpétuellement vicieux et qui peut induire dans toute sorte d'erreurs. M. Creuzer prétend que c'est l'usage de toute édition princeps d'être ainsi fondée sur un seul manuscrit ; mais d'abord nous avons bien quelques raisons pour ne pas regarder l'édition de Francfort comme la vraie édition princeps, puisque cette édition en cite une autre; ensuite, si les premiers éditeurs ne donnent souvent qu'un seul manuscrit , c'est qu'ils n'en ont pas davantage. Enfin , on peut , à la rigueur, concevoir ce procédé quand il y a un manuscrit célèbre, supérieur à tous les autres , et par son antiquité et par la bonté de ses leçons , et dont on croit devoir reproduire jusqu'aux défauts , parce qu'ik sont extrêmement rares ; ou lorsqu'il s'agit d'un auteur classique dont la diction inspire un respect si religieux qu'on se contente de donner le texte ordinaire et de rapporter en note les leçons diverses les plus minutieuses, sans oser se prononcer entre elles, ou du moins sans oser introduire dans le texte celles qui paraissent préférables. Mais ici nous avons afiaire à un philosophe du v* siècle, dont le style est excellent sans doute pour le temps , mais ne peut imposer à la critique aucun scrupule superstitieux. D'autre part , le manuscrit de Leyde n'est ni plus célèbre , ni plus ancien que les autres ; il est même inférieur à celui du Vatican, car s'il présente un peu moins de lacunes, ses leçons sont généralement beaucoup plus défectueuses, et , au lieu du petit nombre de secours que possède ordinairement un premier éditeur , M. Creuzer avait en sa main ce qu'un dernier éditeur se trouverait trop heureux d'avoir pu recueillir, une collation de dix ma nuserits. Si M. Creuzer cherche des exemples autour de lui , il n'en trouvera pas qui le justifient : car si M. Ast (i) et M. Stallbaum, les seuls qui, dans ces derniers temps en Allemagne , avec M. Creuzer, aient publié des manuscrits grecs philosophiques , ont pris pour base de leur texte un seul manuscrit , c'est faute d'en avoir plusieurs. En Italie, M. Mai peut donner la même excuse ; mais quiconque a pu faire autrement n'a certainement pas manqué de le faire , et n'a pas
(i) Dans son édition du Phèdre, Leipzig, 1810, M. Asl a publié le Commenlaire inédit d'flermias sur le Phèdre; et M. Slallbaum a publié celui d'Olympiodore sur
abandonné à un futur éditeur la tâche qu'il pouvait remplir lui-même et l'honneur d'une édition critique et définitive. Nous ne citerons pas à M. Creuzer notre propre exemple pour le commentaire de Proclus sur le Parménide , où , n'ayant que les quatre manuscrits de la bibliothèque royale de Paris , nous n'avons pas hésité à choisir entre les leçons de ces quatre manuscrits, et à essayer d'en tirer le meilleur texte possible. Mais nous lui proposerons un exemple qu'il ne récusera pas sans doute , celui de M. Boissonnade , qui , dans son édition princeps du commentaire de Proclus sur le Cratyle (a) , a , malgré sa circonspection ordinaire, employé librement les deux manuscrits qui étaient à sa disposition , et , sans s'assujettir à aucun d'eux , les a fait concourir à l'établissement du seul texte légitime.
Au reste , nous laisserons ici de côté les discussions philologiques qui se rapporteraient plus à l'éditeur ou aux éditeurs de Proclus qu'à Proclus lui-même, et ne seraient guère à leur place, quand il s'agit d'un ouvrage très-célèbre, mais très-peu connu, et sur lequel l'attente du monde savant , depuis longtemps excitée , a besoin d'être satisfaite. On veut savoir ce que renferme ce vieux monument , soit sur les idées philosophiques de Proclus et de l'école à laquelle il appartient, soit sur le système mythologique que les Alexandrins mêlaient sans cesse à leurs spéculations , soit enfin sur toute l'histoire de la philosophie grecque , où il y a encore tant de lacunes , tant d'époques obscures , tant de noms et même d'écoles dont la célébrité est restée purement traditionnelle , faute de monuments qui aient traversé les âges. C'est sous ce dernier rap« port que nous étudierons spécialement ce commentaire de Proclus sur YAlcibiade, Nous rechercherons soigneusement toutes les données historiques qu'il peut contenir, toutes les lumières nouvelles qu'il peut jeter sur les systèmes philosophiques antérieurs et contemporains.
De toutes les époques de la philosophie ancienne , celle qui manque le plus de monuments positifs, est et devait être la première , qui s'étend jusqu'à Socrate ; cette époque, où l'esprit grec , sortant peu à peu des liens de l'Orient, et des mythes étrangers qui entourent son berceau, se cherche, pour ainsi dire lui-même, et marche à travers les routes les plus diverses , et par toute sorte de tentatives plus ou moins heureuses , à cette pureté et à cette sévérité qui le caractérise , lorsqu'il est arrivé enfin à sa véritable forme dans la seconde époque de la philosophie , sous les auspices de Platon et surtout d'Aristote. La première est un pénible enfantement de la seconde , une période de tàtonne-
le Philèbe » dans son édition de ce dialogue , Leipzig , i821.
(a) ProcU SchoUa in CrcUylwn, Leipzig, 18^.
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ments dont les monomcntg rares et fragiles n'étaient pas de nature à traverser les siècles. En effet, c'étaient la plupart du temps des poèmes que leur auteur confiait à la mémoire de quelques amis , ou renfermait dans le secret d'un temple ou d'une école. Les Ioniens seuls se distinguent déjà par le goût de la liberté ; ils aiment la publicité , font des expériences, imaginent des hypothèses , et , sans abandonner la poésie , commencent la prose. Hais la gravité dorienne s'enveloppe encore de mystères, n'écrit qu'en vers , et retient les habitudes de l'esprit sacerdotal et oriental. C'est par là précisément que l'école pythagoricienne était chère aui Alexandrins , qui dans leur prétention de réunir la philosophie et la mytliologie, la Grèce et l'Asie, devaient surtout porter leurs regards vers le système et le temps où elles n'étaient pas encore nettement séparées. Aussi est-ce à eux que l'on doit d'avoir sauvé beaucoup de fragmente précieux de ces premiers âges ; on les accuse même d'en avoir fait eux-mêmes, quand ils n'en trouvaient pas , ou d'avoir arrangé , développé et systématisé à leur manière le petit nombre de sentences ou de vers échappés au naufrage. Cette accusation porte particulièrement sur une partie des poénes orphiques , et sur ces autres poésies sacrées , attribuées à Zoroastre et nommées oracles chaldatques, parce qu'elles ont la forme d'oracles, qu'elles passaient pour être venues originairement de l'Orient, et représentaient aux Grecs ce qu'ils appelaient la «ogesse étrangère. Quoi qu'il en soit, à la rigueur, de î'authenticilé de ces poésies, il n'est pas moins vrai que, pures ou altérées, arrangées en partie ou même totalement controuvées, les idées fondamentales qu'elles expriment n'appartiennent point à leurs rédacteurs alexandrins , et remontent traditionndlement à la plus haute antiquité. La forme peut en être plus ou moins récente , même dans ses archaïsmes affectés , mais le fond est certainement antique. Aussi la critique moderne, qu'on n'accusera pas de complicité avec les Alexandrins , a-t-elle recueilli les moindres parcelles de ces débris curieux ; et même, à défaut de fragmente nouveaux , elle a rassemblé avec le scrupule le plus minutieux toutes les variantes de quelque intérêt qui pouvaient la conduire à mieux comprendre ces textes obscurs et à les bien constituer. Nous citerons donc ici tous les fragmente orphiques que contient ce commentaire de Proclus.
Pages 64 et 65. Le Théologien des Grecs appelle VAfnour aveugle :
NoorrÎMant dans son coeur Pavenglc , Tindomptablc Amoar. UotfMlvoèv Kpaitiâtwa iv6fi/MX09f âxiw *Bptna,
(0 Proclus, sur le Timée, tf part., p. 65. — («) Ibid. , p. 102, iii«pan.,p. iti6.Kn9èhe^Prœparal.evangeL,iu, 9.
Page 74. Dans Orphée , Jupiter dit à son père Kronos :
Guide notre race, illustre démon.
'OpBou 9* 'fifuripviv ytyc>jv, &pt9t(Mrt ^ac/uov.
Page 66. Le Théologien dit :
Le mol amoor d riatelligeooe loiieile.
*Aépàç "EptAi (fm^h) xçLÏ fifirtç kràoBaXoç,
El ailleurs :
Ceux auxquels s^aftache ce poissant démon , il les poursuit sans cesse. Or^cy fTrt/tScSetd)( ^cclfUiit fiiyaç àtkv iic* Ixvi}.
El ailleurs :
L^intelligcnce, la première puissance produclive, et le charmant Amoor. K.a2 /AiSrcs npHroç ytvivttp xal ipùèç icolxtrtpithi*
Ailleurs encore :
Une seule puissance, un seul démon, maître souverain de foutes choses.
*£y xpàroçy tXç 9oi(fUiv yhno ptiyetç &px^< ânàyraiy.
Page 85. El comme Orphée représente Bacchus sous la direction é^ Apollon qui le détourne de se mêler aux Titans et V empêche âtétre détrôné , de même.,,
Ka2 fioi 9aycet, xaBxnsp^Opftiç ifCvrtjvt r& paaiXil àtovôûtê •rijv fioviia Thv *A^o>JlMvmx^v, ScKorpiwovvxv uvrbv rftç sU rh Tcravutày vX^.Boç itpo69w x«l t5)ç i^ayaTriatttç toO pact- Xtlw Bpévù\} xal fpwpàOvav a^hif êtxpocrcef h t|î hAvtt, xecrà. rà, avrk i^ xai 6 Stsxpàrouç ialfuiif iteptiyw» fih cedrèv tic T^y yofpày nspwaii^ cir<x«i» 9k rfiy wpd« rcvi icolAeùc «ywffcfiy. K.ac2 yàp iviXcyov & fih 9a(fiùiv ivrl râ 'AvoIAflsvc» ênaioi «y aùroO, i 9k Itèxpàrouç Xéyoç tA A(oyu9W.
Page 2i 9-220. La loi est le conseiller de Jupiter, comme dit Orphée.
11xpt9poç yàp à )fé/iOi tow A(b«, &ç ^«cv 6 ^Opftùç,
Ruhnken , dans ses recherches sur les commentateurs de Platon , avait déjà trouvé ces fragmente orphiques dans ce commentaire alors inédit de Proclus ; des mains de Ruhnken ils passèrent dans celles d'Emesti , puis dans celles d'Hambei^r, qui les ajouta à rédition deGessner. H^mann les a reproduite dans la sienne, pages 507-508 , Fragment. Orph. inédit. Bentley , Epist. ad Mill. , en avait, de son cdté , cité quelques vers. De ces passages, les deux derniers, le premier et deux vers du troisième ne nous ont élé conservés que par ce commentaire ; les autres vers , savoir , ^'O/ïÀ^u «f* iffieréptfv... (i) Kai fiôjnç... {%) 'Ev Kpdro^ (s) se rencontrent aussi dans d'autres ouvrages de Proclus , et dans plusieurs autres auteurs. Nous remarquerons seulement que la leçon ^r'/^vy, au lien de irhxv^y donnée par Gessner et Bentley , est ici confirmée par le manuscrit du Vatican , D. , et les deux
(5) Prodnt, in Timœum, im part., p. 174. Eusèbe, Praparat. evanget,, m, 9. Clem. Alex., Stromat.
manuscriu de Munich, A. B.; et la leçon éwe^iOEÇaùçy que donnent Bentley et le manuscrit de Paria , par lea manuscriia C. Ë. de M. Creuzer.
Pour épuiser les documents orphiques que fournil le comn^entaire de Proclus, il faut encore faire connaître ici un fragment qui ressemble beaucoup , il est Trai , à un des fragments précédents , mais qui contient un demi-vers remarquable ;
p. 233. Li ett Japiler qni voit tont et le mol AnMin*.
"Lai yàp yuijrfç icrl np&roç ytvirtap xal "£p«( TtoXvrtpit^ç , xal 6 ^Epùiç vpéttve» ix roù àtbç xai suwniarvi r& Att tcp^Tùtç iv xoU voi}TOt(* ixec yèip h Z^ h itettfénrtjç iarl xal &€pbç
L'expression Zf ù<; b xavSTTifç ne se trou ve guère que là et dans le commentaire de Proclus sur le Timée , II« part., p. 102.
Quant aux oracles chaldaïques , voici ceux qui sont cités dans ce commentaire sur ïAlcibiade :
p. 26. Le Père a rois daiis tootc chotc le lico enflammé de Tamoar.
Ilscffc y^py 6){ T& Aôyia fr,9tv^ iviçnuptv b icarhp ^K/ihv nvpiBptOi^, "Epoixoi, . 40. Ne regardez pas les dieux que le eorps ne soit purifié.
Aift xal ol $€oi napeattXtùortatt fi^ npàxtpoif cl$ Ixs/vouf ^A<icc(v, itph TOttç &nb tAv TcAerfiy <fpax^&iiK* ^uyd/tu«<y,
Ov yàp xph xc(yeug vè fiXinuv^ itph v&fUK. xtinB^i,
Kac 9ik xoXno xk Aéyioi npovxiBïi^iv Sxt xàç ^vx^t OiXyo'ntç à€l Tfiv rf JlfTfiy ànàyov9tif»
P. 81. U est Tunilé paternelle...
*Onov 'KKxptKvi fiOTfiç içxt, xb Jiàytov fiisf P. S2. Celte Irinité gouverne et constKue toutes choses.
narra yàp h xpivl rotait, fiQvl xb Atfycov, x\Atpv&xei( xt xdliaxiy xal iiètxoûxoxul xoXç BtoupyoXç ol Otol TtapantXtùovxeit âtà xfii xpiàioç xavTifii iocvxovç tû $€& owscittccv. P. 64. 11 pénètre tout et unit tout.
TowTOv yècp J^j xbv 0c6v auv^«T«ô* itâvrwv int^^fiTopot xoU xà AàyioL xaA».
P. 6<S. 11 (''élança le premier de Vinlelligeoce revèto de feu, et comme nii feu qui unit tout.
, , , . , *0ç ix vJou htSopt np&xoç Ewi/xsvot izMpi izîjp vwiiafitov P. 117. Uétouffoir du Térilablc amour.
OvTU yècp auxbv h Iv xQ ^al^pta l(»xpiT>ijç iTt(»v6fia9SVj &9icsp oipiut, xal xà, A<^(a, itviy/xbv "Eptaxoç à>)}doû$.
P. i 38. Le dernier vêlement quil faut dépouiller , c'est Vambition , afin quêtant à nu , comme disent les oracles, . .
"Eaxotroç X'fwv èaxtv ànoivxioç b rfti ftloxifiCaç ivsc yv/xvri- XiÇf ô»i fYi^t xb XSyioVf yeyovéxti iavxoùi tw BsÇ tzpoatipxioùifitv^ lâyoç xaOupbç xai ilXixptv)ii y«yrf/A«voc, xai irâvra xKxaXtnàvxtç
PROGLUS. 545
xk %àBri Ktpl y^y, 6kov ntp iràx^t ^'^ f^U Btivtit («»«($
loeuTOÙ( i^ofiot&9avx€i,
P. 1T7. Sauvées par sa force...
P. i 80. Jusquà ce quêtant à n» , cownme disent les oracles..,.
. . . tàiç &y Tv/Av^Tc^ yno/Uwij xKxk xb Kiyio* ^ axntUi owccf 09} xoîç cAXon tXit9t mU x^pt9xotç,
P. 245. Il faut fuir la foule des hommes qui marchent en troupeaux, nous disent les oracles.,.
KâT<tf9sy ^ àpxofiivotç fwxxiw xb nXi^$oç xÇv SLv9pàn»v x&v èiytXyjibv i(fvT«y, &t f>79( tb A^(oy, xal oCrc xaXç Çweel^ CLvx&v ovxt xaûç iSiàxri9t xotvù»vt)xiov.
Quelques-uns de ces fragments étaient déjà connus sans doute , mais d'abord ils suggèrent ou confirment d'excellentes leçons. Le premier, pag. 26, donne rupiCpiOîj , avec Patricius , Leclerc et Hcrmann , contre srspiCpiOîj de Gessner ; le second , page 40 , t6X€(t6jç contre reXs^ôf de Leclerc. Ensuite le quatrième fragment , page 52 , est tout nouveau et ne se trouve ni dans Stanley, ni dans Patricius, ni dans Leclerc (i). Le cinquième fragment, page 64, ne semble pas non plus se trouver ailleurs , ni les sixième , Septième et huitième, pages Ji7, i58, i77, ni le dixième et dernier , page 245. Ainsi se montre déjà Tiitilité de la publication de ce commentaire sur YAleihiade.
Il renferme aussi plusieurs passages importants relatifs aux pythagoriciens ; mais comme ce ne sont point des fragments , mais d'assez longues allusions , au lieu de citer le texte grec , il nous suffira de donner en français une idée de chacun de ces passages.
Placé entre TOrient et la Grèce , ne pouvant résister à Tesprit nouveau qui décomposait peu à peu les mythes , et ne voulant pas non plus y céder entièrement , Pythagore eut le courage de ne pas consentir aux fables de la religion populaire qui dégradaient la vérité et faussaient rintelligence , sans avoir celui de . présenter la vérité dans sa simplicité majestueuse et de donner à la philosophie sa véritable fonne. Il prit donc un moyen terme entre ces deiix partis, et cessant d'être sacerdotal , sans cesser d'être aristocratique , également éloigné de la soumission aveugle de la multitude à la foi populaire , et de l'indépendance philosophique et démocratique de l'école ionienne , Pythagore échangea les fables pour les symboles. C'était déjà un pas immense. Pythagore défendit de divulguer le fond des mystères et ce qui n'était enseigné qu'aux initiés, mais il permit de le montrer symboliquement (s).
(i) M. Creuzer, à roccasion de ce quatrième fragment, cite en Dde un autre oracle qui , dans le manuscrit de Darmstadt, est rapporté à la marge et opposé à celui que
COUSIN. — TOME n.
Proclus nous a conservé. — («) P. 25. Ta jy àno^^xotç iilXoOjJLsva iik rây avyuêo^Mv Jir(T^^<UQv xai xb faivôfiivov aù.ûv ôiç ixtivàtv T>]y ôùvoLfitv ànuxon^fitvov nctptfùXoLxxov,
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Ainsi pour les pythagoriciens tout était symbolique, le langage humain , comme la nature : certains mots serraient de signes mystiques à certaines idées. Celui de père , par exemple , avait la vertu symbolique de rappeler Tème à son auteur. Il est certain que Platon avait gardé quelque chose de Tesprit pythagoricien ; mais Proclus (i) subtilise, quand il prétend que Platon emploie souvent dans VAlcibiade le nom de père et en général les appellations patronymiques dans leur intention pythagoricienne , et lui-même est forcé d'avouer qu'appeler un homme par son nom patronymique était d'ailleurs Ains les habitudes homériques et dans l'esprit de la politesse grecque.
Aux yeux des pytliagoricicns , la nature était un symbole d'un idéal invisible qui se révélait et parlait à l'àme par les formes mêmes de l'organisation phy sique. Entre toutes les formes , la figure de l'homme était éminemment symbolique : de là la science de lire le caractère dans les traits de la figure et^dans toute l'habitude du corps («), propre aux pythagoriciens.
De tous les attributs de la Divinité , celui qui les avait le plus frappés était cette puissance bienfaisante, qui répand partout l'ordre et Tharmonie avec le plus parfait à-propos. De là le nom de Kectpéç (s).
Ils appelaient réX/xa (4) l'action par laquelle un être sort de lui-même pour se mettre en rapport avec un autre et agir sur lui , la force intérieure , l'énergie qui met une nature quelconque en deliors d'elle.
Selon les pythagoriciens , toutes les vertus ne sont que des routes pour arriver à l'amour (s), vérité profonde qui sépare les deux parties de la morale , l'une toute spéciale qui se compose de probité et d'exacte justice, l'autre de charité et d'amour; vérité que le christianisme a popularisée et qu'Aristote exprime fort bien (s), lorsqu'il dit que si tout le monde s'aimait il n'y aurait plus besoin de justice, parce qu'il n'y aurait plus de lien ni de mien ; et qu'au contraire , la justice lût-elle observée , il y aurait encore besoin du lien de l'amour.
Pythagore disait que le nombre est la plus sage de toutes les choses , et qu'ensuite ce qu'il y a de plus sage est de donner aux choses les noms qui leur conviennent. C'est dans Proclus même (7), et aussi dans lamblique , qu'il faut voir le développement de cette pensée.
Ce commentaire ne cite qu'une seule fois Empédocle , et pour rappeler qu'Empédocle donnait à Dieu le nom de ZfoCipoi; (s). Quant aux philosophes de l'école d'Élée , l'index de M. Creuzer porte, il est vrai, le nom de Parménide : mais il ne faut pas s'y tromper ;
(«) Ibid. — {%) P. 94. — (5) P. 121. — (4) p. 152. — (B) P. 221. — (6) Mor,àNicom,, vni, 1. — (7) 230. — («) P. 113. Voyez Slnrz., EmpédocL, p. 277-202.
malgré l'index, il ne s'agit pas de Parménide lui-méoïc, mais bien du dialogue de Platon , que le passage de Proclus désigne évidemment, puisque, quelques lignes après ces mots qui ont fait illusion à M. Creuzer , oofrep if/xiç 0 ïlApfisvi^ èu^adidxffjtet^ on lit côev à^ ^ûncpâvtiç iiri réXet tw dtaXôjov.., (9).
Il n'y a qu'un seul philosophe ionien cité dans ce commentaire , savoir , Heraclite , dont Proclus nous conserve ici un fragment entièrement nouveau , mab d'une difficulté qui fait trop bien comprendre comment les contemporains d'Heraclite lui avaient donné le nom de ZxoTetvéç. S'il paraissait tel à ses contemporains, on peut penser ce qu'il doit nous paraître aujourd'hui, à la distance de f^us de deux mille ans. On en jugera par le fragment suivant. Proclus dit, à l'occasion de la démocratie et contre elle , que plus on se rapproche de l'unité , plus on est près de ce qui est vrai et de ce qui est bien , et que plus on tombe dans le multiple et la multitude , plus on s'écarte de la raison. Il ajoute (10) : 'Opfoi; oiv kcù b ^£wi/o< *Hjoi- KXenoq àroaxopaKtiet to tAÇÔo^' «ç âvow xcû àXSyiaTov' tU yàpy fifaiy véoç ij fpijy J)jpu3u cuMçtjrtâav rf kcù ^iJlxaxiXau Xpetw re of^iXaUj ovk eiSrei Srt oî xoXXot xaxoi^ o>Jyot ^è â/yaôoL\TavTafjtèv6 *UpdxXstToç. Au premier coup d'ceil, ce passage est véritablement indéchiffrable; mais il reste si peu de chose d'Heraclite , que c'est un devoir pour nous d'essayer de comprendre ce passage et de l'éclaircir. Fabricius , qui connaissait le commentaire sur VAlcibiade par le manuscrit de Hambom^ , en avait tiré cette phrase , qu'il avait insérée dans une note de son édition de Sextus Empirions (11) ; mais , ne la comprenant pas , il se contenta d'en citer le commencement : Tiç *yàp aùrisv^ ft/trl vèo^ if tp^?^ et la fin cri 0/ woXksi xcucgi^ oXiyot ^ ijaJkiy mettant dans l'intervalle le signe d'une omission ou d'une lacune. C^e n'était pas une Ucune qui était dans le manuscrit de Hamboui^ , mais une portion de phrase inintelligible. Schleiermacher , qui n'avait pas le manuscrit de Hambourg, mais seulement la citation tronquée de Fabricius , n'a pas eu de peine à expliquer le commencement et la fin de la phrase (\%). M. Werfer a essayé de restaurer ce passage comme il suit : Tû jàp^ fil(Tt\ voov y fp^y ^ijf^ cuJtv^ ijiFioriiTuy t€ xai Maaxa- A/ijy xp^tôûv T€ ofiikcp. Quœ , xn^il , mens iive sensus in muUiludine inesl verecundim , mansuetudiriu prœcep- Uonumque et eorum quœ verè sinl populo uliUa. La correction n'est pas heureuse. D'abord, qui ne voit que cette locution , ySo^; t} fp^u eutkvç , pour dire le sens de la pudeur , n'est pas du tout grecque? Nco^* et fpijy sont absolus , et ne peuvent se rappotter à aiikvç , encore bien moins à iyri&D/rttv et à Ma^xaXtGîy. Ensuite
(12) Muséum des AlUrih. vonBuUmann,, 1. 1«% 3'cahier.
pourquoi le pluriel ifTiortiTcav , sinon pour rendre compte jtisqu'à un certain point de ifinoav retW en est de même du pluriel ^êsunuûaw, XpetcSv re bfii)<xù^ choses utiles au peuple, se rapportant au sous -entendu TpayfciTovy et non à ^lêiouTKctXiâv^ est totalement inadmissible , sans compter ;que si Heraclite eût voulu dire que le peuple n*a pas le sentiment des choses qui sont utiles au peuple, il aurait répété (ftf/cc^. M. Creuzer cite la correction de Werfer sans se prononcer d'aucune manière ni fournir aucune lumière. Il se contente de remarquer que cette pensée d'Heraclite a été imitée par Euripide ( Ifhig* Taur. 678), et d'imliquer les Tariantes de ses manuscrits. Voici ces variantes au lieu deri« jkp fiiat\ le manuscrit de Hambourg et deux manuscrits de Munich donnent rlç yàp aùrây^ fit^i ; au lieu de ijiriàwsfy un manuscrit de Munich ifriciv ; au lieu de «hJMTxaktQy , un manuscrit de Munich MatrxdXep , et rien de plus. Le manuscrit de Paris donne ( i) : T/^ tyàp aùrây^ ^n/eri, ycoi if ^/9fv, J)if£ay oiM^ IfTtXiy te xai ^t/aaxdXip xpet^ rs hpùXxpy où% siSteq or/. . . Ai<fecffxdX(p éftiXtp est une très-bonne leçon qui peut aider à ré soudre les autres difficultés. Le point fondamental que n'a pas aperçu M. Werfer, est qu'il faut mettre oùx ei<fbT€ç en rapport avec ce qui précède ; et pour cela il faut trouver quelque verbe au pluriel : or ce verbe se présente à nous dans xp^i^ re qui est peut-être là pour xpwnat, ce qui éclaircirait déjà la phrase con troversée. Quelle peul être , dit Heraclite, VinuUigence ou le bon sens de pareilles gens, r/« yàp aùrav mmç if fpljv; car nous regardons encore comme un point incontestable que aùrûv vooç tf fp^ , que donnent les manuscrits , doit subsister et former une phrase séparée ; quel peut être leur bon sens, eux qui prennent le peuple pour maître, ne voyant pas que... MscffxâXcp Xpciyreu ofiiï^^ oùx eiJSreç or/. Reste ^ficav aiJbvq ijTiôoy Ts xai; mais il est probable qu'il en est du rf de ^irtàoty T£ comme du re de xpeiôv^ et qu'il est la terminaison d'un verbe passif ou moyen au présent et à la troisième personne du pluriel. C'est ce verbe qu'il faut retrouver dans AtJovi ffiethov re, *HT/ô&y re est vicieux et ne peut rester. 11 y a sur ce mot une variante , elle ne sert à rien , mais elle prouve que iixtUdv re est douteux , et autorise sur ce point une correction un peu forte. Or , en fondant fr/ocvy re avec cd^ovq , on peut obtenir ai^ovvrat^ et si cUMvtûu parait trop court fiour la place matérielle des deux mots qu'il remplace , on peut y substituer aicxùvovraty en changeant ^JifjMv en éîjfjLoy. Ainsi en résumé on lirait : T/.; *yàp aCrw/, fnaiy véo^ if (fpipf ; êyjfioy ahx^vovrou xai MoffxdXa xp^vrat ofiiXcp oùx eiJè7e4 or/. . . Insensés qui prennent garde à Vopi' nion du peuple et prennent pour maître la multitude , ne voyant pas que le grand nombre ne vaut rien. Nous
(i) Voyez réilit. de Paris, l. m, p. IJa-iiO.
PROCLUS. 547
ne prétendons pas que cette correction ne bisse plus rien à désirer , mais nous la donnons ici cofnme préférable encore à celle de Werfer, et pour qu'elle fraye la route à une meilleure.
La seconde époque de la philosophie grecque , qui va depuis Socrate jusqu'aux Alexandrins , et embrasse les cinq grandes écoles des platoniciens , des péripaléticiens, des épicuriens , des stoïciens et des sceptiques, a laissé beaucoup plus de monuments que la première , et il en devait être ainsi. En effet , c'était alors le temps où l'esprit grec , dégagé de toui élément et presque de tout contact étranger, après avoir traversé les mythes qui présidèrent et suffirent à son enfance , et les deux tendances opposées de l'empirisme ionien et de l'idéalisme dorien , les combat et les réfute l'une par l'autre , ou plutôt les combine ensemble , et , réunissant à la sévérité dorienne la liberté des Ioniens , vivifiant la première par la seconde , épurant la seconde par b première , commence dans Athènes , c'eslrà-dire, non plus dans une petite ville d'une colonie obscure , mais dans la capitale même de la civilisation grecque , une philosophie véritablement grecque, une ère nouvelle qui , dans les arts de la pensée ^ est précisément ce qu'est celle de Phidias et de Sophocle dans les arts du dessin et de la parole. Deux hommes ont attaché leur nom à cette grande époque, deux hommes d'un génie différent mais égal ; car si Platon est supérieur à Aristote pour les idées , Aristote est supérieur à Platon pour la forme. Depuis Platon , le fondement de la philosophie et toutes les bases de son développement ultérieur sont posées ; depuis Aristote, la forme et la méthode de ses ouvrages est restée et restera la forme nécessaire de la philosophie , pour jamais arrachée à toute autre autorité et à tout autre guide que la raison seule , l'évidence naturelle et la puissance de la vérité, libre de toute alliance étrangère. Heureusemeni il était impossible que ces deux grands hommes, entourés comme \h l'étaient de toutes les ressources d'une civilisation avancée, n'élevassent point des monuments assez nombreux et assez solides pour résister au moins en partie à toutes les causes de destruction. Aussi la plupart de leurs ouvrages sont-ils arrivés jusqu'à nous ; et si quelques-uns ont péri, en rcvanchcon leur en a beaucoup attribué qui ne leur appartiennent pas. Platon et Aristote , comme auparavant Pylhagore , Orphée et peutêtre Homère , ont éclipsé de leur gloire celle de leurs successeurs et imitateurs immédiats, et l'on a rapporté aux maîtres les meilleurs ouvrages sortis de leur école. Voilà pourquoi il n'est pas inutile de constater quels sonl^ aux différents âges de l'antiquité , les écrits que Ion a regardés comme appartenant ou n'appartenant pas à Platon ou à Aristote ; et un des moyens de parvenir à ce résultat est de constater d'abord quels sont, à ces différents âges , ceux de leurs écriu qui sont
NOUVEAUX FRAGMENTS PHILOSOPfflQUES.
mentionnée par les auteurs. Quand , par exemple , on troote que tel ouvrage , répanda aujonrd'hni sous leur nom , ti*ett pas cité une seule fois avant une époque assez récente , on peut tirer de ce silence, quoique avec, une extrême circonspection , des inductions sur le plus ou moins d'authenticité de cet ouvrage. C'est dans cette Tue que nous donnerons ici la liste des écrits de Platon et d'Aristote que Proclus cite dans ce cornmemaire sur VÀleibiade, bien convaincu que de pareils relevés ^ q«and ils seront nombreux , fourniront des données utiles à la critique moderne. Les dialogues de Platon qve Proclus cite le plus souvent, outre VAlcihiade,WD% k République {i)Ae Timée(%),\eGorgias(^), le néeiète (4),le Phèdre(!^), le Banquet (a), \ePhédon{i) el les Lois {«X Le Sophiste (9) , le Philèbe ( 1 0), le Polilique (11), hCratyle (n), sont moins souvent mentionnés, ainsi qve le Protagmrae (is), le Ménon (\4), VApoloffie{ii) MChwrnUde{w),\e Lâchés {n)MThéagèe(iB), et les LeUres (i«). Voilà les seuls dialogues dont il soit ici question, et il est à remarquer que , dans tout ce cornmeniairesurri42et&tade, jamais ce dialogue n'est appelé le premier Alâhiade, excepté dans le titre, qui évidemment n'est pas de Proclus , et que jamais il n'est parlé d'un secmul Alcibiade, silence bien étrange si Proclus l'eût connu ou l'eût jugé de Platon. H est encore à remarquer que jamais non plus il n'est fait mention delà seconde inscription du dialogue : tlirep} âyôpému fù<reoç ; pour la trouver, il faut descendre on siècle entier après Proclus, jusqu'à Olympiodore , sans parler de Diogène de Laërte dont l'autorité représente , il est Traî, celle des critiques où il a dû puiser. La critique avait sans doute des arguments supérieurs , et , comme on dit , des ai^uments intrinsèques , pour nier l'authenticité du êecond Altibiade et de la seconde inscription du premier; mais le silence absolu d'un philosophe du V* siècle , dans un commentaire spécial de VAleibiadt^ est un argument extérieur que la critique ne peut pas non plus négliger , et que lui fournit la publication de ce commentaire, avec cette réserve toutefois que le commentaire est incomplet , et pourrait à la rigueur, mais contre toute vraisemblance , conte-
(1) P. 2! , 29, 70, 7^, 75,90, 99, ilO, 157, 160, 197, 214. 218, 223, 317. — («) P. 3, 26, 44, 51, 65, 72, 73, 74, 112, 134, 165, 202, 207, 247, "291, 322. —(s) P. 138, 220, 235, -256, 272, 289, 305, 310, 323. — (4) P. 28, 42, 82, 110, 112, 155, 214, 228, 262 (celte cilalion manque dans Tindex), 284.— (5) P. 26, 29, 36, 56, 77, 79, 84, 117, 147, 148, 174, 227, 272, 306, 320, 328; l'index marque, 204, une citation qui manque.— (s) P. 30, 35, 46, 58, 64, 69, 72,89,129, 131, 189,313,329, 330; l'index marque, p. 183, une citation qui manque. — (7) P. 5, 75, 174, 191,217. — (8) P. 3, 59, 97, 103, 113, 160, 221, 293; l'index marque, p. 195, une cîUlion qui manque. — (9j P. 210. L'index marque, p. 34, une citation qui manque. — (io)P.153.--(n)P.191.— (it)P.22,195.— (t3)P.253.—
nir dans la partie perdue ce qui manque dans celle qui nous a été conservée , et qui forme déjà nn ?ol. in-S"* de 540 pages. L'antorité d'Aristote est moins souvent invoquée par Proclus que celle de Platon : ks seuls ouvrages cités sont les Analytiques postérieures (so), le TrsÀié du Ciel {%i) y les Morales à Nicomaque (sa), la Métaphysique (is) , la Rhétorique (u) , «t un autre ouvrage qui peut être ou le Traité de VAme ,ou les Catégories , on les Topiques (t s) : car il est à remarquer que , ponr Aristote, les ouvrages ne sont jamais expressément désignés , et que c'a été la tâche , toujours habilement remplie, du savant éditeur, de retrouver les écrits d' Aristote auxquels se rapportent les allusions indirectes du philosophe alexandrin (te). Les péripatétieiens nesont cités qu*une fois (si), ainsi queThéophraste {ts). Nous* ne trouvons pas non plus de renseignements importants sur les écoles inférieures, qni remplissent la seconde époque. Les épicuriens ne sont ehés qu*one seule fois (t») ; et dans un commentaire sur un dialogue tellement empreint de stoïcisme , que M. Boêck apu, sans invraisemblance , l'attribuer à nn stoïcien , nous avons trouvé tout au plus quatre ou cinq maximes stoïques déjà connues que nous ne rapporterons pas ici , mais qui eussent mérité une mention dans l'index de M. Greuzer (so). Il ne faut pas oublier qu'il est plusieurs fois question d'Antisthènes, dont il nous reste si peu de chose; et si la première oitation (si) ne nous apprend guère que ce que nous savions déjà par Athénée , l'opinion sévère du rigide Antisthènes sur l'élégant et voluptueux Alcibiade, si la seconde se rapporte au même sujet (si), la troisième citation nous conserve une phrase entière du plus célèbre de ses ouvrages, dont le nom seul est venu jusqu'à nous, V'EpaKXîjç{ii^. Mais l'importance historique de ce commentaire s'augmente quand on arrive à la troisième époque de la philosophie ancienne.
Comme la seconde époque de la philosophie grecque est déjà le résumé et la conciliation des tentatives opposées delà première, de même la troisième n'est autre chose que l'entreprise bien autrement difficile de ramener à l'unité toutes les écoles , qui , parties du même
(14) P. 185, 329. — (15) P. 39, 79, 159. — (10) P. 160. — (47) P. 235. — (18) P. 79. — (fs) P. 183. — (îo) P. 247, 275, 338; on ne retrouve pas dans Proclas la citation des premières Analytiques indiquée dans l'index de M. Crcuzer, sous la p.35. — (at) P. 162, et peut-être aussi dans le même endroit laPolUique.^ (22) P.221.— (a3) P. 168.— (î4)P. 23. — (iS) P. 237. — (iC) 'ûç fY)9iv *A/5£ffT., 6ii €Ïpïirat vnb tow AptoT.— (17) Voyex p. 170, t. ni de l'édition do Paris. Cette indication manque dans l'index de M. Creuzer. — (ss) P. 189, t. m, de l'édition de Paris. — (29) P. 170 de l'édition de Paris.— (30) Ëdil. de Paris, t. ni, p. 59, 64, 158, 170.— (51) P. 98, Creuzer — (s*) P. 114, tWrf.— (53) Voyei p. 230 du t. u de rédition de Paris; ce morceau précieux u*est pas dans l'index de M. Creuzer.
PHOCLUS.
ironc, de Platon et «TAristote, s'étaient, dana leurs ramificationa et leurs développements, tellement divisées et combattues^ qu'elles ne présentaient plus, vers le premier siècle de notre ère, que le spectacle d'une langueur mortelle et d'une complète dissolution. La base exclusive d'une des écoles particulières de la seconde époque ne suffisait plus à l'esprit bnmain , agrandi par le combat même et l'anarchie des anciens systèmes et par ses communications nouvelles avec rÉgypte, la Perse et ce même Orient , qui avait déjii fourni à la Grèce ses premières inspirations. Le progrès des temps, trois siècles de critique , le goût de nrndition , la diffusion des connaissances, l'état général du cioode, les conquêtes il'Alexandre et de Rome, la substitution d'Alexandrie à Athènes comme capitale de la civilisation , toutes les religions et toutes les doctrines se rencontrant perpétuellement dans ce rendezvous de tous les peuples, tout imposait à l'esprit grec la nécessilé de s'élever à un point de vue universel , en restant fidèle à lui-même, c'est-à-dire aux idées de Platon el à la méthode d'Aristote. La philosophie grecque à Alexandrie, au deuxième siècle de notre ère, devait être éclectique, et elle le fut. Voilà ce qui explique en partie l'intérêt qu'elle commence à exciter dans un état du monde assez peu différent de celui qui la produisit, aujourd'hui que la philosophie moderne, jeune encore mais déjà embarrassée de ses richesses , songe moins à les augmenter qu'à s'en rendre compte, et sent le besoin d'un sage éclectisme sur la double base de l'ancien spiritualisme et de l'analyse nouvelle; voilà ce qui explique aussi le zèle de quelques personnes à b tète desquelles est assurément l'illustre auteur de la Symbolique, pour tirer de l'oubli et remettre en honneur les monuments de l'école d'Alexandrie, et ce qui justifiera le soin presque minutieux avec lequel nous allons rechercher dans cette publication nouvelle de M. Creuzer les moindres documents qu'elle pourra nous fournir sur la suite des philosophes alexandrins jusqu'au siècle de Proclus. On n'y trouve, relativement à Plotin , que trois passages (t) peu importants ; mais on est bien dédommagé par une assez longue citation d'Amélius (i), qu'il faut recueillir et ajouter aupelil nombre de fragments qui nous restent de ce disciple célèbre de Plotin. Il parait qu'Amélius, et nous le savions déjà par Porphyre dans la vie de son maître , s'était beaucoup occupé de la question théologique qui agitait alors tous les esprits, celle diïs démons. Proclus nous apprend positivement que, selon Amélius, les démons n'étaient pas autre chose que les dieux eux-mêmea considérés comme répandus partout, opinion qui semble à Proclus une
(1) P. 3i, 73, 133. — (a) P. 70. — (s) P. 73; ceUe citation manque dans riudex. — (4) P. il. — (») P. 13.
hérésie grave qu'il combat avec soin , s*efforçant de prouver, d'après les principes de l'orthodoxie païenne telle que la maintenaient les Alexandrins, qu'à la ri* gueur les démons ne sont pas des dieux , mais des intermédiaires entre les dieux et le monde, les ministres des dieux , soit dans la nature, soit dans l'àme humaine. Porphyre n'est, ici mentionné qu'une seule fois, mais avec cela de particulier qu'il est désigné sous le nom de l'Égyptien , 6 Atyôrno^^ parce qu'il était de Tyr en Célésyrie, et nous ne nous rappelons pas que Porphyre soit ailleurs désigné de cette manière (3). Mais c'est relativement à lamblique que ce commentaire de Proclus nous fournit des renseignements curieux et complètement nouveaux. En effet , si nous ne nous trompons, il résulte de plusieurs passages qu'fambltque avait lui-même composé un commentaire sur VAlcibiade, et Proclus nous a conservé de quoi nous faire une idée juste et étendue de l'ouvrage entier. Nulle part ailleurs dans l'antiquité il n'est fait mention de ce commentaire d'famblique , et le même auteur qui nous révèle la p^te que nous avons faite , nous aide en même temps à la réparer. Nous indiquerons ici successivement les passages de Proclus qui peuvent servir à reconstruire en partie le commentaire perdu d'Iamblique.
i° UAlcibiadê (4) étant le point de départ de toute philosophie , cest sans doute pour cela , dit Proclus , qulambhque le met à la tête des dix dialogues dams lesquels y selon lui, est concentrée toute la philosophie de Platon. Mais quels sont ces dût dialogues fonda-mentaux, quel est leur ordre, et comment contiennentils tous if 4 autres ? Cest ce que nous avons expliqué ailleurs» M. Creuzer ne dit point où Proclus avait donné ces explications qu'il serait aujourd'hui si pré» cieux de connaître , et nous avouons que nous ne savons pas plus que lui dans quel ouvrage de Proclus on peut les trouver. D'un autre côté , nous ne voyons , dans aucun ouvrage qui nous reste d'Iamblique , la réduciion de tous les dialogues de Platon à dix et VAlcibiade mis au premier rang. Il n'y aurait pas là pourtant de quoi faire conclure précisément lexistence d'un commentaire perdu d'Iamblique sur VAlcibiade, si les passages suivants ne levaient tout doute à cet égard.
2° Proclus (5), après avoir bien fixé le but de VAlcibiade , passe en revue les opinions les plus célèbres sur la manière de le diviser, et finit par déclarer qu'il adopte entièrement celle d'Iamblique, qui divise VAlcibiade en trois grands points, auxquels se rapporte tout le reste. Ces trois points , le but fondamental du dialogue, savoir, la connaissance de soi-même, préalablement fixée , sont :
1*^ L'art de retrancher les erreurs de l'esprit qui s'opposent à la vraie connaissance de nous-mêmes;
NOUVEAUX FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES
^ L*art de retrancher les passion» qai s'opposent à la vertu , troublent la conscience et la yue distincte de nous-mêmes ;
5^ L^art de rentrer en soi , de s'élever par tous les degrés de la conscience à la contemplation de Tessence de rftme, et Part de retenir et d'épurer cette codlemplation.
Tout dépend de ces trois points , qui dépendent eux-mêmes du but principal ; «t c'est dans cette division vraiment philosophique que trouvent leur place les autres divisions tirées de l'ordre logique et de Tordre oratoire.
Ce morceau , que nous avons fort abrégé, lève déjà toute difficulté , puisque lamblique est positivement cité parmi les autres commentateurs de VAlcibicule, et qu'on nous fait connaître son opinion sur les deux points les plus importants pour un commentateur , le but du dialogue et ses divisions. Resterait à savoir quelles étaient les idées d'Iamblique sur les endroits les plus remarquables et les plus controversés de VAlcibinde ; or on les trouve développées ou indiquées par IVoclus, à mesure que l'on avance dans l'ouvrage que nous examinons.
5^^ Socrate appelle Alcibiade fils de Clinias ; à cette occasion , Proclus ne manque pas de prêter à Platon (i) les intentions mystiques des pythagoriciens, qui se servaient des appellations patronymiques dans un but moral , et il s'appuie sur l'autorité d'Iamblique. c Celte expression ( fils de Clinias ) , dit-il , convient « merveilleusement dans un entretien où il est quesc tîon de l'amour, comme le dit le divin lamblique ; c car l'appellation patronymique indique un amour € mâle et éloigné de toute idée sensuelle ; dans un c ordre supérieur, tout amour se rattache au père, i Cette explication d'une expression de V Alcibiade ne IM>uvait guère trouver sa place que dans un commentaire spécial sur ce dialogue.
4® Proclus cite encore (i) l'opinion d'Iamblique sur le passage célèbre de l'Alcibiade , où Socrate parle de son démon familier, et plus loin (s) sur la question générale des démons. Après avoir exposé les objections, il rapporte et développe , d'après lamblique et d'après Syrien , trois considérations qui , selon lui , peuvent servir à les résoudre. Ce fragment est extrêmement précieux ; mais son étendue , qui d'ailleurs est un avantage de plus, nous force à le signaler seulement à l'attention des amis de la philosophie ancienne.
5® Enfin , sur une expression de Platon , Proclus nous donne d'abord (4) l'explication verbale et ensuite Texplication théologique dlamblique , qu'il appelle presque toujours le divin , b ùfioqy parce qu'en eflet
(1) P.25.— («)r».ai.— (3)P.88.— (4)P.126.-(5) "AAAûiv itoXX&v xai /Aîtvdiv «f ïjyiîTwy Arfyot. — (6) Ibid, UpoQiQUi oî fiït a»flf5 o{ 9k dfA>«$ awT0U7«y/?î(yafftv.-^7) P. 7-8.— (8) P. i8-!9.
c'est toujours le point de vue théologtque qu'Iambliquc recherche et préfère.
Toutes ces citations, tant sur des points ûnportants que sur d'autres qui le sont moins , établissent incontestablement que Proclus avait sous les yeux un commentaire d'Iamblique sur ï Alcibiade, qu'on pourrait presque reconstruire à l'aide des fragments qu'il nous a conservés.
Proclus nous apprend encore qu'outre lamblique , V Alcibiade avait trouvé beaucoup d'autres commentateurs célèbres (5) ; malheureusement il ne les nomme pas.
Ces commentateurs ne s'entendaient pas assez sur le but de V Alcibiade (s).
Quelques-uns de ces anciens commentateurs, semblables en cela à beaucoup de modernes, ne voyant dans les dialogues de Platon que ce qui est à la surface, rapportaient VA kibiadehhi personne même d' Alcibiade, et le considéraient exclusivement sous le point de vue de l'histoire et du drame. Proclus, en deux endroits, réfute celte opinion superficielle : < La seience, dit-il (7), ne considère pas ce qui est propre à un seul individu , mais ce qui est universel, et s'applique à tous les êtres. » Et plus lias : € Un point de vue purement historique et dramalic que est indigne d'un philosophe. Ici le drame et l'his- < toire ne sont pas le but, comme Font pensé quelques c commentateurs, mais de simples moyens qui se rap- € portent au but philosophique de l'ensemble, comme c Pont pensé nos maîtres, et comme ailleurs nous l'a- € vous exposé nous-même (s). » Ces maîtres doivent être lamblique et Syrien , qu'ailleurs , comme nous l'avons dit plus haut , il cite encore , sans les séparer, sur un point important de ce dialogue ; ce qui nous porterait assez à croire que Syrien aussi avait réellement commenté l'il^ct^tacl^, ou que, du moins, c'est sous les auspices et d'après les leçons de Syrien , son maître (9), que Proclus avait rédigé ce commentaire , comme Marinus nous apprend que Proclus l'avait fait pour d'autres dialogues de Platon, et entre autres pour le Timée (10). Quant à l'ouvrage de Proclus , auquel Proclus lui-même nous renvoie, nous ne pouvons dire quel il est. C'est probablement un des nombreux ouvrages perdus de Proclus ; car, dans tous ceux qui nous restent , nous ne rencontrons rieu qui se rapporte à ce passage, et M. Creuzer, dans ses notes, ne nous fournit aucune lumière.
D'autres commentateurs n'avaient vu à V Alcibiade qu'un but dialectique et oratoire , comme si (ii) la rhétorique et la dialectique étaient autre chose que des moyens. D'autres enfin avaieiii considéré V Alcibiade sous le rapport religieux et mythologique , parée
"ûffTte/? y.al toT$ ^fi.txipoii 9ox€ÏxaOïiygjui69t*.ai ivaXXotç furpi(>>i vni/xvnfirat, — (9) Ibid, Tw i^finipta xoLOttyt/iivt, — (lO) Marinu8, fie de Proclus, éàil. de M. Boissonn., p.il.— (ii)P.8.
PROCLUS
quil y est traité du démon de Socrate et de la contemplation de rcssence divine ; mais (i) la connaissance de toute essence étrangère , que cette essence appartienne aux dieux ou qu'elle appartienne à des démons , a pour condition préalable la connaissance de Tessence de nous-mêmnes , dans laquelle nous est donnée d'abord toute idée d'essence. C'est donc par là que Platon doit débuter , et le vrai but de VAlcibiade est la nature humaine.
Les commentateurs ne différaient pas seulement sur le but de VAlcibiade , ils différaient aussi sur la manière de le diviser. Proclus nous rapporte que les uns le divisaient littérairement et oraloirement d'après les catégories oratoires convenues, savoir, l'éloge, le blâme , l'exhortation, etc. : mais , dit Proclus, ces commentateurs sont à trois degrés au-dessous de la vérité (i), oocupés seulement de ce qu*il y a de moins important, s'atuchant aux formes et oubliant les choses. Au-dessus de ces commentateurs sont ceux qui cherchent au moins à diviser VÀlcibùide selon les lois de la dialectique , et qui le résolvent en dix syllogismes , auXXoyta/Ao}, c'cst-à-dire en dix points logiques. Proclus énumère ces dix points , loue cette division comme bien supérieure à la division oratoire ; mais il ne la met encore qu'au secoqd rang (5), parce qu'elle n'entre pas assez profondément dans les choses et s'arrête aux formes et aux moyens. Alors il propose la division d'Iamblique en trois points essentiels, auxquels peut se rapporter la division dialectique , et lui assigne le premier rang , comme étant véritablement fondée sur la nature des choses. Nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer de nouveau nos regrets que Proclus ne nous ait pas conservé les noms des différents commentateurs dont il expose et réfute si soigneusement les opinions, tantsur la division quesurlehuideV Alcibiade.
Si l'on cherche quelles lumières ce commentaire de Proclus jette sur les autres ouvrages de ce philosophe, nous ne trouvons guère que trois endroits qui aient quelque intérêt sous ce rapport. D'abord les deux endroits déjà cités : le premier , où il renvoie à un écrit dans lequel il avait dû expliquer comment en effet, d'après lamblique, tous les dialogues de Platon pouvaient se concentrer dans dix dialogues fondamentaux , et quel était l'ordre véritable de ces dix dialogues ; le second , où il déclare avoir suffisamment
(5) P. 2G4. Le manuscrit du Vatican a en marge ^cv^vi, fiArait. Le manuscrit de Hambourg, donné à Hambourg par L. Holstenias, et copié sur celuMu Vatican, porte, Chriitianos intelligU, probablement de la main même d^Holstcaius, d'après la glose du manuscrit de Rome.
(6) Pour compléter ce tableau, peut-être faudrait-il
réfuté ailleurs le point de vue historique et dramatique. Le troisième passage est une allusion (4) à un autre de ses écrits, dans lequel il avait montré que chaque dialogue particulier est une philosophie tout entière , et renferme quelque chose relatif au bien , quelque chose relatif à rintelligence , quelque chose relatif à l'àme , quelque chose relatif à la forme , el quelque chose relatif à la matière. M. Creuzer ne dit pas quel est cet écrit , et il est probable que c'est encore un des écrits perdus de Proclus.
Enfin, sur la situation du monde à cette époque et sur le christianisme , il n'y a dans tout ce commentaire qu'une seule phrase, où Proclus avoue, avec une sorte de dédain amer , que la foule déserte l'ancienne religion par pure ignorance ; car nous pensons, avec le glossateur du manuscrit du Vatican (5)» que c'est ainsi qu'il faut entendre cette phrase : Ev yàp T(fi itapivri Xpôvtp xep} tov f^ij eivai ôeoùç sfwXa^cvyreç
Tels sont les documents historiques que fournit ce commentaire. En résumé , il nous a donné plusieurs sentences chaldaïques qui ne sont point aiUeurs ; plusieurs fragments orpfiiques déjà connus, il est vrai, mais seulement par cet ouvrage lorsqu'il était encore inédit ; une phrase nouvelle , mais fort obscure , de l'obscur Heraclite; une autre d'Antisthènes , une désignation de Porphyre assez peu commune ; il appuie la réputation d'apocryphes qu'avaient déjà le second Alcibiade et la seconde inscription du premier ; il nous apprend qu'il existait du temps de Proclus un conmaenlaire d'Iamblique sur VAlcibiade , et nous en conserve un grand nombre de fragments qui suffisent pour nous mettre en possession de ce qu'il contenait de plus important ; il nous révèle l'existence probable d'un commentaire de Syrien , et l'existence certaine de beaucoup d'autres commentaires célèbres dont Proclus ne nomme pas les auteurs , mais dont il nous rapporte les principales opinions ; enfin il met sur la trace de plusieurs ouvrages de Proclus qui ne sont pas arrivés jusqu'à nous. Il nous semble qu'en voilà bien asscz'pour justifier les travaux de M. Creuzer et les nôtres , et placer cette publication à un rang distingué parmi les diverses publications de monuments écrits de l'antiqtiité qui ont été faites dans ces derniers temps (s).
citer et discuter ici toutes les locutions nouvelles qu'ajoute aux lexiques ce nouveau monument qui appartient encore à une excellente grécité. Nous nous contenterons de signaler les principales, savoir: àvcAârrwToç, «wTrfyvwait, axnoiùvafitç j aùrowipyriroç , ict^ofaAcrspov^ irtpwtwivia^ avrooXérnç, avTO^scvijf, Xupaîoç, jJiWtfiàrni^ icoXufitràSoXoty vioiponpiitkçy etc.
NOUVEAU! FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES
OLYMPIODORE,