‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 116 sur 141 · COMMENTAIRE SUR LE PHILÈBE · texte numérisé non relu

COMMENTAIRE SUR LE PHILÈBE

Platonis Philebos. Reeensuit, prolegomenit et commmlarm iUuslravH Godofredds Stalbauh ; accesserunt OlymiHodori sehoUa in Philebum, nimc prtmùtti edUa. Lipsiae, 1821 « in- 8% 300 page8.

Le commentaire d*01ympîodore sur le Philèbe « publié par M. Slalbaum à la suite de son édition du Philèbe, se trouve dans la plupart des bibliothèques de TEurope. Le manuscrit dont s'est servi M. Stalbaum est celui de la bibliothèque de Seitz, près Naqmboui^, que Tédiieur déclare tenir de M. Mûller, le directeur de cette bibliothèque , à Topinion duquel il renvoie pour tout ce qui regarde ce manuscrit. Or voici Topinion de M. MûUer; nous citerons ses propres paroles (i) :

Comnunlariw eonilalfoliis 59 , nuUis xpd^ect dislinel%is , el incipU vtrbis, ou irept" ij^hv^i 6 axoiràç fctaiv , et desinil, ui; moi èv t^ tcSj JiaJ^v çkox^ ^opii^fura. C&m vtrà neqyie $eholia, neque verba corUextûs Plalonici , ul prions dialogi, nobU exhibeal, nihil quoquê horwn reddere el cum lectoribus communicare poisth mus. Disputai auclormodo in%tniversum de rébus quœ in dialogo Iradunlur , alque ea quœ sibi vel aUorum philosophùrum placitis videntur repugnare illustrai, componit, eldubia,qu4B putanlur , argumentis vel è têulurâ rei vel es (Uiis philosophis , Theophrasto imprimis et Arislotele, petilis firmal. Hœc aulem fiununt, ut credamusp ea quœ codex nosler exhibeal modo esse prolegomena, quœ Olympiodorus prœmiseril scholiis , hœc verô à librario esse prœlermissa. Quod fit eô credibilius, que certius constat Vindobonœ in bibl, Cœsareâ servari eclogas scholiorum in Philebum ex ore Olympiodori eacerptorum. Cf. Fabricii Bibl, Grœc, vol m, p. 80 , édit. Harl. — Hœc quàm vera sint , ajoute M. Stalliaum, iisqwBrendum relinquimus, quibusaUos Olympiodori codices comparandi occasio est oblata.

11 nous semble que , même sans avoir consulté d'autres manuscrits que celui de Seitz, M. Stalbaum aurait pu apercevoir aisément Tinexactitude de toutes les assertions de M. Mûller. D'abord il est faux que Théophraste et Aristote y soient plus cités qu'aucun

(1) Nolitiacodd, Cixensium, n, p. 13, 1807.

autre philosophe ; ils le sont infiniment moins ; Théophraste même n'y est cité qu'une fois , page 269 de l'édition ; ce qu'il est bon de remarquer, pour ne pas donner à Olympiodore une apparence de péripatétisme , et augmenter la confusion déjà trop grande des divers Olympiodorespéripatéticiens et platoniciens; et M. Stalbaum aurait mis tous les lecteurs à portée de juger l'assertion de M. Mûller, s'il eût joint aux scolies qu'il publiait , un index des auteurs et des ouvrages qui s'y trouvent mentionnés. Ensuite il n'y a qu'à lire attentivement ces scolies pour s'assurer que ce ne sont pas seulement des prolégomènes, mais un commentaire entier ; car si le texte de Platon n'y est pas rapporté, le dialogue n'y est pas moins suivi ps à pas dans toutes ses parties; nul endroit important n'est oublié; l'ordre du PhiUbe est fidèlement suivi : et, par exemple, le PhiUbe finissant un peu brusquement, le commentaire d'Olympiodore s'arrête au même point, et l'auteur alexandrin s'imagine que le dialogue de Platon n'est pas fini , àreXy/ç b MXoyoçy qu'il est même interrompu à dessein et pour des raisons métaphysi^ ques tout à fait chimériques. Enfin , de ce qu'il y a des scolies d'Olympiodore sur le PhiUbe dans la bibliothèque de Vienne , s'ensuit-il que ces scolies sont différentes de celles que contient le manuscrit de Seitz ? Le titre est exactement le même, Lxfha eii rdv U?idT09yoç ^/Ai/ûv àxà foviji ^OXvfirtoJ^pov rou /xsydXou ftXoaéfov : le commencement est le même ; et Lambe* cius ne donne aucun renseignement qui puisse faire soupçonner la moindre différence.

Nous n'avons pas vu le manuscrit de la bibliothèque de Vienne ; mais nous pouvons assurer que tous ceux de Paris, de Saint-Marc et de l'Ambrosienne ne vont point au delà de celui de la bibliothèque de Seitz; et non-seulement tous ces manuscrits sont conformes les uns aux autres quant à l'étendue, mais malheureusement ils le sont aussi quant aux lacunes. Nous avons comparé le manuscrit de Paris, n? 4822, avec ceux

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de TAmbrosienne et de Saint-Harc; el les mêmes lacunes que dous avions trouvées dans Tun se sont reproduites dans les autres avec une. identité parfaite ; le manuscrit de Seilz les renferme aussi y et M. Slall>aum les a figurées dans son édition comme elles se renconirent dans le manuscrit. Ainsi il faut supposer qu'à moins d'une bonne fortune sur laquelle il est bien difficile de compter , nous possédons le commentaire d'Olympiodore dans Télat où il nous est permis de ravoir.

D'ailleurs ces lacunes sont loin d'être considérables : ce sont quelques mots à la page 287 de l'édition de M. Stalbaum , article 248 (i) ; une ou deux lignes à l'article 217, page 280; deux ou troisà rarticle2i5, page 279 , et rien de plus : car page 273 , article 181, la lacune du manuscrit de Seitz, reproduite et acceptée comme réelle par M. Stalbaum , n'existe pas dans le manuscrit de Paris , ti9 4822 , et est tout à fait artificielle; la phrase telle que la donne le manuscrit de Seitz , savoir, ort o! ftàv rpft^ wp^rot rpôiroi rijç àTodelÇeot; M yptoCHi èXaftCivcvro, ne suppose pas nécessairement de lacune , comme le prouve ce qui suit : è ixi tcjv oVf/pGW OÙ yàp ov€ipoToXfî xi ff^fia' c àxh râv fiaj/iôu' où yàp fACuverau rè aâjxa' 6 àirà rôv fiarxlov èXmdtav ifxtara ykp iXriK^t ro aâfjta. *AAAà Kxi o ixToq rpôxoq xfjt/Xtxoç èaru Il en est de même, page 281 , art. 220 : Blra iv v<p

Ttp 3M^£&)4 èwtSxveùoyci^ elra èvTff 4n/)Ci ofiohç

ry TotaÙT^y Kûù rékoç iv rtf fVffixa xûa/Lup %aff ùirap^iy, La lacune entre r^ et fô<rea(: n'existe pas dans le manuscrit de Paris, n* 1 822, et nous nous sommes assuré qu'elle n'existe pas plus que la précédente dans les manusorits de l'Ambrosienneet deSaint-Blarc , que nous avons collationnés. Le sens ne réclame rien; et dans un écrivain comme Olympiodore, on ne peut pas dire que t9« avant fù^toç soit rigoureusement nécessaire.

Nous ne nous arrêterons pas à quelques fautes de copiste on à d'autres un peu moins insignifiantes , que M. Stalbaum a relevées dans le manuscrit de Seitz, pas phis qu'à celles qui lui sont échappées à lui-même, comme, page 266, article 151 , dta&tlvovoa eiç n^v t^ifv, lisez étaSaUvovTA (rk itàd^i) ; page 284 , article 235, xav ekxpiuvy lisez &>; avec le manuscrit de Paris ; page 250 , article 62 , xw outrcov, lisez cvouSvy 61 peut-être un peu trop de fautes de ponctuation ; et nous terminerons la partie philologique de cet article, en citant les mots rares et tout à fait inusités , selon M. Stalbaum , que fournil la publication de ces scolies. Ce sont ^oytxeùeoôcti , page 259 ; irevfpalyscOai , ihid,; âviXXecÔMy page 242; xd &xotx^taxôvj page 246 ; xtxavntôçei àv&yrf&Êxoç^ page 247 ; ùxfpei^^eov , page 248 ; v^apojrpexU y page 249. Excepté xo oxocc^Kaxiy , qui

(I) Nous avons cru devoir citer, outre les pages de Tédilion de M. Stalbaum, le numéro des articles diclincts du

est plus rare et un peu barbare , tous les autres mou, et particulièremett xtxoa^pUô^ , ùmpeiêtoy , veapoirpexe^ , se trouvent à chaque pas dans les Alexandrins , et soi^ tout dansProclus.

Ces scolies, qui forment en tout, dans le manuscrit de Paris, n^ 1822, deux cent cinquante et un articles , ne constituent pas un commentaire régutier composé par Olympiodore lui-même ; ce sont , comme le titre l'indique , des dictées ou peut-être des résumés de ses leçons faits par quelqu'un de ses élèves , puisque souvent l'opinion d'Olympiodore y est citée à côté de celle d'autres philosophes-, et lui-même désigné sous le titre de notre fvofeisewr , notre maître , b iffiixepoç Kaxtfyefjuàu. Quant à la grécité de ces scolies, c'est tout à fait celle du commentaire sur le premier Aleibiade ; les expressions des anciens écrivains s'y rencontrent encore de loin en loin , mais les tours et le génie de la bonne langue n'y sont plus. 11 n'y a pas encore un trop grand nombre d'incorrections ; mais on sent déjà de toute part l'approche de Ui barbarie , qui se glisse peu à peu sous les anciennes traditions et flétrit déjà la phrase en attendant qu'elle la corrompe. Olympiodore lui-même, autant qu'on peut juger un professeur par les rédactions d'un élève, n'y parait pas un homme d'un esprit très-remarquable. Successeur de grands hommes , il les répète ; héritier d'un grand ensemble d'idées et d'une érudition accumulée depuis des siècles, il transmet d'une manière faible et un peu décousue un enseignement qui fût grand , mais qui dépérit. Le corps de l'ancienne philosophie se soutient , mais l'àme et l'esprit ont disparu.

Malgré ces considérations , ou peut-être même à cause d'elles, il est intéressant de rechercher dans ces scolies les idées d'Olympiodore sur les pointe les plus importante du Philèbe; car ces idées sont celles de l'école entière , et , dans leur décadence même , elles nous représentent l'état des esprite à cette époque, et celui dii paganisme dans ses plus dignes représentante et ses derniers défenseurs. Ajoutez que ces scolies demi-barbares contiennent un certain nombre de données nouvelles sur des hommes dont le nom seul a surnagé, et sur des ouvrages qui ont péri. C'est sous ces deux pointe de vue philosophique et historique que nous considérerons successivement ce commentaire du VI* siècle.

Les six premiers articles sont consacrés à l'examen et à la réfutation de plusieurs opinions des devanciers immédiate d'Olympiodore sur le but spécial du Philèbe, et à l'exposition de l'opinion du maître, savoir, que le but de Platon n'est de chercher ni le bien en soi , ni le bien tel qu'il est et doit être pour les dieux,

commentaire, selon le manuscrit de la bibliothèque royale de Paris, n« 18i2.

OLYMPIODORE.

les animaux , lc8 plantes et tons les êtres , mats pour celte classe particulière d'êtres qui ont reçu en partage la connaissance et le désir, et qui par conséquent réclament , dans Téchelle infinie du bien , le degré du bien mixte, double et mélangé, composé d'intelligence et de plaisir (f).

L'article 7 contient une division du Philèbe en trois parties : la première, oà Platon exposera les méthodes dont il fera usage ; la seconde , où il montrera de la manière la plus simple que la vie la meilleure pour Fhomme est la vie composée, ô /c/xrdç j9/oç ; la troisième, où il le prouvera par les méthodes indiquées.

Mais il ne faut pas croire qu'Olympiodore suive Tordre qu'il s'est tracé lui-même : après avoir déterminé, selon l'usage de tous les commentateurs alexandrins, ce qu'on appelle le caractère moral des personnages, et montré dans Socrate le représentant et le type de la science, dans Protarque celui de l'opinion, dans Philèbe celui de la partie inférieure de l'existence , il parcourt irrégulièreroent et sans aucun plan tous les points de quelque importance qui se rencontrent dans le dialogue de Platon. Nous extrairons ce qui se rapporte ailt quatre endroits les plus dignes d'attention , savoir, la méthode analytique et synthétique, les quatre grandes classes sous lesquelles Platon renferme tous les êtres, la théorie du plaisir et de la peine, et les trois caractères fondamentaux du bien , savoir la vérité , la beauté et la mesure. Tout le reste peut se grouper autour de ces points essentiels.

L C'est une chose assez étrange que la méthode qu'Olympiodore et les Alexandrins appellent analyse , soit prédsément ce qu'on entend aujourd'hui par synthèse, ou du moins cette seconde opération de l'analyse qui est la recomposition. La première opération , la décomposition , s'appelle chez les Alexandrins êteup€riwi ; le passage suivant le prouve incontestablement.

Article 38, page 246. Selon Olympiodore, on peut considérer l'existence universelle, ou dans sa sortie de l'unité et sa marche vers la pluralité et tous les phénonènes du monde visible , ou dans la recomposition de la pluralité retournant à l'unité ; ou on peut la considérer en elle-même ou bien encore la rattacher à son principe et à sa cause. Or ces divers points de vue sur le monde sont merveilleusement représentés par les diverses méthodes philosophiques, lesquelles, après tout , ne sont et ne peuvent être que diverses manières de considérer les choses. L'analyse ou la décomposition , ly ifuupertttifj dit Olympiodore, ressemble TJ xfoSit^ rôoy ôvrcovy à la génération progressive des êtres ; la recomposition ou synthèse , ^ iyxXuTix^ , k

(l) Dcp2 ^iroOix voûxati^^ovyjf , àittp hpûreit iv to7$ ittfMxôvt ytyvàvxuv rs xai opéy^dat, p. 238, C'est aussi ropinkyn que nous avons adoptée dans notre argument du Philèbe, trad.

leur retour à l'unité, ry èrtarpotpf ; la définition. If ôpi<TTtKij , à leur existence actuelle prise en elle-même, rp èf êxvTijç é(TTbj7p; la démonstration à l'exislence rattachée à sa cause, rj ia-b atrîaç è^uprtffiéujf («). Et il ajoute, art. 59, que ces quatre méthodes sont toutes renfermées dans deux , savoir, t« ^txtpertxtf^ et T« <Tuv»yc9yâ ; et il met ici ro (rwcvyayèv pour VàyaXuriKij du passage précédent, ne laissant plus aucun doute sur la valeur de ce dernier mot , qui désigne évidemment la synthèse, ou recollection et recomposition de parties. Les quatre méthodes se réduisent à deux, car h définition est synthétique , en ce sens qu'elle compose et rassemble , cuvdyei , les divers caractères d'une chose pour en faire une totalité qui est la définition ; et la démonstration est analytique , en ce sens qu'elle engendre et tire l'efTet de la cause , xpodfyn , et en général déduit une chose d'une autre. Ailleurs, article 59, p. 249, il identifie àuaXùeiy et avviyeiv: xa}*yàp àirep aùx^i ecyakùsi wù auvd^et.,. Ailleurs encore, p. 25i , art. 66, il dit que la recomposition, fj àyaXuTiiài, est inférieure à l'analyse , rij^ ihaipsTpâji; ; car , < l'une

< voit d'en haut dans la vallée (c'est-à-dire , va du c général au particulier) , lorsque l'autre ne voit les c hauteurs que d'en bas (c'est-à-dire, n^arrive au € général qu'à travers tous les cas particuliers et les € lents procédés de la généralisation collective et

< comparative). » Sur ce point important, on peut voir encore les articles 40, 58, 62 et 65.

H. C'est dans le commentaire même qu'il faut lire les scolies sur les quatre principes : ces scolies sont ' très-courtes ; mais chacune d'elles, dans sa brièveté, est substantielle et pleine de sens , et particulièrement les scolies 97, 106, 142 et 128. Cette dernière renferme une réfutation de l'opinion de Porphyre sur le principe du mélange et de la combinaison des deux éléments , le fini et l'infini ; combinaison qui est l'univers lui-même* Platon établit que l'intelligence est le principe de cette combinaison , et c'est à cette occasion que se trouve dans le Philèbe la phrase célèbre que rinuUigence a de V affinité avec la cause, c'est-à* dire que la notion de cause est précisément celle d'intelligence. L'identité de la cause et de l'intelligence est vraie à tous les degrés de l'être. Elle est vraie en ce qui concerne la cause intellecUielle qui est en nous, et à plus forte raison pour la cause première , foyer primitif de toute intelligence. Pkton avait en vue la cause première et l'intelligence première ; mais Por^ phyre, à ce qu'il parait , avait particulièrement considéré le principe de l'identité de l'intelligence et de la cause sous un point de vue psychologique et moral, t Porphyre, dit Olympiodore, art. 128, p. 262, pré-

de Platon, t. ii. — (2) Un point de vue semblable se trouve dans les scolies de Proclus sur le Cralyle,éûii, de M. Uoissonnade, p. 2, art* 3.

NOUVEAUX FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

c tead que le but de Platon est de nous enseigner que < notre mlelligenee^ notre esprit est supérieur au c plaisir yuctSma rov li/ié'npov vouv, puisqu*il est de la « même famille que Tesprit qMÎ gouverne le monde ; « et c^est pour exprimer plus fortement ce rapport , « que Platon se sert de Teipression ysyoùmfy au lieu c de (Tuyy^vîj («). » Alais Olympiodore objecte à Porphyre qu'il ne s'agit point ici de rintelHgence en rapport avec le monde et par conséquent déjà tombée dans une sorte de division avec elle-même , ce que les Alexandrins appellent b fjLsptazh^ voDç, ô fuKxoq vov^, c'est^dire (kuTtXixo^^ régnant sur le monde avec lequel elle est en rapport, mais de Tintelligence dans son unité absolue , àwXôoç voû^ , encore à Félat d'identilé , et avec le caractère de pensée en soi, d'autant plus qu'il n'est pas besoin rigoureusement de prouver que notre intelligence est du même genre que l'intelligence universelle , pour prouver que l'intelligence est supérieure au plaisir.

ni. Pour la psychologie, nous invitons à Hre l'article \ 53 , page 266 , où Olympiodore établit que la mémoire n'est pas seulement la simple persistance d'une impression reçue, une sensation continuée, mais qu'elle contient un élément actif et intellectuel, yvîàvtç yxp Koù y fivvjfJOfi xai ai aa^ofjiévti câa^iq; l'article 499, p. 276, sur les plaisirs passionnés , toujours accompagnés de douleur, et sur les plaisirs purs qui appartiennent au développement naturel de l'exislence; ainsi que l'article 450 sur les passions et leurs divisions. Nous nous contenterons d'arrêter jan instant le lecteur sur les scolies qui se rapportent à la discussion , assez longue dans Platon , relativement aux plaisirs faux et aux plaisirs vrais. Protarque , dans Platon , avait déjà soutenu qu'il ne peut y avoir de plaisirs faux , puisque tout plaisir ne peut pas ne pas être vrai en tant que plaisir ; et cette opinion de Protarque , qui était celle de beaucoup de philosophes contemporains de Platon, avait été plus tard reprise et soutenue avec avantage par Aristote et Théopbraste. Olympiodore cite l'opinion des adversaires de Platon , avec leurs principaux arguments, et essaye d'y répondre. Toute celte discussion n'est pas très-importante : mais comme elle est claire, que les scolies, en se succédant, forment un certain ensemble , et que ce morceau donne une idée de la manière d'Olympiodore , nous le traduirons ici presque en entier.

Article 464, page 269. i Théopbraste soutient f contre Philon qu'il n'y a pas des plaisirs vrais et des € plaisirs faux , mais que tous les plaisirs sont vrais : f car, di^il, s'il y a un plaisir faux, il y aura un 4 plaisir qui ne sera pas du plaisir, ce qui est impos-

(i) Celte remarque d'Olympiodore confirme la Vulgale ysyovffi^v el la mainlieol contre toutes les corrections. C'est le seul passage d'Olympiodore qui serve à i'étabiis-

sîMe ; la fausée croyâBce même est une croyance. . . Théophratte dit encore : La fausseté peut être envisagée sous trois rapports, ou comme habitude morale , ou comme discours , ou comme une chose qui existe d'une certaine manière. Gommât donc, dit-il , le plaisir sera-t-il faux? Le pbisir n'est pas une habitude morale ; ce n'est pas un discours ; ce n'est pas non plus une chose dont la manière d'exister soit de n'exister pas, ^ oOk iv. Or , la fausseté est une chose qui n'existe que de celte manière. — Art. 462. Quelques-uns, fVappés de l'énergie apparente (r^v (foxcù<nfç èyepyeloi) de la réalité propre du plaisir , et ne voulant pourtant pas abandonner Platon , se tirent d'affaire en disant que les faux plaisirs sont ceux qui sont mêlés de contradiction , et par contradiction ils entendent le mal , le démesuré , l'infini , et que c'est par la règle et la mesure , que la raison leur applique , qu'ils deviennent vrais, de sorte que tous les plaisirs des gens de bien sont vrais, et tons eeux des vicieux sont faux. — Art. 263. Platon l'entend autrement. Gomme l'opinion est fausse quand elle porte sur ce qui n'est pas , de même , selon lui , le pIMsir est faux quand il porte sur ce qui n^est pas agréable. Si quelqu'un a du plaisir en prenant un breuvage amer pour un breuvage doux , on en se croyant heureux quand il ne l'est pas , il est dans le faux ; il en est ainsi de celui qui croit avoir du plaisir quand il n'est en rapport avec rien qui soit agréable. De plus , le plaisir est une impression. Nulle impression n'est atoolue, mais se rapporte à un objet qui en est la cause. Le plaisir aussi se rapporte à une cause qui le fait être. D'où peut-il donc venir, quand tonte cause lui manque? Il faut qu'il vienne de l'imagination *et d'une croyance fausse... Enfin , la sensation est la condition de tout plaisir et de toute douleur ; or il y a des sensations vraies et des sensations fausses, et il faut en dire autant des plaisirs qui en dépendent. — Art. 464. Platon enseigne de diverses manières qu'il y a des plaisirs faux ; par les plaisirs qui ont lieu dans les rêves..., par ceux du délire..., par ceux des vaines espérances..., par ceux que donne le contraste de douleurs plus grandes , ou la cessation de la douleur, ou l'fllusion des fausses opinions. — Art. 465. Proclus seul a bien résolu le problème , en admettant tantôt la fausseté, tantôt la réalité du plaisir , de sorte qu'il n'est pas nécessaire de condamner ceux qui soutiennent que tout plaisir est vrai , s'ils le prennent bien , ni ceux qui soutiennent qu'il y a des plaisirs qui sont faux. En effet , l'agréable est double ; on peut l'envisager,

lement du vrai texte ; et encore ycvevrniv est-il déjà cité par le scoliaste ordinaire.

OLYMPIODORE.

ou dans Tobjet agréable en tant qu'agréable , comme la douceur dans le miel , ou dans Timpreasion faite sur les sens , impression correspondante à Tobjet qui la cause... Ainsi , relativement à Timpression faite sur les sens , tonte sensation est vraie, comme le veut Protagoras, mais non pas relativement à Tobjet externe. 11 en est de même du plaisir : tout plaisir est vrai quant à la sensation ; tout plaisir ne f Test pas quant h son objet, i

IV. Nous terminerons cette analyse philosophique du commentaire d'Olympiodore , en faisant connaître ce qui se rapporte aux trois caractères essentiels du bien, la vérité, la beauté, la mesure, qu'en styleiilexandrin on appelle des monades. L'article 231, page 284, est consacré à faire voir que ces trois caractères se retrouvent dans le tout et dans chaque partie du tout ; leur unité est le bien lui-même , principe éternel de coûtes choses. < Ce principe., dit Olympiodore, par sa c lumière est la vérité ; en tant qu'objet de désir « pour tous les êtres, il est la beauté; et comme il

< préside aux rapports harmoniques des êtres, on le « célèbre comme la mesure. En soi il est sans divi-

< sion ; mais les trois monades qui en dérivent l'ex- « priment chacune à sa manière. — Et il ne faut pas

< croire, ajoute Olympiodore, art. 252, que ce prin-

< cipe ne soit qu'une simple collection des trois c monades : non; c'est une unité intégrante; car il € est cause, et cause de tout. » Olympiodore ajoute, art. 258 : c lamblique dit que ces trois monades sor- « tent du bien pour orner rinlelligence ; mais on ne

sait trop de quelle intelligence il veut parler , ou celle qui est attachée à un appared sensible et vivant, ou l'intelligence essentielle que l'on célèbre sous le nom de père (xarptxoy ùfiyoù/xevw). En général, f on entend cette dernière intelligence ; et en effet , A dans les Orphiques, on voit les trois monades appac raltre dans l'œuf symbolique, i

Par ces divers extraits, on peut juger du caractère ée ce commentaire et des idées que la philosophie spéculative peut en tirer. H est encore un antre point de vue de l'école d'Alexandrie sous lequel ce commentaire mérite d'être étudié avec attention , et qui se rattache au précédent; nous voulons parler du point de vue mythologique , c'estpà-dire , des idées que les nouveaux platoniciens avaient reconnues ou qu'ils avaient mises sons les formes du paganisme , devenu pour eux, ou par eux, comme un symbolisme de leur propre philosophie. La publication de ce commentaire intéresse le mythologue, et il ne lira pas sans fruit les articles 429, 256, 242, 260, 222 ; et particulièrement sur le sens philosophique du Prométhée et de l'Épiméthée , les articles 40 , 41 , 42 , 45 et 44 ; et sur

(i) Hymne 76; éd. Hermann, p. 345.

Aphrodite , comme déesse du plaisir, les articles 17 , 48, i9 , 20 , 21 et 22. Noos nous contentons de les signaler et d'y renvoyer les amis des recherches mythologiques, pour arriver à ce qui nous intéresse plus spécialement, savoir, l'utilité que l'historien de la philosophie peut tirer de la publication de ces scolies. Pour la première époque , à défaut d'oracles cha'daiques , Olympiodore a quelques citations orphiques qui ne sont pas sans intérêt. Outre le morceau que nous avons déjâi cité sur les trois monades qui sortent de l'œuf mystique, selon la doctrine orphique, on trouve, page 268 , au milieu d'un article sur les différentes espèces de mémoire, comme la mémoire sensible, la mémoire imaginative, etc., une allusion à la mémoire supérieure dont parle Orphée , if Tapa t^ *Opf^ f^f^> Hermann, qui cite cet article d'Olympiodore (p. 540), lit à tort }^Lv^flé\ c'est évidemment une allusion ^ l'hymne à Mnémosyne (i) , yLvfjfAoavv)iv KaXéu, Il est tout simple qu'un commentateur du PhiUhe ait rapporté, page 286, le vers célèbre que Pklon cite dans ce dialogue :

A la sixième génération mettez fin i tm chant*.

Je ne crois pas que l'on trouve ailleurs le demi-vers suivant dont le sens est assez obscur :

vo&( âk oTa ^cu^^( paviX-fiîoi (t).

Quant aux pythagoriciens, on ne trouve ici presque rien qui ne soit connu. Platon, dans le Protagoras, avaitmis Prométhée au-dessus d'Épiméthée. Les pythagoriciens faisaient tout le contraire, dit Olympiodore, page 247, sans doute parce que Prométhée indique le mouvement de l'intelligence qui se porto pour ainsi dire en avant, et sort d'elle-même pour entrer dans les choses, WjrK^-wpo^ rpoo^iMo^, tandis qu'Épiméthée marque le retour de l'intelligence sur elle-même, Mif-ct^s-èx} y iin<TrpiTumi ^ et qu'en effet il vaut mieux pour une àme revenir sur soi que d'en sortir. Page 282, le miel était pour les pythagoriciens le symbole du plaisir ; de lii la maxime : C'est le miel qui fait tomber les &mes dans le monde des apparences et des phéno^ mènes : ^tà /btéXtro^ wiirrttv eiq yivBctv ràq i//i^i(. 11 faut lire aussi, page 280 , un article sur la différence du système musical d'Aristoxène et de celui des pythagoriciens. Enfin, en parlant des philosophes qui maltraitaient le plaisir, Jvaxs^aivôvrcav r^v it^v^ et recommandaient l'insensibilité, Olympiodore désigne, p. 276,. les pythagoriciens comme faisant partie de ces philosophes chagrins, st-n Uuôcpfcp^ot e'^rs àXT^t rivéq ; mais il est évident qu'il ne peut s'agir ici des pythagoriciens, qui, au rapport d'Olympiodore lui-même dans son commentaire sur le premier Alcibiade, n'étaient point

(%) P. 261. Voyez Hermann, p. 510.

568 NOUVEAUX FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

d'une rigidité 8i malentendae: Platon pensait évi- sophc romain, mais phi« ancien, et qa'Afnmontas, sur

dcmment à Antistbène, et à Técote cynique qui déjà frayait la voie an stoïcisme. On ne trouve absolument rien dans ce commentaire sur Técole ionienne, ni sur Fécole éléatique. Démocrite y est mentionné une seule fois (page 24^) sans aucune citation précise.

Ces scellés ne répandent guère plus de lumière sur la seconde époque de la philosophie grecque. Les dialogues de Platon que cite Olympiodore sont : le Phèdre, page 256, le Protagoras, page 247, le Parménide, pages 257 bis, 248, 256, 257, le CralyU, page 242, la République, pages 259, 248, 286, le Timée, page 275. Remarquons qu'il cite deux fois, pages 245 et 264, le second Alcibiade déjà cité dans le commentaire sur le premier. Aristote est assez souvent mentionné, p. 250, 254, 269, 271, 276 bis, 285, mais sur des points peu importants ; Théophraste, une seule fois, dans Tendroit que nous avons traduit. Il est étrange que dans le commentaire d'un dialogue sur les plaisirs, Épicure ne soit pas cité plus souvent. Il n'est indiqué que deux fois. Page 274, Épicure dit que le plaisir naturel est plein de retenue, xaTatnffmrtxijy» La vertu, qui est le plaisir le plus parfait, ne se soustrait point à l'action des choses extérieures, mais retranche l'excès en tout genre, soit l'enivrement, soit l'abstinence. Page 275, Épicure pense que tout plaisir n'est pas nécessairement mêlé de peine. Nul philosophe stoïcien n'est ici indiqué, même une seule fois. Les noms d'Archimède et de Ptolémée se rencontrent sans aucune citation précise, pages 280, 285, ainsi que ceux d'Aristoxène, page 280, et du mathématicien Théodose, ibid,, qui vivait du temps de Nerva et de Trajan. C'est à mesure qu'on entre dans la troisième époque de la philosophie grecque et. dans l'école néoplatonicienne, que ces scolies d'Olympiodore prennent de la valeur.

11 faut d'abord nous féliciter d'y trouver mentionnés trois noms peu connus, ceux de Proclus de Laodicée, de Boéthe, et«d'un philosophe nommé Peisithée, Ustai- Beoç. Proclus de Laodicée aurait parlé du plaisir comme d'une divinité. Voici la phrase, p. 242, art. 20 iT/^vitrou il if(hyif wap la/4/SXtx,(p xa) eu rôîq hpôt^ yvapiX^rcu iretpoL UfcxXtp TU Aac^ixeJ» C'était probablement dans sa théologie, ou son traité du mythe de Pandore (i). Pour Boéthe , Boijêôi, Olympiodore cite son opinion, p. 264, sur Fespérance et ses divers caractères, en contradiction avec Platon ; et il ne faut pas prendre ce Boéthe pour le philosophe romain , qui n'a guère pu écrire avant Olympiodore, de manière à pouvoir être cité par ce dernier : il faut entendre, à ce qu'il nous semble, un autre philosophe , péripatéticien , comme le philo-

(i) Voyez Suidas, UpàxX,

(s) Voyez, en tète des œuvres d'Anîtius Boethus, la lettre

les catégories d'Aristote, et Anitins Boéthe lui-même, citent comme un interprète distingué d'Aristote {%). H en reste si peu de chose, que son fragment snr i*espé* rance , que nous a conservé Olympiodore , n'est pas sans prix. Quant à Peisithée, nous avowms que son nom même nous était inconnu. Olympiodore le^lome, p. 257, pour un ami de Théodore d'Asinée, ee qui le place après Porphyre ; et il parait ^e ce PeMtiiée s'était occupé du Philèbe,ei avait «ne certaine répitation , puisque Olympiodore cite son opinion sur le but du Philèbe et la réfute avec soin.

Parmi les disciples de Ploiin , que Porphyre cite avec distinction dans la Vie de son maître , Améliat parait avoir joué un rdie important. Ses opinions sont plus d'une fois mentionnées par les Alexandrins avec le plus grand respect , mais aucun de ses ovvrages n'est pan^enu jusqu'à nous. La tradition alexandrine ne nous a conservé que son nom entouré de la plus hante considération, avec quelques opinions éparses qu'il serait intéressant de recueillir et de disposer atoc ordre, de sorte qu'on pût retrouver quelque chose dm système de cet illustre platonicien, comme on l'a lak pour plusieurs philosophes , tels que Posidoaiss , Anaxagore, Heraclite et d'autres. Nous désignons à celui qui voudrait s'occuper d'un pareil travail l'article 50 de la p. 245, sur l'opposition des pkirirs entre eux , et surtout l'article 448 de la p. 265, contre le plaisir agité, n^ èy xivtfffet îfJov^v, AméHus, dit Olympiodore, développe ce point avec la plus grande force, 'ÂfiéXtoç èxrpcty(p<fûy et comme le morceau qui suit immédiatement a en effet une sorte d'énergie tragique, il ne serait pas impossible qu'il appartint à ee disciple célèbre de Plotin.

Après Amélius, les plus célèbres platoniciens, jasqu'à Olympiodore, sont, dans l'ordre des temps, Porphyre, lambliqne, Syrien et Proclus. Or ce qui résulte à peu près incontestablement de ce commeotsire d'Olympiodore pour tous les quatre, excepté peut^tre Porphyre, c'est que, dans des ouvrages qui ont péri' ei dont il ne reste -ftillenrs aucune trace, ils avaient commenté le PhUèbe. On Tavait déjà dit de Proehis ; mâm on ne l'avait pas même encore soupçonné d'aucon des autres ; et pourtant ce qui n'était pas même un soupçon, est ici converti en certitude. Nous n'eveeptons que Porphyre, qui, s'il n'avait pas éerit un commentaire spécial sur le Philèbt, a dû au moins en «voff traité assez longuement, puisque Olympiodore cite son opinion sur trois passages de Platon assez éloignés les uns des autres, p. 259, 261 « 265^ en opposition avec celle d'Iamblique. Quant à celui-ci , il est difficile de

de Martiao. Rota, les derDières lignes, et Boéthe, p. 56 du !•' livre sur Porphyre,

OLTMPIODORE.

dovter qu'il eût écrit tu eomnentaire sur le Philèbe. Eo effet , supposoDt que Ton démootre d'un critique qa'il a examiné aoigneusemenl le but d'un ouvrage, et qu'il en a discuté tous les points impartants , dans Tordre même suivi par l'auteur, n'est-ce pas là démontrer suffisamment que ce critique a composé un véritable commentaire sur l'ouvrage en question? Or, Olympiodore, sans dire expressément qu'lamblique avait fait un commentaire du Philèbe ^ cite et discute perpétuellement son opinion, et non pas sur des points philosophiques, analogues k ceux qui sont traités dans le Philèbe, mais sur des passages spéciaux de ce dia^ k>gue, d'abord sur son but, p. 258, puis, p. 259, sur la question de savoir si le souverain bien est exclusivement dans la vie de l'intelligence ou dans le mélange de la vie intellectuelle et de la vie sensible , question où, en opposition avec Porphyre , lamblique place le souverain bien dans la vie mélangée. Le passage du Philèbe sur Prométhée fournit encore un texte à des réflexions d'Iamblique, p. 246. Pour la partie ontologique du PhUèbt, celle qui est relative aux quatre principes , et particulièrement à l'intelligence , lamblique , p. 257 et 261 , nous présente encore une opinion importante; et p. 285, sur les trois caractères du bien , Olympiodore rapporte la phrase même d'Iamblique en la commentant ; enfin il n'y a guère une seule partie du Philèbcy sur laquelle lamblique ne jette quelque lumière. Nous avons vu, par Proclus et par ce même Olympiodore , dans leurs commentaires sur le premier Acibiadey qu'lamblique avait écrit un commentaire sur ce dialogue. Nous ne croyons pas trop hasarder en tirant de ces scolies nouvelles l'induction qu'il en avait fait autaot pour le Philèbe, ou tout au moins qu'il en avait traité, non pas occasionnellement, mais, comme on dit , exprofeuo, et avec rétendue d'un vrai commentaire.

Il en esta peu près de même de Syrien. Olympiodore rapporte son opinion avec les plus grands détails, et sur le but du dialogue, p. 258, et sur les trois monades du bien , p. 285 et 287, en des termes qu'on n'enoploierait guère envers un homme qui aurait laissé tomber accidentellement quelques mots sur le Philèbe, Au reste , si le doute est plus permis pour Syrien que pour lamblique , il l'est encore moins pour Proclus que pour ce dernier.

Déjà Fabricius avait placé , sur quelques indications (i) , parmi les ouvrages de Proclus qui ont péri, un commentaire sur le Philèbe; maintenant cette conîecture est mise hors de doute : les scolies d'Olympiodore déposent de toutes parts , non d'une dissertation épisodiquede Proclus sur le Philèbe dans quelque autre ouvrage , mais d'un traité régulier, d'un véritable

(I) Bibliolh. grœc, éd. Uarl., tom. viu.

commentaire de Proclus sur ce dialogue ; aucune des conditions de démonstration en ce genre ne manque ici. Non-seulement il n'y a pas un seul point important du Philèbe sur lequel Olympiodore ne cite l'opinion de Proclus ; mais , dans une foule de choses d'un moindre intérêt , il se met à l'abri derrière cette antorité , au point que les citations de Proclus embrassent le dialogue de Platon dans toute son étendue , correspondent à toutes ses parties, et qu'en les arrangeant entre elles et les tirant des scolies d'Olympiodore , on en composerait aisément un ouvrage à part régulier et complet. En effet , p. 258 , vous voyez ce qu'avait pensé Proclus sur le but du Philèbe. Plus bas , quelques articles après , on trouve sa division des parties du dialogue tout à fait dans le genre de, ses divisions déjà connues d'autres dialogues de Platon. 11 parait qu'après avoir placé le but du Philèbe dans la recherche du souverain bien pour tous les êtres, ce qui embrasse, comme le remarque fort bien Olympiodore , l'univers entier , tandis que dans le Philèbe il s'agit spécialement de l'homme et du bien qui convient à sa nature ; après, dis-je , avoir déterminé le but du Philèbe, Proclus le divisait en vingt-cinq points. Plus loin , p. 241 , nous retrouvons l'opinion de Proclus également combattue par Olympiodore sur les diverses espèces de nécessités ; et p. 242 , sur cette question mythologique : Pourquoi les anciens n'avaient pas fait un dieu du plaisir ; plus loin encore , p. 246 , sur les différents Prométhées ; dans cette même page , article 40 , sur la méthode analytique, p. 247, sur l'unité et la pluralité comme contenues dans toutes choses pariculières, ou sinon l'unité, au moins sa forme, evoxrtÇj l'union , la force d'unir , et non pas to f v, qui est l'unité en soi. c L'infini, dit Proclus, est l'élément de pluralité, le fini l'élément d'union; mais au-dessus des deux, il faut placer l'unité, to «v, et toutefois cette unité-là a encore devant elle la pluralité, car elle est en rapport d'opposition avec la dualité du fini et de l'infini , dualité qui est un multiple; de sorte qu'il faut élever encore au-dessus de cette unité une unité absolue, un principe qui n'admet plus dans sa nature aucune relation avec le multiple, fût-ce même une relation d'opposition, fJa àfoci àyauriêeroç. » Ainsi quatre éléments , savoir, l'unité absolue , puis l'unité en face du multiple, unité qui est l'un elpltuieursy sv xai Tç}^>à, enfin le fini et l'infini. Ailleurs , p. 258, toujours sur la même question : c La cause suprême , dit Proclus , fait le monde sur elle-même et en vue d'elle-même , pour que toute chose soit semblable à elle , de sorte que Dieu est de sa nature Ui trinité de l'être , âars aùxhq rk rpia (c'est-àdire , comme nous avons vu plus haut , le fini , l'infini et leur union). 11 est cette trinité dans son unité centraleet primordiale; mais il ne fautpasmoinsdirequ'il est triple, quoique cette trinité se résolve dans l'unité.

NOUVEAUX FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

P. 261 ^ son opmioB est mise à odté de celles de Porphyre el d^Iambliqae ; et, p. S6â, dans Tarticle 430 que nous avons cité sur l'affinité de la cause et de Tintell^ence, ou le retrouve encore avec Porphyre ; nous avons traduit sa théorie des faux plaisirs, p. S70 ; enfin, p. 287, article 248 , on peut voir comment il poursuit dans toutes choses la dualité , qui constitue la réalité.

Tant de citations ne peuvent laisser aucun doute surTexistence d'un commentaire du Philèbe par Produs , qui a péri avec d'autres ouvrages de ce grand homme, et que ces scolies d'Olympiodore révèlent et reconstruisent en grande partie. Ce résulut indubitable

suffirait seul pour donner do prix k la pobHcatîoB d^ cet ouvrage d'Olympiodore et an travail de H. Slalbaum. Déjà nous avons trouvé dans le commentaire sur le fTimier Aldbiade, d'importantes indications qui ont beaucoup ajouté à nos connaissauces sur l'éoole d'Alexandrie. Peut-être, dans les autres ouvrages encore inédits de ce dernier des nouveaux platoniciens, trouverait-on des résultats du même genre qui dédommageraient abondamment celui qui aurait le courage de s'y engager , d'étudier ces monumenu débissés , de les publier, ou du moins d'en faire connaître ce qu'ils peuvent renfermer de précieux pour la philosophie en elle-même ou pour l'histoire de la phibsophie.

OLYMPIODORE.

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