‹ Œuvres de Victor Cousin (volume 2)Chapitre 119 sur 141 · LEÇON 48, FOL. 76 VERSO · texte numérisé non relu

LEÇON 48, FOL. 76 VERSO

f TouTW» 9ï ^txflCffTflci i%l ILpovoM — lyà /làv owv iràvra lyvwxàç. • t 8008 le règne de Saturne — J'étais instruit de ce désordre avant voa«... » P. 404-405.

Pluton se plaint à Jupiter de l'injustice des premiers jugements ; Jupiter promet d'y remédier à l'avenir. Il est dans l'essence du mythe d'établir Tanlériorité et

NOUVEAUX FRAGMENTS PHILOSOPHIQUES

kl pottériorilé, là oii il y a loajovn sinnlunéité. L'ordre imparfait > le myihe le suppose antérieur; Torére parfeit , il le donne comme ayant succédé au premier; car il faut aller de rimparfait an parfait. Toujours les juges et ceux qu'ils jugent ont été à la fois nus et re%'êtus de corps ; toujours les jugements ont été mauvais et bons; car les mauvais jugements, ce sont ceux de cette vie , dictés par la passion ou par Terreur; les bons jugements, ce sont etux de Taniflft vie , des juges divins, de la sagesse et de la raison ces deux sortes de jugements ont toujours existé simultanément. Le mythe change le rapport d'infériorité et de supériorité en rapport d'antériorité et de postériorité. C'est ainsi qu'il faut entendre ces mots : autrefois on jugeait et on était jugé revêtu de corps , et maintenant on juge et l'on est jugé nu. La diversité des temps est substituée à celle du rang. I^s interprètes n'ont pu parvenir h expliquer ceci , rebutés par la profondeur des expressions de Platon (i).

Qu'entend Platon par : ôter la prévoyance de la mort? Si c'était un bien, pourquoi î'éter à Thomme? Si c'était un mal, pourquoi le lui avoir donné? Quelques-uns disent que Dieu fit bien de nous ôter la pré* voyance de la mort ; car , si nous en connaissions le moment, nous pourrions vivre dans l'injustice , et BOUS préparer à la mort par une conversion d'un moment. L'ignorance où nous sommes sur ce point est donc un très^and bien, puisque nous sooimes obligés de nous conduire constamment comme des êtres raisonnables ; mais H faut dire ce que c'est que cette prévoyance d'autrefois et cette ignorance d'aujourd'hui. Il y a trois questions susceptibles d'affirmations contradictoires, i^ L'àme ne vit-elle pas sur la terre revêtue d'un corps et ne périt^lle pas avec lui , ou bien s'en sépare-t-eUe et existe-t-elle indépendante et par elle-même ? S^ N'est-elle jugée que dans cette vie, ou l'est-elle aussi dans une autre? 3<» N'est -elle jugée que par les hommes , ou Test-elle aussi pr une puissance divine? La réponse à une seule de ces trois questions détermine celle qu'on doit faire aux deux autres. Par exemple , si Fàme ne vit que sur la terre et périt avec le corps , il est évident qu'elle n'est jugée que sur la terre et non ailleurs , et qu'elle n'est jugée que par des hommes et non par une puissance divine. De l'autre part , si l'Âme existe par elle-même , séparée du corps , il est évident qu'elle est aussi jugée dans une autre vie par une puissance divine et non par des honmies. Le véritable jugement a lieu dans l'autre vie. Quand donc Jupiter nous 6te la prévoyance de notre fin d'ici-bas, il ne nous été que notre ignorance et nous enseigne qu'il faut poHer nos regards vers le

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tribunal de l'autre vie. Le mythe est une leçon adrsa sée à CalKclès , leçon qui lui apprend ii préférer aux tribunaux d'ici4Nis , ceux du monde à venir. C'est dans ce choix que consiste notre liberté. Il dépend de nous d'embrasser ou de rejeter la vertu , et nous ne sommes point soumis à la nécessité.

L'astrologie n'a pas d'existence , car elle détruirait la Providence, les lois , les jugements. Le philosophe Aramonius dit : Je connais des hommes qui , seloii l'astrologie, sont nés soumis à l'adultère, et qui cependant restent vertueux par la force de la liberté» Ainsi, la puissance de l'astrologie dépaid de la voloMé des individus. Si l'on agit selon sa coascienee , elle est sans influence et sans effet. Aristole se prononce contre la nécessité, et admet le contingent, tè i^exofi^ wv, Plolin accable l'astrologie^par ce dilemme : Les astres sont animés ou inanimés. S'ils sont inanimés, ce qui n'est pas , comment peuvent^ils produire quelque effet, opérant sans ftme, èk4>ù)C<»^ i»epj6uFTa>l S'iltsont animés , et que leur action soit supérieure à la nôtre , ôeiorépoç vi jutù'lf/uS^ iifi(iyéf , comment donBeni4ls à l'un la richesse et tous les avantages de ce genre , ii l'autre la pauvreté et toutes les autres sortes d'infortune ?

Jupiter ordonne à Prométhée d'écer à l'homme la prévision de la mort : expliquons le mythe poétique de Prométhée. Prométhée est la puissance qui préside à la descente {Ka66<hu) des ftmes raisonnables sur la terre. Cest le propre de l'ftme raisonnable de savohr antérieurement (rpofioiMaéai) et de se connaître ellemême avant tomes choses. Les êtres privés de raison, lorsqu'ils reçoivent une impression extérieure, no distinguent ni cette impression ni eox-mèmes; car avant cette impresrion , ils ne connaissent rien. Maia l'âme, qui est essentiellement douée de raison , peut déjà discerner le bien et s'y attacher avant de connaître rien qui lui soit étranger. Épiméthée est regardé comme présidant à l'àme privée de raison , parce qu'elle connaît à l'instant de l'impression, et non auparavant , êm rf rAiy^. Prométhée est la puissance qui préside à la descente des ftmes raisonnables. Le fen, c'est l'âme raisonnable elle-même ; comme le feu, die tend à s'élever et s'arrache aux choses d'ici-bas. Pourquoi Prométhée dérobe-t4l le feu? Ce qui est dérobé psse du lieu qui lui est propre à un lieu étranger ; c'està-dire que l'âme raisonnable descend de sa patrie poor s'exiler sur la terre ; c'est le feu dérobé. Pourquoi Prométhée reaferme-t41 dans une férule ? La férule est creuse ; c'est le corps périssable dans lequel l'âme est introduite. Pourquoi Prométhée n-t4l dérobé le feu contre la volonté de Jupiter! Ici encore se retrouve le langage propre aux mythes. Prométhée et Jupiter voulaient l'un et l'autre que l'âme restât dans b région divine; mais comme il fallait qu'elle en descendit, le mythe conservant les caractères dea personnes, montre

OLTMProDORE.

rétat sapôrtenr , e*e8i-à-dire Jupiter, tomme ne youlant pas que rame s'abaisse , landis que Téire inférieur la force de descendre ; il lui donne Pandore , ou le sexe féminin (ro $tiXurpsirèi)y c*esi-à-dire ïkme pri- Tée de raison. En effet, Tàme iOB^>ée sur la terre ne peut, comme incorporelle et divine , s'unir immédiatement au corps ; Tàme irralionaelle devient le lien de cette union. Elle s'appelle Pandore parce que chacun des dieux lui fit un don. Ainsi les choses de la terre sont illuminées par le moyen des corps célestes. Comn>e la lumi^ éclaire par sa propre énergie, ainsi Dieu, par sa propre énergie, fait le monde; il fallait donc que le monde fût parfait; or, ce qui est parfait a ua commencement, un milieu, une fin ; le monde devait donc avoir une extrémité , un réceptacle , rpùya xm taxctvmf , où fussent reléguées les choses qui naissent et celles qui périssent. Hésiode dit que Jupiter nous donna Pandore et que nous la reçûmes aimant nous-mêmes la cause de nos maux ; il veut dire par là que noire àme s'asservit aux passions par TenCremise de TàmjB irrationnelle.

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