LEÇON 50, FOL. 80 VERSO — 82 FIN
c *Eirc(o&v ovv otfUw^ott notpk t6v ^(xavri^v. » c Lors dODC que les hommes arrivent devant leur juge..., » jusqu'à la fin, p. 411.
Platon ôte au mythe son caractère poétique , en y ajoutant des démonstrations qui appartiennent proprement au mythe philosophique. Après avoir dit que les juges sont nus , et que les morts gardent leur conscience , il ajoute que les rois sont jugés plus sévèrement. Il cite Tantale , Sisyphe et Titye. Ce dernier est étendu sur la terre , et un vautour lui ronge le foie ; le foie signifie qu'il a vécu selon la concupiscence, la terre exprime ses sentiments terrestres. Sisyphe , qui a vécu selon la faculté irascible et ambitieuse , roule une pierre , et ensuite la laisse retomber ; car Fàme mal réglée tourne toujours autour des mêmes objets, xepi auTa xaxappft ; il roule une pierre, corps dur, image de la vie matérielle. Tantale est au milieu des eaux ; des fruits sont suspendus au-dessus de sa tète ; il veut les cueillir, ils disparaissent , emblème de la vie dominée par l'imagination ; c'est ce qu'exprime le fruit qui s'enfuit sans cesse.
On a demandé pourquoi Platon fait Minos et Rhadaman le juges d'Asie, tandis que l'un était Libyen et l'autre Cretois ? Mais selon les géographes qui divisent la terre que nous habitons en Asie et Europe, la Libye et la Crète font partie de l'Asie.
Les âmes qui n'ont commis que des fautes légères ne sont condamnées que pour peu de temps, et une fois purifiées, elles s'élèvent, non par rapport au heu, ce qui est symbolique, mais moralement, par rapport à leur manière d'être. Les âmes coupables de grands crimes sont condamnées à toujours, n'étant jamais purifiées. Quoi donc, le châtiment ne cesse-l-il jamais ? H faut sans doute que la douleur passe sur les souillures contractées par le plaisir ; mais le châtiment n'est pas éternel : mieux vaudrait dire que l'âme est périssable. Un châtiment éternel suppose une éternelle méchanceté : alors quel est son but ? Il n'en a point ; il est inutile, et Dieu et la nature ne font rien en vain.
Qu'entend donc Platon par ioujowrs, ^eil II y a sept sphères : celle de la lune, celle du soleil, etc. 11 y a de plus celle du ciel fixe. Celle de la lune se retrouve à son état primitif plus promptement que les antres ; la révolution de cette planète s'opère en trente jours. La révolution du soleil est plus lente ; elle dure une année; celle de Jupiter l'est encore plus, elles'adiève en douze ans ; celle de Saturne ne s'accomplit qu'en trente. Ainsi les astres ne se retrouvent simultanément à leur point de départ que rarement. Par exemple, Jupiter et Saturne ne se retrouvent simultanément an même point que tous les soixante ans. En effet, Jupiter revenant au même point en douze ans, et Saturne en trente, il est évident que pendant que Jupiter accomplit cinq fois sa révolution, Saturne achève deux fois la sienne. Or trente multiplié par deux égale douze multiplié par cinq, égale soixante. C'est pendant de semblables périodes que les âmes subissent leur châtiment. Les sept sphères finissent aussi par le retrouver dans la même situation par rapport au del fixe, mais seulement après plusieurs myriades d'années. Par le mot toujours, Platon entend la période de temps qu'elles emploient à cette grande révolution. Les âmes des parricides et celles des autres grands criminels sont punies à toujours, c'est-à-dire pendant toute la durée de cette période. Mais , dit-on, si un parricide mourait aujourd'hui, et que la grande révolution des sept sphères s'achevât dans six ans, ou dans six mois, ou dans six jours, ne serait-il puni que pendant cet intervalle ? Non, mais si la période est de mille ans, ils souffre pendant mille ans, à compter du jour de sa mort. L'âme elle-même se corrige, mais peu à peu ; et ensuite, selon son mérite propre, elle reprend de nouveau ses organes sur cette terre dans l'état où les a laissés sa première vie.
On peut dire aussi que les âmes souffrent ces supplices par l'imagination , et qu'elles s'épouvantent à l'aspect des filles aux yeux sanglants, comme parle le tragique. Sachez que les âmes qui doivent être purifiées ne sont pas seulement châtiées dans l'autre monde, mais encore dans celui-ci : quelquefois même, n'ayant pas été purifiées dans le premier, elles le sont sur la terre. Le châtiment les améliore et les rend plus susceptibles de purification. Car, au fond, rien ne purifie l'âme, si ce n'est la reconnaissance intérieure de ses fautes, reconnaissance qui ne s'accomplit que par la vertu. Et celle-ci n'a reçu son nom, àperij^ que parce qu'elle doit être embrassée pour elle-même , euper^. Ce n'est donc pas le châtiment qui purifie l'âme, mais l'amendement, de même que le médecin ne peut seul opérer la guérison, si le malade ne suit le régime qu'il lui prescrit. L'âme, en arrivant sur la terre, oublie les châtiments de Tautre monde; car si elle conservait toujours ses souvenirs, elle ne pourrait pécher. Or
OLYMPIODORE.
Toubli Ini a été donné pour son bien, car autrement elle pratiquerait la vertu sans désintéressement et sans liberté. L'àme est donc châtiée, même dans ce monde ; mais elle parait surtout se purifier dans l'autre, car la vie incorporelle, dont elle jouit alors, est plus propre à sa nature.
c L*uii et l'autre porte ses jugements, tenant une baguette en main. Pour Mines, il est assis à l'écart : il a un sceptre d'or... p. 410. i t PâS^ov cx«^*** ^p^ow
La baguette signifie la marche droite et égale de la justice. Le sceptre est le signe de Tégalité ; il est d*or, c*estrà-dire immatériel , car Tégalité est immatérielle, dégagée de tout intérêt. L'or désigne ce qui est immatériel, parce que seul, de tous les corps, il est incorruptible.
c Arrivé en présence de son juge, le fils d^Ëgine, quand il t'aura pris... p. 411. » t Tèv 'Atyînic vTov. »
Platon met cette périphrase : fils d'Éginc, parce que Calliclès était Éginète.