LEÇON 47, POL. 74 VERSO — 76 VERSO
• "Aaovc ^ii, fU9i, fiàXùc xaloy Xàyo» — roûruv ik ^«cftoroei IkI t.p6vov, I f Ëcoute donc, comme on dit, un beau récit, que tu prendras, à ce que jMmagine, pour une fable, et que je crois être un récit très- véritable.— Sous le règne de Saturne..* > Traduction de Platon, t. ui, p. 403-404.
Socrate, qui s'attache au fond des mythes sans s'arrêter à l'extérieur, dit que , dans sa pensée , ce récit est vrai ; mais que pour Calliclès ce n'est qu'une fable.
(9) Elle est , en langage moderne , Tldentité du sujet et
Les philosophes ne reconnaissent qn'une cause suprême de toutes choses , qui a donné naissance â toute la nature , et â laquelle ils n'ont pu imposer m nom. Voilà pourquoi quelqu'un dk dans un hymne :
Comment te cé1ébrerai-}e, toi dont la tagesM ctt partont?
Qoel diacoart te convient, toi 4|«e reaprilnu^nM ne peut eonpvendre)
U&ç 9è T^v iv icdin€99K» ifTCilp^ov 6/cvpirolsvM* ; Tiç âk Xéyoç fiiX^lm ai t6v Mi w^i ntpiXTfivTéif;
Mais celte cause unique ne dirige pas immédiatement les choses de ce monde ; il serait contre l'ordre que nous fussions gouvernés directement par la cause première elle-même ; car autant la cause est supérieure à l'effet , autant l'effet est inférieur à la cause. 11 faut donc que la cause première agisse d'abord sur des puissances supérieures à l'humanité , et qu'à leur tour celles-ci agissent sur nous ; car nous sommes le dernier degré de Tunivers. Il devait en être ainsi , afin que le monde ne fût pas imparfait. 11 y a donc d'autres puissances supérieures que les poètes appellent ehaêm tCor, à cause de leur continuité.
La puissance première est Tintelligenee ; après elle vient la puissance qui donne et entretient la vie, et ensuite toutes celles qu'on désigne par des noms symboliques. 11 ne faut pas se troubler de ces noms de Saturne et de Jupiter, mais rechercher quel est ieir sens. On peut croire que ces puissances ne sont pas des essences propres et distinctes les unes des autres, mais les placer dans la cause première, eommeses divers point de vue, et dire qu'il y a en elle des puissances intelligentes et vitales. Quand nous parlons de Saturne , que ce nom ne nous trouble pas : pénétrons-en le sens. Saturne est l'intelligence pure (i). Ce nom désigne donc la putssanee intelligente. Aussi les poètes disent qu'il dévore ses enfants et les vomit ensuite. En effet, l'intelligence se replie sur elle-même, elle cherche, et elle est elle-même ce qu'elle cherche (s). C'est pour cette raison que Saturne est représenté dévorant ses enfants. Et il les vomit , parce que non-seulement l'intelligence conçoit et enfante, nuos produit et forme (s). C'est ce qui fait donner à Saturne l'épithète de àjKvXofjOfti^ , parce que le crochet se replie sur lui-même. Comme il n'y a rien d'irrégulier, d'étrange, de nouveau dans rintelligence, on la représente sous la forme d'un vieillard. Voilà pourquoi les astrologues disent que ceux à qui Saturne est faTord>le naissent sages et prudents. Jupiter est appelé Zeù^ en tant que puissance vitale (deKîjy ), et Atcç parce qu'il donne (JUdt^ai) la vie par lui-même. Le soleil est porté par quatre coursiers qui représentent les deux équinoxes et les deux solstices. Il est jeune à cause de b force de ses rayons. La lune est traînée par deux tau-
de Tobjet de la pensée. — (s) Non-seulement elle est sub> stance, mais elle est cause.
OLYHPIODORE.
reanx : ib «ont deux , à caose de sa eroissance et de 8on déeroisseflieDt. Ce 8ont des taureaux , parce que de même que les taureaux labourent la terre , de même la lune gouverne le monde terrestre. Le soleil est mâle, la lune femelle, parce quHl appartient au mâle de donner, à la femelle de recevoir ; le soleil donne la lumière , la lune la reçoft. Il ne faut donc point se troubler de ces récits des poètes.
Platon dit que Jupiter , Neptune et Pluton se partagèrent Tempire qu'ils avaient reçu de Saturne. U n'emploie pas un mythe poétique , mais un mythe philosophique ; aussi ne dit^-il pas , comme les poètes, qu'ils ravirent l'empire à Saturne , mais qu'ils le partagèrent. Partage ou loi, même chose {vS/xoi; de vi/ua). La loi , c'est le partage fait par l'intelligence. Or Saturne signifiant, comme on l'a dit, l'intelligence, c'est de lui que vient la loi.
L'univers se compose de trois choses : les célestes, les terrestres et les intermédiaires , qui sont le feu , l'air , l'eau. Jupiter préside aux choses célestes. Pluton aux choses de la terre : le règne intermédiaire est soumis à Neptune. Ces noms désignent les puissances préposées à ces différentes natures. Jupiter tient un sceptre, ugne des fonctions de juge; Neptune est armé du trident comme présidant aux trois éléments intermédiaires ; Plutoo porte un casque , à cause des ténèbres de son empire. Comme le casque cache la tète , ainsi Pluton est la puissance qui préside aux choses obscures. Ne croyez pas que les philosophes adorent des idoles , des pierres , comme des divinités ; ■lais l'humanité étant soumise aux conditions de la sensibilité et ne pouvant atteindre aisément à la puissance incorporelle et immatérielle ni s'occuper sans cesse des idées , les images ont été inventées pour en éveiller ou en rappeler le souvenir ; en regardant ces images naturdUes , en leur rendant hommage , nous pensons aux puissances qui échappent à nos sens.
Les poètes disent encore que Jupiter eut de Thétis trois filles, Eunoroie, Dicé, Irène. Eunomie r^ne dans le ciel fixe ; là le mouvement est continu et toujours le même , il n'y a point de diversité (i). Dans la réfpon des planètes habite Dicé. Là il y a distinction entre les astres , et la distinction appelle la justice distributive, laquelle rend à chacun ce qui lui appartient Danscette même région habite Irène ; car il y a combat, et par conséquent la paix est nécessaire ; il y a combat entre le chaud et le froid , l'humide et le sec ; mais quoiqu'il y ait combat , il y a harmonie. Voilà ce que disent le poètes. Quand ils nous montrent Ulysse errant sur les mers par la volonté de Neptune, ils veulent dire que la manière d'être d'Ulysse n'était ni terrestre, ui céleste , mais mitoyenne : car Neptune préside à
l'ordre intermédiaire. Ainsi , nous appelons fils de Jupiter celui qui ordonne son âmeseton le ciel; fils de Pluton, celui qui vit d'une vie terrestre ; fils de Neptune, celui qui suit les lois de l'ordre intermédiaire. Yulcain est une puissance préposée aux corps. C'est pour cela qu'il travaille avec des soufflets , èy fù^atç , c'està^lire, év roîq fùtjtaiv^ avec les productions de la nature.
^Puisqu'il est ici question des lies Fortunées , de la justice , du châtiment , de la prison , faisons connaître chacune de ces choses. Les géographes disent que les lies Fortunées sont dans l'Océan , et que les âmes vertueuses vont y habiter après la mort ; mais il faut savoir que les philosophes comparent la vie humaine à la mer ; comme la mer , elle est sujette au trouble , anière et semée de difficultés. Les lies dominent la mer et s'élèvent au-dessus d'elle ; aussi les poêles donnent le nom d'Iles Fortunées à cette manière d'être qui s'élève au-dessus de cette vie et de la création. Il en est de même des champs Élyséens. Hercule exécuta le dernier de ses travaux dans les régions de l'Occident, c'est-à-dire qu'après avoir achevé cette vie ténébreuse et terrestre , il vécut ensuite à la lumière du jour au sein de la vérité.
Mais qu'est-ce que la prison où s'iAflige le châtiment? Les philosophes pensent que la terre est percée de trous comme la pierre ponce , et que ces trous pénètrent jusqu'à son centre. Là , sont des lieux divers , les uns glacés , les autres enflammés. Des puissances Charoniennes y président , comme le prouvent les exhalaisons de la terre. Ce lieu est appelé le Tartare. Les âmes des méchants y démeurent jusqu'à ce que leur enveloppe (le char qui les portail, ^if/ax èurmv) ait satisfait à la justice. Le coupable enchaîné est retenu immobile. En eilet, un fois arrivé dans leTartare, il perd tout mouvement ; car c'est le centre de la terre, et il ne peut tomber plus bas. S'il continuait de se mouvoir , son mouvement serait ascendant , puisque après avoir atteint le centre , il ne pourrait que remonter. Voilà pourquoi s'y trouve la prison gardée par les démons et les puissances terrestres. Oir ce sont les démons , ^(Ufjuivi&iti<i êiwdfjLsiq , que désignent le chien Cerbère et les autres gardiens de ce lieu. Telle est la différence des puissances divines et des puissances infernales.